Bradley Vincent, médaillé d’or aux JIOI : «Aucun obstacle n’est insurmontable»

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Triple médaillé d’or aux Jeux réunionnais, Bradley Vincent souhaite participer à l’édition de 2019

Triple médaillé d’or aux Jeux réunionnais, Bradley Vincent souhaite participer à l’édition de 2019

Auréolé de ses trois médailles d’or aux récents Jeux des îles de l’océan Indien (JIOI) à la Réunion, Bradley Vincent revient sur le rôle qu’il a joué en tant que capitaine de l’équipe masculine de natation. Des défis à relever dans le groupe. De quelques problèmes rencontrés lors de son séjour à l’île sœur. Mais surtout de la manière dont tout cela a été surmonté. Avec succès. Chose qui s’est notamment vérifiée au relais 4x100m nage libre masculin, que les Réunionnais, favoris, n’avaient jamais perdu auparavant.
 
 
Vous étiez capitaine de la sélection masculine de natation aux JIOI. Qu’est-ce que cela a représenté et impliqué pour vous ?
 
– J’ai été désigné capitaine avant que la sélection n’aille au Sugar Beach durant le stage d’entraînement (NdlR : dernière semaine de juillet). Ryano Fortune mis à part, je connaissais tout le monde. Au Sugar Beach, j’ai observé tout le monde – plus particulièrement les garçons – et la manière dont ils travaillaient. J’avais remarqué que certains sous-estimaient ce à quoi ils allaient être confrontés à la Réunion. Ils s’entraînaient mais pas dans l’esprit de gagner.]
 
 
Bradley Vincent s'est octroyé l'or aux JIOI au relais 4x100m NL, 100m NL et 50m NL
 
 
Qu’est-ce qui explique cette attitude ?
 
– Ils pensaient sans doute que tout allait se passer facilement et qu’ils allaient accéder aux podiums sans peine. C’était ainsi du côté des filles comme des garçons. Chez ces derniers, il y avait un peu plus de sérieux. Certains d’entre eux avaient plus d’expérience de ce type d’événement, tels que Mathieu Marquet et Oliver Ah Ching. Et cela a aidé. Quant aux filles, elles ne comprenaient pas la difficulté qu’elles allaient rencontrer aux Jeux. En particulier chez les plus jeunes, moins expérimentées, habituées à remporter leurs courses. Sans savoir ce que perdre pouvait signifier.
 
 
Et qu’est-ce que cela pouvait signifier ?
 
– Que l’on peut se sentir blessé quand on perd. Et j’espère que cela a pu leur ouvrir les yeux sur ce qu’elles auront à faire à l’avenir. En tant que capitaine, j’ai voulu leur faire comprendre que les Jeux des îles sont différents des compétitions que nous avons l’habitude d’avoir ici. Et que nous allions faire face à des 'tough tough guys', les Réunionnais plus particulièrement. Je voulais qu’ils comprennent qu’il allait falloir respecter ces Jeux. Et que cela impliquerait qu’ils respectent l’équipe et les gens qui les encadraient, tels que Philippe Pascal, Ashley Chummun ou Idriss Sufraz. Mais cela n’a pas été aussi facile d’instaurer cela les deux premiers jours du stage d’entraînement (NdlR : avant les JIOI).
 
 
Quelle en a été la raison ?
 
– Il y avait un manque de discipline. Mais Olivia de Maroussem (capitaine des filles) et moi-même avons réussi à l’instaurer dans un esprit d’équipe. Le dernier problème rencontré avec les nageurs était de leur faire comprendre que les deux dernières semaines d’entraînement avant les Jeux allaient être cruciales. Et qu’il allait être primordial de travailler à fond les points clés comme les virages etc.
 
 
Tout n’aura été donc que négatif ?
 
– Non, car heureusement, avec Oliver Ah Chin comme vice-capitaine et une certaine structure que j’ai pu instituer dans l’équipe – avant mon départ pour les Mondiaux de Kazan (Ndlr : début août) – chez les garçons, cela a pu servir au groupe jusqu’aux JIOI. Mais à mon retour de Russie, j’ai constaté à la Réunion que la flamme n’était plus là. L’enthousiasme avait disparu. En tant que capitaine je me devais d’être motivé pour moi-même mais aussi pour l’équipe. A l’issue de la première journée de natation, les nageurs ont enfin compris à qui ils avaient affaire. Lorsque nous sommes rentrés au village des Jeux, il n’y avait plus de motivation. Le moral était au plus bas. Ils sentaient tous la douleur de la défaite.
 
