Daniel Raymond: «Je veux réduire de moitié le nombre d’accidents graves à Maurice»

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Ancien responsable de la sécurité routière à l’île sœur durant 12 ans, ce Réunionnais est le nouveau Road Safety Coordinator. En attendant de se mettre au travail chez nous, il semble avoir un plan tout tracé pour produire des résultats dans un domaine aussi périlleux que la sécurité routière. Ses plans ? Les voici.

Comment comptez-vous réduire  le nombre d’accidents mortels sur nos routes ?

En obtenant l’adhésion des Mauriciens sur la gestion du risque. Il faut expliquer, convaincre et faire ensemble. Sans vous, je ne peux rien faire. Il faut que le Mauricien accepte de changer. Mon arrivée ne doit pas être un problème. Je suis une partie de la solution. Quand on est  appelé à partager le même espace, il faut apprendre à respecter des règles. Quand vous prenez la route, vous devez vous dire que la voiture, c’est comme une cuisinière à gaz qu’il faut allumer tout de suite après avoir ouvert le conduit.

Dans votre pays qu’avez-vous fait pour réduire le nombre d’accidents ?

On peut encore mieux faire à La Réunion, mais je suis satisfait d’avoir pu réduire de 50 % le nombre de tués en dix ans, diviser par trois le nombre de blessés graves et diviser par deux les casualties. À Maurice, on peut avoir des résultats assez rapidement dès le départ si tout le monde se met en rang et travaille de concert. Je veux diviser par deux le nombre d’accidents graves et les casualties mais aussi réduire de moitié le nombre de blessés graves.

Comptez-vous faire un copier-coller du système français à Maurice ?

Absolument pas ! La France a 40 ans de pratique en ce qui concerne la sécurité routière, construite à partir de recherches, d’expériences et d’innovation. Avec les 200 000 deux-roues qui circulent à Maurice, c’est 20 fois plus qu’à  La Réunion. Sans compter que vous avez aussi cinq fois plus de poids lourds et un cadre de loi qui n’est pas du tout pareil. On doit tirer les enseignements et les adapter à travers l’éducation et la formation du conducteur, du piéton,  du cycliste et du motocycliste. 

Sans «speed camera», radar mobile et autres campagnes de sensibilisation qui semblent être des échecs, comment peut-on mettre un frein aux accidents de la route ?

À travers la communication et l’éducation. Le droit pénal ne résout pas tous les problèmes. Par exemple, on aura beau avoir les lois les plus dures pour les auteurs de viols et de meurtres, il y aura toujours des délinquants. La loi, tout comme la multiplication du nombre de radars sur les routes, ne suffit pas. L’usager doit se sentir pris en charge et pas agressé et poursuivi. À Maurice, on n’obtient pas de résultat parce qu’on ne cherche pas l’adhésion du Mauricien. Il ne faut pas partir du principe que le Mauricien sait de naissance comment se comporter en voiture. Il faut lui faire confiance  et le responsabiliser.

Hormis les habituelles réunions autour d’une table, quelles seront vos responsabilités concrètes en tant que Road Safety Coordinator ?

Revoir en profondeur les méthodes et les outils de travail. Maurice a aussi besoin d’une étude sur les accidents pour comprendre ce qui se passe. Je prends l’exemple de l’accident d’autobus à Sorèze qui a fait dix morts. Pour un accident aussi grave, il faut une analyse systémique (NdlR, approche scientifique). C’est pour cela que j’ai proposé au ministre d’en faire une priorité. Ensuite, ici, la hiérarchisation de la voirie n’est pas du tout d’actualité pour le moment. Il faut une route qui soit organisée pour que tout le monde puisse circuler chacun à sa place. Comme développer dans les villes, des allées piétonnières. Ou faire en sorte que les voitures roulent moins vite en ville pour qu’il y ait moins d’accidents graves.

Comment comptez-vous vous différencier de ceux qui ont, d’une manière ou d’une autre, tenté de donner un coup de main dans ce domaine, mais sans grand succès ?

