Triathlon - Fabienne Saint Louis : « J’arrêterai ma carrière internationale après les JO de 2016 »

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Fabienne Saint Louis est 120e mondiale au classement ITU.

Fabienne Saint Louis est 120e mondiale au classement ITU.

A un peu plus d’un an des Jeux Olympiques 2016 à Rio, Fabienne Saint Louis fait le point sur ses motivations, ses sacrifices et son avenir sur le plan sportif. 120e mondiale au classement de l’International Triahtlon Union (ITU), la triathlète annonce que les olympiades de 2016 seront sa dernière sortie internationale.

 
 
. Vous étiez crispée le jour de votre course, dimanche 6 juin , lors de l’African Triathlon Union Cup au Morne. Est-ce plus stressant de courir dans son pays ?
 
- Avant la course j’étais un peu stressée. Etre à domicile est une pression supplémentaire. Il y a des gens qui croient en moi. Qui me regardent. Qui attendent beaucoup de moi. Je connaissais la startlist, les filles qui la composaient. Il y avait deux filles très fortes. Mais plus le nombre de filles est réduit (8 participantes, Ndlr), plus j’ai la pression. Et plus il y a le risque de se retrouver seule. A la sortie de l’eau, j’étais crispée car je ne m’attendais pas à sortir aussi loin.
 
. D’avoir été seule n’a-t-il pas été plus bénéfique que d’être dans le peloton ? 
 
 – Non, même si je suis satisfaite de ma course. Je finis 4e, c’est bien. Je vois que le travail commence à payer. Mais durant toute le triathlon, je n’étais pas sereine. Dans ma tête j’ai vécu trois courses (natation, vélo, course à pied) dans une seule course. 
 
. Trois ans après les JO de Londres, vous êtes 120e au classement ITU. A quelques mois de la qualification pour Rio. Qu’est-ce que cela représente pour vous ?
 
– C’est une grande motivation. C’est une grande satisfaction déjà. Parce qu’après Londres, il y a eu une année blanche. En 2013, je suis passée 300e. Et donc, à un an des Jeux, passer à la 120e place est une grande motivation pour aller plus loin.
 
. Se maintenir à ce niveau, qu’est-ce que cela comprend comme sacrifices ?
 
– Les sacrifices c’est déjà avoir une vie sociale moindre. On voit beaucoup moins les amis. On se fait beaucoup moins plaisir à soi-même. Beaucoup de sacrifices à se faire mal à l’entraînement. C’est que des entraînements. On ne vit que pour le triathlon.
 
.Vous n’en avez pas assez des fois ?
 
– Après les Jeux Olympiques de 2012, j’ai vraiment eu un coup de barre. Où j’ai voulu un peu tout arrêter. D’ailleurs, c’est ce que j’ai fait. J’ai voulu voir autre chose. C’est-à-dire travailler. J’avais besoin de travailler (secrétariat, comptabilité, Ndlr) parce que je n’avais pas d’argent. Mais j’ai vu que j’avais besoin du triathlon pour être moi-même. Je pensais pouvoir me dire, après les Jeux, est-ce que j’aime vraiment ça ? Au bout de trois mois déjà, cela me manquait. J’ai essayé de m’entraîner en même temps que de travailler. Mais ce n’était pas possible.
 
. Etait-ce trop difficile de concilier les deux ?
 
R - Je travaillais à Paris, de 9h à 18 h. Et c’était dur de se motiver à aller s’entraîner après les heures de bureau. A l’époque, j’avais choisi ce travail parce que c’était à deux rues du club Lagardère Paris Racing (ancien club). Je m’étais dit que pour reprendre je n’aurais qu’à traverser la rue et aller nager à 19h. En fait, ce n’était pas du tout cela. Quand on a travaillé de 9h à 18h, on n’a aucune envie d’aller dans l’eau après. Fin 2013 début 2014, on a bien réfléchi David Bardi, mon coach, et moi. On a pris la décision de partir pour Rio. En sachant qu’à la fin des 4 années je ne serais pas comme en 2012. Parce qu’après un an d’arrêt, le niveau des compétitions était devenu plus relevé. Sur les courses les filles progressaient, moi je régressais.
 
