Gilbert Espitalier-Noël, Chief Executive Officer de New Mauritius Hotels: «Entre intérêt général et intérêt privé Air Mauritius devra trancher»

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Souhaitant un retour aux valeurs fortes de Beachcomber, le nouveau patron du groupe hôtelier garde un oeil sur les difficultés auxquelles la destination Maurice est confrontée, notamment la question de la desserte aérienne.
 
Cela fait bientôt deux semaines que vous êtes à la tête de Beachcomber. Quel est votre état d’esprit ?
Je suis très heureux de l’accueil qui m’a été réservé au siège, dans les hôtels et dans les autres entreprises telles que Plaisance Catering, les Beachcomber Boutiques de même que la Beachcomber Training Academy et la Fondation Espoir et Développement. Après avoir constaté la progression intéressante que connaissent les hôtels en ce moment, je suis encore plus motivé et plus que jamais optimiste.
 
J’ai été frappé par l’enthousiasme, la motivation et la volonté de vouloir bien faire des équipes que j’ai eu l’occasion de rencontrer. Nous avons les ingrédients pour porter New Mauritius Hotels (NMH) vers de nouveaux sommets. Je suis profondément convaincu que nous allons pouvoir réaliser de très belles choses dans les mois et les années à venir.
 
De Chief Executive Officer (CEO) d’ENL Property, vous devenez CEO du groupe hôtelier NMH. Comment se passe la transition ?
La transition s’est révélée souple et harmonieuse. Tout est une question d’hommes et de femmes et de travail d’équipe, quel que soit le secteur d’activités. Le style de gestion que je pratiquerai à Beachcomber sera le même que celui que je pratiquais à ENL : beaucoup de travail en équipe et une proximité avec les opérations. Même si le secteur et les métiers sont différents, je me sens très à l’aise dans mes nouvelles fonctions et je suis convaincu de pouvoir assumer pleinement mes nouvelles responsabilités. D’autant plus que les hommes et les femmes de Beachcomber forment une équipe gagnante; je n’ai pas le moindre doute là-dessus.
 
Quelle évaluation faites-vous actuellement du Groupe Beachcomber ?
Beachcomber est un groupe formidable où travaillent près de 5 000 personnes pétries depuis des années d’une culture d’entreprise reposant sur des valeurs fortes. Beachcomber, c’est de magnifiques hôtels situés sur les plus beaux sites du pays et un formidable réseau de distribution et de vente en Afrique du Sud, en Europe et en Asie. Tout cela contribue à en faire un groupe performant ; ce constat se vérifie dans les ratios financiers de performance opérationnelle qui sont parmi les meilleurs du pays. Nos opérations hôtelières mauriciennes génèrent des cash-flows très intéressants malgré la conjoncture difficile dans laquelle opère l’industrie du voyage et du tourisme. C’est le résultat du travail d’un personnel exceptionnel.
 
Il est néanmoins vrai que l’endettement du groupe est à un niveau qui influe aujourd’hui sérieusement sur le groupe et sur sa capacité à rémunérer les actionnaires et à engager de nouveaux développements. Le conseil d’administration a déjà pris des mesures pour restructurer la dette, qui s’en trouvera sensiblement réduite au cours des quatre prochaines années. Je souhaiterais par ailleurs préciser que ces emprunts ont permis la construction d’hôtels de grande classe dont le Trou aux Biches Resort& Spa et le Royal Palm Marrakech.
 
Le Trou aux Biches Resort& Spa est en train de monter en puissance et a commencé à générer des profits intéressants ; le taux d’occupation sur les prochains mois est en hausse significative par rapport à l’année dernière et cet hôtel est en passe de devenir un fabuleux moteur de croissance pour NMH. En revanche, les opérations hôtelières à Marrakech sont plus lentes à atteindre leur vitesse de croisière et cela demeure un vrai challenge à court terme. Je suis toutefois confiant que la performance de ce resort de qualité exceptionnelle sera en nette progression pendant l’année 2015-2016 et commencera à contribuer aux profits de groupe à partir de 2016-2017.
 
Quelles seront vos actions prioritaires ?
D’abord consolider les valeurs fortes du groupe Beachcomber, dont l’esprit d’équipe. Je souhaite ramener le Groupe à ses valeurs de base. Pour ce faire, j’ai initié une réflexion profonde – et d’envergure – sur la marque Beachcomber, ce qu’elle représente pour les différents stakeholders. Cela se fera à travers la mobilisation de tout le personnel autour d’un projet d’entreprise centré sur l’humain. Ce projet sera lancé dès le mois d’août avec la participation du plus grand nombre. Notre seconde priorité sera d’accélérer la modernisation de la structure commerciale, une modernisation axée, entre autres, sur une utilisation optimale des nouvelles technologies qui offrent de grandes possibilités et d’importantes opportunités.
 
Mener à bien le plan de restructuration financière tel que cela a été décidé par le conseil d’administration est la troisième priorité. La finalité de cette restructuration est de réduire l’endettement de manière significative au cours des quatre prochaines années.
 
Où en est le plan de restructuration financière ?
Le plan de restructuration financière comporte trois volets, comme vous le savez. Le premier consiste en une levée de fonds, au moyen d’une «Rights Issue», auprès des actionnaires. Cet exercice est en cours et se termine le 17 juillet, soit vendredi. Nous avons toutes les raisons de penser que ce sera un succès. Cet exercice réduira immédiatement l’endettement du groupe de Rs 1,8 milliard.
 
