Ashit Gungah, ministre de l’Industrie et du Commerce: «Le National Price Consultation Council doit être la sentinelle du minstère du Commerce»

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Le ministère du Commerce est l’un de ceux qui ont été sous les feux des projecteurs pour les gros projets pilotés. De la régulation des prix au bien-être des consommateurs en passant par la mise en oeuvre du Petroleum hub, Ashit Gungah est déterminé à redynamiser son ministère. Il met aussi l’accent sur le rôle pédagogique du National Price Consultation Council.
 
◗ Quel bilan faites-vous de vos six premiers mois en poste ?
Les six premiers ont été très mouvementés. Il a fallu mettre de l’ordre au ministère, à commencer par le dossier Betamax. Avec la rupture de ce contrat, l’État économisera plusieurs milliards. Mais comme l’affaire est actuellement sujette à une enquête policière, je ne ferai pas plus de commentaire.
 
Mon objectif est de redynamiser ce ministère. Nous avons mis sur pied le National Price Consultative Council dans le but de soulager les consommateurs et de prévenir les abus de la part des commerçants. La semaine dernière, nous avons annoncé la baisse du prix du boeuf pour le Qurbani. Mais cette annonce n’est pas une finalité en soi. Notre but final est le maintien de cette baisse tout au long de l’année. De plus, nous essayons de voir si cette baisse pourra être répercutée sur les autres viandes, telles que le mouton, le bouc, le cabri et le poulet, entre autres.
 
Le Petroleum hub est aussi sur les rails, les premières bases du projet ayant été jetées. Nous espérons que l’offshore bunkering sera une réalité d’ici la fin de l’année.
 
Il faut aussi dire que la lourdeur administrative est une des raisons qui rendent le public réfractaire à l’idée de se lancer dans le commerce. C’est pour cela que nous mettons actuellement en place une plateforme informatique qui permettra d’effectuer toutes les démarches administratives en ligne. Maurice doit avoir les moyens d’affronter la compétition dans le domaine commercial. Pour cela, on doit rendre les transactions commerciales plus rapides et moins lourdes. Donc vous voyez qu’en six mois, nous avons déjà lancé pas mal de projets.
 
◗ Venons-en à la régulation des prix. Avec l’instauration du National Price Consultative Council, le gouvernement va s’immiscer directement dans le système de distribution pour essayer de réguler les conditions imposées par la grande distribution. Est-ce un projet réaliste ?
Le NPCC fonctionnera dans un cadre légal bien défini. Comparativement à l’Observatoire des prix dont le rôle était limité et administratif, le NPCC aura entre autres un chairman et un organisme composé de représentants d’associations de consommateurs et de commerçants.
 
Ce sera une entité à part entière qui pourra mener des études sur la grande distribution. Elle pourra faire des recommandations et le ministère prendra des mesures contre les augmentations abusives et sanctionnera là où ce sera nécessaire. Le gouvernement sera intransigeant face aux fluctuations de prix importantes inexpliquées. Cela permettra de donner plus de force et de crédibilité aux associations de consommateurs. Aussi, le NPCC aura un rôle pédagogique, car il devra faire l’éducation des consommateurs en ce qui concerne leurs droits.
 
◗ Concrètement, comment faire pour limiter les augmentations artificielles et faire passer d’éventuelles baisses de prix au consommateur ?
Sous le Consumer Protection (Price and Supplies control) Act, il y a possibilité de réclamer des informations sur la structure des prix appliqués par les commerçants et importateurs. Le rôle du NPCC est d’être la sentinelle du ministère. Les fluctuations des prix seront suivies, le ministère en sera mieux informé. Les données sont ensuite analysées. Nous avons la possibilité de contrôler les prix si cela s’avère nécessaire. Un Consumer Protection and Fair Trading Bill viendra renforcir le pouvoir du gouvernement en cas de pratique abusive. Cela inclura le pouvoir de faire baisser le prix d’un produit même s’il n’est pas contrôlé. Il est temps de remettre l’humain au centre des activités.
 
◗ Qu’en est-il de la décision budgétaire de réduire l’intérêt sur la vente à tempérament de 19 % à 12 % ? Est-ce que cela est respecté ?
Depuis le 1er avril de cette année, l’Annual Percentage Rate sur la vente à tempérament a été ramené de 19 % à 12%. Ainsi, le taux d’intérêt annuel est passé de 10,5 % à 6,5 %. Je peux vous assurer que ce nouveau taux est respecté par les commerçants et les «credit providers». Bien évidemment, nos inspecteurs ont fait des visites surprises dans plusieurs magasins à travers l’île pour s’assurer que les conditions du Hire Purchase and Credit Sales Act sont bien appliquées. Il y a eu quelques contraventions, surtout concernant l’affichage des prix. Mais en général, tout se passe bien.
 
◗ Avec la fusion de Holcim et de Lafarge, on risque de se retrouver avec un seul opérateur en position de force. Est-ce qu’il y aura de la place pour d’autres petits opérateurs ?
Tout d’abord, je dois préciser que la Competition Commission n’a rien trouvé d’illégal en ce qui concerne la fusion entre ces deux compagnies. Puis, il existe déjà d’autres opérateurs à Maurice… Outre Holcim et Lafarge, il y a Yamunotri et Lucky Cement. Mais ce secteur est assez délicat.
 
Le gros problème, ce n’est pas la place qui est disponible sur le marché. Il existe plusieurs autres obstacles qui découragent les investisseurs dans ce secteur. Par exemple, il y a le coût de l’investissement qui est assez important. Ajoutez à cela le brand loyalty et vous avez un marché très restreint. Mais je reste optimiste. Peut-être que la construction des smart cities amènera d’autres opportunités pour d’éventuels investisseurs.
 
◗ Où en est le projet de doter Maurice d’un dépôt pétrolier stratégique ? Il a été question de faire de Maurice un «bunkering hub». Est-ce en bonne voie ?
Comme je vous l’ai dit plus tôt, les bases de ce projet ont déjà été jetées. Le gouvernement va avoir recours aux services d’un consultant pour développer un plan stratégique pour le Petroleum hub. Les procédures pour l’allocation du contrat sont actuellement en cours il y a des consultations avec le Public Procurement Office. Ceci étant, je dois dire que le gouvernement veut aller vite avec le projet. On a eu plusieurs consultations avec les compagnies pétrolières pour leur expliquer l’ambition du gouvernement.
 
Ce projet inclura le MOST, (Mer Rouge Oil Storage Tank), qui comprend un consortium de compagnies pétrolières. Cela comprendra d’un stockage additionnel de 25 000 tonnes, qui se fera en deux phases. La construction devra débuter dans un avenir proche.
 
Concernant le bunkering, nous avons déjà alloué dix permis, qui incluent des compagnies maritimes. Nous avons aussi signé deux Memorandums of Understanding avec deux compagnies qui seront basées en permanence dans le port. Nous attendons des informations additionnelles sur leur projet avant que le gouvernement aille de l’avant. Maurice doit devenir un leader comme Singapour dans le commerce du pétrole. Nous en avons le potentiel. Ce sera un nouveau pilier et notre économie en dépendra beaucoup. C’est un des éléments pour la réussite du deuxième miracle économique.
 
◗ Revenons sur la polémique concernant l’amiante ? Que s’est-il réellement passé ?
L’importation d’amiante est toujours interdite à Maurice, soyons clair là dessus. Le Dangerous Chemicals Act de 2004 le stipule clairement. De plus, l’utilisation de fibres d’amiante est interdite sous l’Occupational Safety, Health and Welfare Act de 2005. Si son importation et son utilisation sont interdites, il n’y a pas de polémique.
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