. Est-ce que les Jeux Olympiques de 2016 marqueront la fin de votre carrière ?
 
 – Ce sera la fin de ma carrière internationale. Il y a la qualification qui est dure. Mais le plus dur – maintenant comme en 2012 - c’est de mendier. C’est une fatigue psychologique. Je sais que je ne pourrai pas gagner ma vie avec le triathlon. Je demande seulement de pratiquer mon sport à un haut niveau. C’est-à-dire d’être sereine, de pouvoir faire les courses. Je ne demande pas de vivre de cela. Mais c’est fatigant aussi de faire des dossiers, des demandes. Parce que cela empiète sur l’entraînement.
 
. Au lieu de vous sacrifier à l’entraînement, est-ce que cela n’aurait pas été plus facile d’aller à Rio par une wild card ?
 
- Cela aurait été plus facile, certes. Mais cela ne m’aurait pas donné satisfaction.
 
. Pour quelles raisons ?
 
– De se qualifier est plus gratifiant que d’obtenir une wild card. Je sais que je n’aurai pas volé ma place sur la ligne de départ. Je sais que de viser un podium voire un Top 10 est très difficile ; que ma qualification, c’est ma médaille à moi et que j’ai le même mérite que les autres filles qui sont là. Mais tout peut arriver en un an. Toutefois, si en mai j’arrive 141e (au lieu de 140e, classement qualificatif pour Rio, Ndlr), je ne cracherais pas sur une wild card. Mais la décision, au départ c’est de se qualifier. Autant pour moi que pour mon entraîneur.
 
.  Le retrait de la scène internationale implique-t-il la cessation de vos activités sportives en France ?
 
- Non, je continuerai les courses en France. Je m’entraînerai, en gagnerai certaines, me ferai plaisir. Et ferai des compétitions à Maurice quand je viendrai.
 
Pour la triathlète, une qualification pour les JO est plus gratifiante qu'une wild card.
 
 
. Etes-vous une athlète facile à entraîner ?
 
– (Tout sourire). Non, pas facile du tout. Je ne m’assagis pas avec l’âge. Et pour cela, je dis merci à David Bardi, mon entraîneur. Parce qu’il est patient. Il me motive perpétuellement. Des fois, je fais des séances où je me vois mes temps. Même s’il voit que ce n’est pas bon, il trouvera le côté positif des choses. Mais si je continue à faire de mauvaises choses, il me le dira aussi.
 
 
. Entendez-vous les encouragements de votre entraîneur pendant les compétitions ?
 
– Oui, je l’entends tout le temps. Mais c’est surtout qu’avant la compétition, on se fait deux scénarios. Celui de la course la plus prenable, le meilleur scénario possible. Puis le plus courant. Dimanche, en sortant de l’eau, aucun des scénarios prévus ne s’est réalisé. Et là, j’ai reçu d’autres consignes. David Bardi est tout le temps là pour m’encourager, pour me donner les écarts avec mes adversaires. Et ce que je dois faire.
 
 
. Vous arrive-t-il de dédier vos compétitions à votre entraîneur?
 
– Tout le temps. Comme ce dimanche, après être sortie de l’eau, je me suis dit que j’allais courir pour lui, pour tous ses sacrifices. Cela fait 8 ans qu’il m’entraîne en France.
 
 
.Y a t il une relève en triathlon, à Maurice, après Fabienne St Louis ?
 
– Pour le moment, je ne vois pas. Il faudrait chercher du côté des nageurs et qu’un accord soit trouvé entre la fédération de la natation et celle de triathlon pour que les nageurs qui ont un certain niveau puissent ensuite s’intéresser au triathlon.
 
. Est-ce que vous envisagez un jour d’être active au sein de la Fédération de triathlon ?
 
– J’aimerais bien aider le développement du triathlon à Maurice. Mais c’est dur. Il y a beaucoup de responsabilités pour peu de choses en retour. Et je ne fais pas là allusion au plan financier. Je serai là s’il y a une bonne équipe en place. D’ailleurs, mon rêve est de revenir à Maurice. Je ne finirai pas mes jours en France. Je sais que ma place est ici à Maurice.
 
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