Le problème n’est pas de se différencier mais de partir d’un constat pour réduire le nombre et la gravité des accidents. Ça ne marche pas à Maurice depuis 10, 15 ans parce qu’il n’y a pas de consensus entre tous les acteurs concernés. Vous n’avez pas adopté une culture qui consiste à travailler ensemble, et là je pense à la police, les entreprises et les assurances. Ce qui manquait aussi jusqu’ici, c’est un vrai projet politique autour de la sécurité routière. La création d’un comité interministériel permettra de rompre avec cela. 

Quelles sont les principales causes des accidents de la route ?

Les causes sont toujours les mêmes partout : l’alcool et la vitesse. Mais il faut surtout améliorer la communication non seulement avec une campagne sur l’alcool mais en amenant l’usager de la route, que ce soit le piéton ou le conducteur, à être plus conscient des risques. Le public entend tellement parler d’accidents, il est tellement habitué à la mort qu’il pense qu’il n’est pas concerné. Il faut ramener cette réalité à lui, sa vie, son enfant, sa voiture, pour le responsabiliser en tant que citoyen. Tout ça doit mener à une seule chose; changer sa manière de faire sur la route et changer sa perception des risques routiers.

Quelle est la solution pour les motocyclistes qui représentent 42 % des morts et blessés dans les accidents de la route ?

Comprendre comment les deux-roues circulent à Maurice et comment ils sont impliqués dans des accidents. Puis, il faut mettre l’accent sur le vivre ensemble. Il faut que la notion du danger soit plus présente sur les routes. Pour ce faire, il faut introduire progressivement une formation à travers une école dédiée aux motocyclistes. Il faut également sensibiliser les automobilistes en ce qui concerne de présence de ceux-là sur les routes.

À part le port de la ceinture de sécurité, avez-vous d’autres conseils pour les passagers de véhicules qui représentent, eux, 24 % des morts et blessés dans des accidents de la route ?

La principale protection dont bénéficie le passager est le port de la ceinture. Puis, ce qui provoque un choc grave, c’est la vitesse au moment de l’accident. Ici, la responsabilité relève du conducteur. Il faut l’éduquer pour qu’il prenne conscience que, peu importe le véhicule qu’il conduit, il ne doit pas mettre en danger la vie des gens qu’il transporte. Il faut pour cela mobiliser les conducteurs professionnels, comme les chauffeurs de taxi, d’autobus, des transports de salariés, les sensibiliser pour qu’ils conduisent le passager à destination en toute sécurité.

Instaurer une loi pour les piétons, est-ce une solution ?

Non, ça n’a pas de sens. Il n’y a aucun exemple où ça marche. Une loi doit avant tout pouvoir être appliquée. Le piéton est un usager fragile. Il doit être protégé par la loi. Qu’il soit sur ou hors d’un passage piéton, il est la personne prioritaire. Les lois européennes en France, en Allemagne ou en Angleterre stipulent que la priorité au piéton est une règle imposée. Il faut aussi éduquer celui-ci. Parmi les plus vulnérables, il y a les gens très jeunes ou les personnes âgées. Les jeunes à cause de leur impulsivité et les personnes âgées, parce qu’elles avancent plus lentement. Pour les enfants, il faut les sensibiliser à l’école et les plus âgés à travers leurs proches et les automobilistes.

Où s’arrête la responsabilité du conducteur et du receveur en matière de sécurité à bord et
autour du transport public ?

La priorité reste la formation du chauffeur. Quant au receveur, il est responsable de la sécurité à bord. Il doit veiller à ce que le passager monte et descend de l’autobus sans danger. Le fitness (contrôle technique) est aussi essentiel pour que la mécanique du véhicule soit fiable. Il y a ici tout un travail à faire pour réformer le cadre. Le contrôle technique n’a pas de sens s’il ne vise pas une meilleure sécurité. Dans les gares routières, c’est la responsabilité des chefs de compagnies d’autobus, du chef de gare et des piétons, afin que ces derniers ne se retrouvent pas sous les roues d’un autobus.

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