 
La victoire au relais 4x100m nl a-t-elle été une réaction à tout cela ?
 
– Oui, et je devais garder le moral de mes coéquipiers. J’avais aussi hâte d’être dans l’eau alors que je n’avais pas nagé lors de la première journée.
 
 
Le relais 4x100m nage libre, composé de Chan, Vincent, Marquet et Lim, est le premier que Maurice remporte chez les hommes depuis les premiers JIOI en 1979
 
 
D’avoir été le premier relayeur avait été votre décision ?
 
– Cela faisait un moment que Philippe Pascal (NdlR : DTN de natation) et moi avions discuté de l’ordre de passage des relayeurs. Il était d’accord avec le fait que je nage le premier. Yohan Lim et Darren Chan Chin Wah devaient gérer l’avance donnée et Mathieu être le dernier relayeur en tant que good finisher. Je savais que cette équipe de relais allait gagner. La veille de la course, je leur (NdlR : les relayeurs) ai dit que cela allait être notre journée et que nous allions changer l’atmosphère de l’équipe.
 
 
Est-ce que les Réunionnais se sont sentis blessés de perdre le relais ?
 
– Je ne croyais pas qu’ils pensaient le perdre. Je pense surtout qu’ils voulaient gagner les 38 médailles (rires). Le relais 4x100m nage libre est un des relais les plus attendus parmi les épreuves de natation. Le perdre les a touchés. Nous avons changé l’ambiance de l’équipe et montré que l’équipe réunionnaise – qui avait l’habitude de nous battre – pouvait être vaincue par nous à son tour.
 
 
Cette victoire a été donc un soulagement ?
 
– Oui, car nous en avions discuté la veille. Et j’avais vu, dans le regard de mes trois coéquipiers, qu’ils voulaient tous gagner ce relais. Nous avons tous confiance en notre potentiel et je savais que nous pouvions l’emporter. Ils avaient mis de côté leur peur et leurs doutes. Le jour de la course, après que j’ai nagé, je savais que j’avais donné suffisamment d’avance à l’équipe pour que nous puissions gagner le relais.
 
 
Vous avez déclaré à la Réunion que vous ne vous sentiez pas bien. Quels ont été les problèmes rencontrés avant vos courses ?
 
– Lors du relais, j’étais en bonne santé. Mais pas pour le 100m nage libre. La veille de cette course, j’ai eu du mal à dormir. J’ai ainsi dormi à 2 heures du matin avant la compétition. Il y avait beaucoup de bruit. Plusieurs personnes résidaient dans le même bâtiment et quand ils se parlaient, il y avait beaucoup d’écho. Les conditions n’étaient pas réunies pour que l’on puisse se reposer. Pour l’alimentation également, ce n’était pas idéal non plus. Je suis assez surpris des temps que j’ai réalisés à la Réunion dans ces conditions. Je suis tombé malade également et j’avais la fièvre.
 
 
Vous n’êtes pas satisfait de vos temps ?
 
– Je savais que les temps seraient corrects. Mais je n’ai pas pu atteindre mon objectif de passer sous la barre des 50 secondes au 100m nage libre.
 
 
Les Jeux des îles ont-ils été plus qu’une étape avant les JO de Rio ?
 
– Avoir le public mauricien, avec ma famille, pour nous soutenir, était très motivant. Mon équipe m’a aussi soutenu. J’ai aussi une pensée pour Michael Glover qui m’a beaucoup aidé dans les moments durs. Plus particulièrement quand je n’étais pas au top de ma forme (NdlR : en raison de sa blessure à l’épaule). Il a pu voir en moi ce que je n’étais pas arrivé à voir moi-même. Si je suis encore là aujourd’hui, c’est en partie grâce à lui. Je pense aussi à mon coach Philippe Pascal qui m’a donné tout ce qu’il fallait pour que je revienne à mon meilleur niveau.
 
 
Qu’est-ce que cela vous fait d’avoir davantage nagé en moins de 51 secondes cette année qu’en 2014 au 100m nage libre ?
 
– C’est très important pour moi. Mais Philippe et moi avons mis un programme pour nager en dessous de 50 secondes. Mais le fait d’être malade aux JIOI et les mauvaises conditions n’étaient pas réunies pour que l’accomplisse.
 