Le deuxième volet est la restructuration de la dette auprès des banques qui sont nos partenaires. Les discussions ont abouti et nous sommes arrivés à un accord sur le rééchelonnement de la dette qui va permettre au groupe de maintenir, à travers des rénovations planifiées sur les prochaines années, tous ses hôtels mauriciens à un niveau d’excellence. Nous travaillons sur le troisième volet, à savoir les initiatives que nous avons appelées stratégiques afin de générer des entrées de cash-flow d’environ Rs 2 Mds comme indiqué dans le document circulé auprès des actionnaires récemment. Nous avons bien avancé sur ce volet et communiquerons les détails au moment opportun.
 
Ces initiatives, ajoutées au cash-flow important généré par les opérations et par la vente des villas au Maroc, permettront de réduire l’endettement du groupe d’environ 50 % sur les quatre prochaines années. Cette réduction de l’endettement amènera dans son sillage une réduction équivalente des charges financières et une amélioration significative du profit distribuable aux actionnaires.
 
Quelle place accorderez-vous à l’immobilier dans la stratégie à venir de Beachcomber ?
Beachcomber est un groupe hôtelier d’exception et je souhaiterais que les équipes à tous les niveaux s’y consacrent à 100 %. Les différents projets immobiliers du groupe tels que les villas à Marrakech et celui prévu aux Salines à Rivière-Noire seront gérés et pilotés de façon autonome et séparément de nos activités hôtelières. Il n’est pas dans notre intention de lancer de nouveaux programmes immobiliers. Le groupe est appelé à se recentrer sur ses opérations hôtelières et à capitaliser sur ses atouts exceptionnels dans ce domaine.
 
Beachcomber rejoindra-t-il l’AHRIM ?
Ceux qui me connaissent et qui ont suivi mon parcours professionnel savent à quel point je suis attaché aux institutions fortes du secteur privé. J’ai été président de plusieurs d’entre elles et je pense bien connaître leur rôle et leur contribution dans le paysage socio-économique du pays. Nous allons étudier sérieusement la question de l’adhésion du groupe à l’AHRIM dans les semaines à venir.
 
Quel regard portezvous sur le secteur touristique?
Le tourisme est un secteur qui fait vivre directement et indirectement plusieurs dizaines de milliers de familles et qui génère des revenus de plus de Rs 40 Mds pour le pays. Les problèmes auxquels se trouve confronté ce secteur sont connus des acteurs économiques et des autorités concernées. Il faut laisser un peu de temps au plan stratégique annoncé par le ministre du Tourisme Xavier-Luc Duval pour qu’il commence à porter des fruits. Déjà, la croissance au niveau des arrivées depuis le début de l’année est intéressante. Si certains indicateurs sont au vert, des défis importants subsistent néanmoins.
 
Lesquels ?
Je pense notamment à la question de la desserte aérienne sur laquelle la communauté des affaires s’est beaucoup exprimée ; les positions des uns et des autres sont bien connues. Le pays devra se résoudre à choisir un rôle pour Air Mauritius car cette compagnie essaie aujourd’hui de réconcilier deux rôles conflictuels : celui d’une compagnie cotée en Bourse qui doit faire le maximum de profits pour ses actionnaires et celui d’une compagnie à vocation nationale, qui va bien au-delà de la simple considération financière. Il y a là un conflit évident et tant que ce conflit ne sera pas résolu, le pays aura une compagnie aérienne qui n’est dans aucun des deux rôles au niveau d’excellence qu’elle mérite.
 
Avoir de beaux hôtels n’est plus suffisant pour faire tourner l’industrie avec succès. Il y a d’autres facteurs à considérer...
Absolument. Le touriste ne vient pas seulement dans les beaux hôtels, il vient aussi dans ce qui doit rester un pays magnifique. Toutes les richesses de la destination, qui comprennent également son patrimoine historique et culturel, doivent être valorisées. Une amélioration de la planification urbaine est primordiale et il est essentiel de travailler encore davantage à l’embellissement de nos régions. Certains paysages uniques de notre beau pays pourraient rapidement s’enlaidir si on ne prend pas garde aux développements trop hâtivement planifiés et au non-respect des règlements en vigueur, il faut donc redoubler de vigilance à ce niveau. Nos lagons sont en danger et un effort national doit être fait pour leur préservation.
 
Quelle est votre appréciation de la stratégie de diversification entamée par le gouvernement au niveau de cette industrie ?
Il faut saluer toute initiative qui va dans le sens d’une meilleure diversification de cette industrie avec à la clé de nouveaux marchés. La Chine et l’Inde demeurent certainement de nouveaux pôles de croissance dans ce secteur.
 
D’ailleurs, les arrivées touristiques provenant de ces deux marchés tournent aujourd’hui autour de 10 %. Ce qui est loin d’être négligeable. Toutefois, pour fidéliser les clientèles de ces deux marchés, il faut que le pays parvienne à affiner son offre en fonction de leurs réalités culturelles. Il faut aussi comprendre que tout en cherchant de nouveaux marchés pour cette industrie, il ne faut pas délaisser nos partenaires traditionnels qui sont les pays de la zone euro.
 
Vous êtes donc confiant en l’avenir de cette industrie ?
Notre acte de foi dans le tourisme à Maurice est intact et nous mettrons davantage d’énergie à apporter notre contribution et notre collaboration, avec tous les autres acteurs concernés, au développement de ce secteur. Il faudra pour cela que tout le pays dirige ses efforts vers la même direction. L’industrie touristique est une industrie nationale par excellence, qui concerne tous les citoyens. À chacun de prendre ses responsabilités. Beachcomber assumera les siennes avec détermination et enthousiasme.
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