Municipales: la crainte de l’abstention

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Seule l’alliance Lepep a défilé dans les différentes villes le samedi 13 juin. Le MMM s’est abstenu.

Seule l’alliance Lepep a défilé dans les différentes villes le samedi 13 juin. Le MMM s’est abstenu. 

C’est le jour de vérité. Les 394 965 habitants des cinq villes de Maurice doivent se rendre aux urnes pour choisir leurs conseillers, le dimanche 14 juin. Ils auront à choisir entre les candidats alignés par l’alliance Lepep, actuellement au pouvoir, et le principal parti d’opposition, le Mouvement militant mauricien (MMM) ainsi que des candidats indépendants.

Ce dimanche, les citadins diront s’ils font encore confiance aux belles paroles du gouvernement ou au bilan du MMM au sein des mairies qu’il a longtemps contrôlées. Dans le premier cas, le Premier ministre sir Anerood Jugnauth avait déjà annoncé la couleur à ses partisans lors du meeting du 1er mai: «Nous comptons sur vous pour en finir une fois pour toutes avec nos adversaires.» Le chef du gouvernement entend poursuivre son opération de «nettoyaz», initiée sur le plan national après le passage de Navin Ramgoolam à l’hôtel du gouvernement, au niveau des collectivités locales.

Depuis, le Parti travailliste (PTr) dirigé par l’ex-Premier ministre, a déclaré forfait, prétextant que la joute ne sera pas «libre et équitable» Les rouges avaient également un gros souci de liquidité et la guéguerre démarrée à la réunion du comité exécutif n’a pas arrangé les relations au sein du parti. Navin Ramgoolam a cependant donné un mot d’ordre durant la semaine écoulée. «Ne votez pas pour l’alliance Lepep», a-t-il lancé. Son message passe différemment, son électorat voyant là une invitation à voter pour leur allié d’hier, le MMM.

Cet appel pourrait cependant coûter cher aux troupes de Paul Bérenger, la population s’étant majoritairement prononcé contre cette alliance au dernier scrutin national. Ce, alors que le MMM et le PTr étaient considérés comme les deux plus grands partis de Maurice.

Démontrer leur popularité

Mais rouge et mauve ont une culture et une idéologie différente. Et aucun travailliste digne de ce nom n’a oublié que Paul Bérenger s’est empressé de taper sur Navin Ramgoolam à l’issue de la défaite de décembre dernier.

Aujourd’hui, avec ces élections sans grands enjeux et des candidats pour le moins amorphes, le MMM et l’alliance Lepep sont bien conscients que leur véritable adversaire est l’abstention. Tout au long de la campagne, les dirigeants des deux bords se sont égosillés pour exhorter les citadins à effectuer leur devoir civique. Pour eux, cette joute n’est, après tout, qu’un moyen de démontrer leur popularité.

L’abstention est réelle car elle s’est manifestée durant ces derniers quatorze ans. En 1991, avec le PTr qui avait décidé de bouder les élections, le taux d’abstention avait battu des records: 77,9% des électeurs ne se sont pas rendus aux urnes. Elle était de 64,3% en 1996, 40% en 2001, 59,5% en 2005 et 55% en 2012.

Seul réconfort : lorsque le gouvernement MSM/MMM avait été élu en 2001, les élections municipales ont attiré 60% de l’électorat, chose qui pourrait donc se reproduire ce dimanche. Les deux bords comptent bien mettre toute leur machinerie à l’œuvre pour inciter les citadins à se rendre aux bureaux de vote.

«Transformer les villes»

Brillant par son absence sur le terrain durant toute la campagne, le Premier ministre s’y est invité de manière détournée jeudi. Il a tenu une conférence de presse pendant près d’une heure afin de faire un bilan de ses six mois au pouvoir. Il a, lui aussi, invité les citadins à voter «pour les candidats de l’alliance Lepep» afin de leur permettre de «transformer» les villes. «Gouvernement et mairies» dit-il, «doivent travailler main dans la main pour le développement et le progrès du pays».

Ajay Gunness, secrétaire général du MMM, croit en la victoire du MMM mais déplore un incident survenu dans un faubourg de la capitale. Reza Uteem et deux candidats ont dû se faire plâtrer le bras.

Mamade Khodabaccus, un des dirigeants de l’alliance Lepep, indique que ses camarades ont mis en place un «système» pour surmonter l’abstention. À Quatre-Bornes, l’alliance Lepep semble être en meilleure forme alors que cette ville a été traditionnellement travailliste. Kavi Ramano s’étant séparé du MMM, son départ devrait donner un coup de pouce aux députés-ministres Xavier-Luc Duval et Roshi Bhadain pour rameuter leurs électeurs.

Financement des partis politiques

À Port-Louis, l’ancienne citadelle mauve semble prenable pour la majorité gouvernementale, avec un léger avantage pour le MMM aux Wards 4 et 5. L’alliance Lepep craint le panachage et le leader du MSM était même sur le terrain vendredi.

À Beau-Bassin/Rose-Hill, l’ancien fief du MMM, l’alliance Lepep est aussi donné favorite. Ce même si Paul Bérenger et Rajesh Bhagwan y avaient de bonnes assises jusqu’à l’arrivée du Muvman Liberater d’Ivan Collendavelloo.

Alors qu’à Vacoas-Phoenix, l’alliance Lepep craint un «backlash» dans certains Wards, tel ne semble pas être sa crainte à Curepipe. Face aux deux blocs, Rezistans ek Alternativ table sur leur «sincérité» pour obtenir des votes. Il se présente comme une alternative «crédible». Ses membres rappellent qu’aucun de ces partis n’a eu le courage de voter une loi pour accorder plus d’autonomie aux collectivités locales. Ils en profitent pour souligner que tous ont bénéficié de financements de grands groupes et que ces élections sont un moyen de les sanctionner.

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