 
Quels sont vos objectifs au 50m nage libre ?
 
– Je souhaite nager en 22.8. J’ai nagé en 23.15 à la Réunion. J’ai littéralement glissé du plot de départ. Mais ma distance de prédilection reste le 100m nage libre. C’est pourquoi être dans les 49 secondes sur cette distance est important pour Philippe et moi, par rapport à notre programme d’entraînement en prévision de 2016.
 
 
Irez-vous aux Jeux d’Afrique au Congo (4-19 septembre) ?
 
– C’est la nageuse seychelloise Alexus Laird qui m’a convaincu d’y aller en me disant que c’est là-bas que j’arriverai à nager dans les 49 secondes. Cette année, ce sera ma dernière compétition et ma dernière chance d’être sous les 50 secondes.
 
 
Pensez-vous que vous participerez aux prochains JIOI dans 4 ans ?
 
– Oui, définitivement. J’aimerais revenir dans quatre ans.
 
 
Serez-vous en âge de nager aussi vite ?
 
– Oui. Regardez Michael Phelps. Il a nagé le 100m papillon le plus rapide cette année alors qu’il a la trentaine. Et ce, après une année d’absence en compétition. Je pense que c’est possible. Tout est une question d’état d’esprit et de discipline. Si je continue également la natation pour aller aux Jeux olympiques de Tokyo en 2020, il me faudra encore beaucoup de soutien.
 
 
Les Jeux terminés, comment gérez-vous votre statut de champion en public, quand on vous reconnaît et qu’on vous salue dans la rue ?
 
– Cela fait du bien que l’on reconnaisse vos compétences et vos résultats. C’est bien de savoir qu’il y a des gens qui sont attentifs à ce que vous faites. C’est motivant. Mais je garde la tête froide. Je garde la même discipline pour rester au top. La natation est une maîtresse cruelle pour laquelle vous devez vous impliquer à fond. Surtout quand le niveau à atteindre est très relevé. C’est pour cela que c’est difficile de concilier la vie sociale et la natation.
 
 
Restons dans le monde de l’image. Que représente la raie manta tatouée dans votre dos ?
 
– Je me suis documenté sur les raies mantas. Ce sont des créatures marines très passives mais aussi très disciplinées. Elles peuvent rester longtemps sur le sable au fond de l’eau avant de s’élancer. Comme elles, je sais attendre patiemment avant de m’élancer. Les raies sont très gracieuses. Elles ne nagent pas comme les poissons et les requins par exemple. Les raies, elles, flottent dans l’eau. C’est comme-ci elles volaient. C’est ainsi que je me sens quand je nage.
 
 
Le tatouage de Bradley Vincent, au dos, représente une raie manta, « créature gracieuse qui semble voler » selon le nageur
 
 
 
Vous semblez accorder beaucoup d’importance aux sensations mais aussi à un certain rituel avant de nager…
 
– J’ai mon rituel. Après avoir pris quelques bouffées d’oxygène, j’aime sentir le contact de l’eau avant le départ. Avant d’être sur le plot de départ, je laisse l’eau couler entre mes doigts avant de la passer sur mon torse. J’aime le faire car cela s’apparente aux peintures de guerre.
 
 
En vous basant sur votre expérience, quel message voudriez-vous adresser aux jeunes ?
 
– Quel que soit le domaine concerné, en sport ou pour les études, j’aimerais leur dire que rien n’est impossible. Lors du relais 4x100m nage libre, on a montré qu’en tant qu’équipe on pouvait surmonter quelque chose qui semblait impossible à l’être autrefois : battre les Réunionnais au relais 4x100m nage libre. On a montré que c’était comme une montagne qu’on a pu escalader. Les gens ne doivent pas avoir peur des challenges et résultats à venir. Ils ne doivent pas douter d’eux-mêmes.
 
 
Pensez-vous qu’un jour vous entraînerez vous-même des jeunes en natation ?
 
– Oui, j’y pense. Philippe, fantastique coach, m’a inculqué le sens de la discipline. C’est lui qui m’a montré comment surmonter les obstacles. Il faut savoir écouter son cœur. Et croire en son destin. Car rien n’est insurmontable. Si on veut accéder au succès, il faut pouvoir ôter les barrières qui nous en séparent.
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