Yousuf Mohamed : «Collendavelloo a perdu son fair play»

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Avec 54 ans d’expérience au compteur, Yousuf Mohamed, Senior Counsel, évoque les récents événements qui ont secoué le judiciaire, la police et la politique. Sans langue de bois, il s’exprime également sur la «liaison» entre Navin Ramgoolam et Nandanee Soornack.

 

En tant qu’ancien dirigeant du Comité d’action musulman, avez-vous, vous aussi, des a priori sur le souhait de Xavier-Luc Duval pour la fête Eid ?

L’électorat musulman a toujours été très sollicité par les dirigeants de divers partis politiques. Ces derniers sont conscients qu’il peut faire basculer les résultats d’une élection. Xavier-Luc Duval fait tout ce qu’il peut, comme son père a essayé dans le temps, pour le séduire. Surtout à un moment où celui-ci ne porte plus Paul Bérenger dans son coeur.

Mon père disait toujours qu’il y a une certaine manière de pensée qui va subsister à Maurice. Malheureusement, ça n’a pas changé. Si Showkutally Soodhun pense qu’il est le leader de cet électorat, c’est du «wishful thinking» de sa part. L’électorat musulman attend son heure et cherche toujours son leader. Lequel n’est pas Soodhun. Ni Duval, parce qu’il s’est rendu en Palestine.

Qui est donc l’heureux élu ?

Shakeel Mohamed… N’oubliez pas qu’il a été élu en tête de liste à Plaine-Verte aux dernières législatives. Il a déjà fait ses preuves au n°13, ce qui démontre qu’il ne fait pas de la politique sur une base communale.

Si le n° 2 du gouvernement ambitionne d’être «le roi des musulmans», votre fils peut-il prendre les rênes du Parti travailliste un jour prochain ?

Duval peut-il être le roi des musulmans ? Ils n’ont pas de roi à Maurice. C’est du «nonsense». Est-ce que Shakeel peut être le leader des travaillistes ? Il le reconnaît lui-même : il n’a pas le bon profil. Malheureusement, c’est ainsi. À moins que, demain, les jeunes pensent différemment.

Et si Duval ouvrait la voie ? En devenant chef du gouvernement ?

Je vois mal Duval être le leader de tous les Mauriciens. C’est de l’utopie.

Comment analysez-vous le positionnement de Rama Valayden au sein du Parti travailliste ?

Il est plein d’énergie. C’est un fonceur et il est très intelligent. Il est aussi un homme de terrain. Valayden sera un grand atout pour le parti s’il se décide à sauter le pas. Je le vois comme secrétaire général ou président. Mais avant tout, beaucoup au sein du parti doivent céder la place.

Tant que vous y êtes, Navin Ramgoolam peut-il continuer à être le leader du parti avec autant de soupçons de malversation contre lui ?

Je me suis déjà exprimé dessus. Ramgoolam a fait ses preuves. Quand il était Premier ministre, le pays fonctionnait tant bien que mal. Il doit se retirer dans l’intérêt de tous.

Peut-on dire que c’est Nandanee Soornack qui l’a mené à sa perte ? À sa déroute aux dernières élections ?

Sans aucun doute. Je dois être franc envers moi-même, bien que je sois l’un des avocats de Ramgoolam. Je m’exprime en tant que Mauricien et observateur de la chose politique. Je vous le dit franchement : sa perte est liée à sa liaison avec vous savez qui… Avec tout ce que l’on sait maintenant, il doit céder sa place comme leader du Parti travailliste.

Quelle était la nature exacte de la relation entre Soornack et Ramgoolam ?

Il serait bête pour moi de fermer les yeux. Je suis un homme. Et un homme d’expérience. Il y avait quelque chose de très intime entre eux.

En tant que «Senior Counsel», que vous inspire cette bagarre entre avocats du MSM et du PTr au Bar Council ces jours-ci ?

Des avocats du MSM ? Ils ne sont que trois ! Treelochun, Teeluckdharry et Rutna. Tous les autres avocats sont contre leurs points de vue. On les laisse parler. La politique n’a pas sa place au sein du Bar Council.

Antoine Domingue devait-il démissionner comme président du Bar Council ? Voire à révéler quel était le but du voyage de son client Pravind Jugnauth à Londres ?

On ne va pas accepter la démission d’Antoine Domingue. Il est dégoûté par une série d’événements. S’il part, c’est dire à ces trois-là, «vous avez gagné». Sinon je ne vois rien de mal à ce qu’il révèle les raisons du déplacement de son client dans la capitale anglaise. Son client a toutes les raisons de faire appel à un avocat de renom, surtout s’il envisage de faire appel devant le Privy Council.

Pravind Jugnauth est-il donc mal entouré ? Mal conseillé ?

Absolument. Il a été très mal inspiré de faire des reproches à Antoine Domingue à travers Sanjiv Teeluckdharry. C’est ce que j’ai appris. Son client ne lui faisant plus confiance, il s’est retiré. Si demain Ramgoolam me fait des reproches, je vais en faire de même.

Samedi ? Après cette interview ?

Peut-être… On ne sait jamais.

Après la lecture de l’affidavit de l’ICAC, quel est votre point de vue sur le rôle qu’a joué le DPP dans le dossier Sun Tan ?

Est-ce qu’il s’est vraiment rendu à cette réunion en tant que DPP ou directeur de Sun Tan ? C’est à la cour de décider. Je ne peux commenter cette affaire.

Si, dans un cas similaire, le leader de l’opposition plaide la cause de son gendre. Les fonctionnaires le verront-ils comme un simple citoyen ?

Là, c’est aux fonctionnaires de faire preuve d’intelligence et de discernement.

A-t-il été bien inspiré, étant détenteur d’un poste constitutionnel, de participer à une réunion réclamée par Sun Tan ?

Je ne vais rien dire dessus, l’affaire étant sub judice. Mais je saurais quoi dire à Satyajit Boolell si je devais le conseiller, lui ou ses avocats…

Rien non plus sur la vitesse du Central Criminal Investigation Department (CCID) à l’arrêter ?

J’ai représenté plusieurs avocats accusés d’avoir juré un faux affidavit. La police n’est intervenue qu’après quelques jours, voire quelques semaines. C’est la première fois durant mes 54 ans de carrière au barreau que je vois le CCID se démener de la sorte. Allant jusqu’à interroger le directeur général et le directeur des enquêtes de l’ICAC aux petites heures du matin sur simple déposition de deux ministres.

Antoine Domingue évoque un complot du gouvernement pour humilier le DPP. Vous y croyez vous ?

Il y a cette perception. Il y a d’abord la décision de transférer le bureau du DPP sous la tutelle de l’Attorney General. Pourquoi? L’on ne sait pas. L’affaire est en cour. Juste après que la culpabilité de Pravind Jugnauth dans l’affaire MedPoint ait été établie, l’affaire Sun Tan a éclaté. Il y a aussi la perception que le gouvernement veut se débarrasser de Satyajit Boolell pour le remplacer par une personne plus malléable. La raison étant que si Pravind Jugnauth remporte son appel devant la Cour suprême, un DPP plus servile ne fera pas forcément appel devant le Privy Council.

Il est question que le beau-frère d’un ministre soit l’éventuel remplaçant de Boolell…

Il faut poser la question à ce beau-frère. Et d’établir s’il a un clean sheet

Son «sheet» mentionne l’agression d’un autre avocat en Cour suprême…

Le commissaire de police est en possession des dossiers...

Le «sheet» est désormais «clean». Saviez-vous que les deux parties sont arrivées à un accord à l’amiable cette semaine ?

Je ne suis pas au courant…

Êtes-vous surpris par la posture d’Ivan Collendavelloo dans l’affaire du DPP ?

Ivan est un très bon ami à moi. Depuis qu’il est devenu ministre, je ne le reconnais plus. Son «fair play» a disparu. C’est malheureux. Là où il devrait prendre position, il ne le fait pas. Il se comporte davantage en politicien. Je me demande si, à défaut de pouvoir accaparer le MMM, lui aussi n’a pas des visées pour être Premier ministre. C’est-à-dire quand sir Anerood Jugnauth ne pourra plus diriger le pays et que Pravind Jugnauth sera dans l’impossibilité de prendre la relève.

Dans ces deux cas de figure, que prévoyezvous ?

Une bagarre. Entre Duval, Collendavelloo et Bhadain. Seul le PTr pourra faire la différence. Sans Ramgoolam en tout cas.

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