Steve Obeegadoo: «J’ai toujours exprimé ma préférence pour un leadership élargi»

Avec le soutien de
Steve Obeegadoo, membre du bureau politique du MMM et responsable du dossier de réforme chez les mauves.

Steve Obeegadoo, membre du bureau politique du MMM et responsable du dossier de réforme chez les mauves.

Il ne craint pas les représailles de son leader et ne fait pas «grand cas» de ses relations personnelles avec ce dernier. Tout ce qui compte pour Steve Obeegadoo, c’est la réforme sur laquelle il travaille et qui devrait donner au Mouvement militant mauricien un second souffle.

Vos relations avec Paul Bérenger se sont améliorées semble-t-il ?

Je ne fais pas grand cas de nos relations personnelles ; nous nous voyons lors des réunions du bureau politique et du comité central. Indépendamment de mes relations avec Paul Bérenger, je suis du MMM et j’y reste.

Alors qu’une menace de sanction pesait sur moi, j’ai eu, à l’initiative de Pradeep Jeeha, une entrevue avec lui. J’estimais qu’après une lourde défaite aux élections générales, il fallait réformer en profondeur le parti pour assurer son avenir. J’ai fait comprendre que sanction ou pas, je poursuivrai mon combat et que je ne quitterai pas de ma propre initiative le MMM.

La deuxième dimension de mon combat, c’est l’unité. C’est là que nous avions convenu qu’il fallait tout faire pour éviter la rupture avec Alan Ganoo. Mais, par la suite, il a choisi de partir.

Ne craignez-vous pas les foudres du ‘patron’ en vous exposant encore à l’opinion publique ?

Certainement pas. Il est clair que je m’exprime en mon nom personnel et je continuerai à le faire sans blesser mon parti.

Parlons de frondes. Va-t-on vers l’apaisement de la crise au MMM ?

Jusqu’au mois d’avril, les opinions s’exprimaient dans un climat de confrontation. Mais à présent, c’est dans un climat de dialogue. Il y a plus de tolérance de la direction face aux opinions contraires. Je pense qu’à l’heure actuelle, tous ceux qui voulaient quitter le MMM l’ont fait et ceux qui ont choisi de rester vont maintenant travailler avec la Task Force pour faire avancer leurs idées.

Nous avons traversé une phase cruciale avec une partie des contestataires qui ont décidé de partir pour créer une force nouvelle et d’autres, comme moi, qui ont choisi de rester pour poursuivre le combat à l’intérieur. (NdlR : cette interview a été réalisée avant la démission de Shyam Mathura hier après-midi.)

La réforme du MMM que vous pilotez, n’est-ce pas un trompe-l’oeil avec un leader inamovible ?

Bien que Paul Bérenger représente le MMM historique, j’ai toujours estimé qu’on ne peut pas faire un blocage autour de la personne. Bérenger a le choix de rester ou de partir mais s’il reste, quel rôle va-t-il jouer l’année prochaine, aux prochaines élections générales ou au-delà, ce n’est pas déterminé. J’ai toujours exprimé ma préférence pour un leadership élargi opérant de manière collégiale avec Bérenger comme mentor. Dans l’immédiat, la priorité, ce sont les municipales qui prennent le dessus sur la réforme du parti.

Proposerez-vous ce ‘leadership collégial’ dans votre réforme ?

Ce sera certainement une proposition que j’amènerai devant la Task Force. Il ne faut pas oublier qu’elle est composée de 50 % de militants de la base, ne faisant partie ni du bureau politique ni du comité central. Nous allons essayer d’apporter des réponses concernant son fonctionnement qui auront valeur pas uniquement pour 2015.

Et si votre rapport finissait dans le fond d’un tiroir ?

Le premier défi, c’est de produire le rapport. Ensuite, de le faire circuler au sein des instances, d’engager le débat pour prendre les décisions qui s’imposent.

Hier, vous étiez aux côtés des démissionnaires ; qu’est-ce qui vous distingue d’eux ?

J’ai fait, moi, le choix de demeurer au sein du parti car depuis janvier j’ai toujours dit que le MMM appartient à tous ses militants et que chacun avait le droit, sans avoir à quitter le parti ou se faire expulser, de demander des comptes à la direction.

Mes amis Ganoo, Bumma et Ramano ont, eux, fait le choix de partir. J’ai décidé de rester car j’ai consacré toute ma vie à ce parti et je considère le MMM comme étant ma maison. Je préfère y rester que d’habiter en locataire dans la maison d’un autre. Il est aussi plus efficace de faire avancer ses idées en luttant à l’intérieur d’un grand parti de masse plutôt que dans un petit parti à soi. Que la nouvelle formation m’offre le leadership n’aurait aucunement influencé ma décision.

Êtes-vous resté pour vous préparer à prendre le relais du leader ou s’agit-il de la crainte d’une mort politique ?

Ni l’un ni l’autre. À ce stade, la question de prendre le relais de Bérenger ne se pose pas. Il faut sauver le MMM. Je ne me bats pas pour remplacer Paul Bérenger mais pour que le MMM ait un leadership collégial avec l’apport de Paul Bérenger.

Avec la crise interne, le MMM est-il prêt à affronter l’alliance Lepep ?

L’alliance gouvernementale a un gros avantage et c’est pour cela qu’après chaque élection générale, les municipales sont organisées. Elle s’est dit qu’elle est toujours portée par cet élan de la victoire et que les gens vont vouloir s’afficher avec le gouvernement. Cela dit, le MMM demeure enraciné dans le pays et je note un rassemblement des militants et une volonté d’incarner l’opposition étant donné la situation fâcheuse du Parti travailliste (PTr).

Gérer les villes, c’est de l’administration pure. Mais quels sont les enjeux politiques de ces municipales ?

Pour le MMM, c’est l’occasion de démontrer qu’il représente une force réelle sur le terrain. Nous sommes en bataille et notre souhait est que les électeurs du MMM, qui ont rejeté l’alliance PTr-MMM lors des législatives et ceux qui avaient opté pour l’abstention, se réveillent pour soutenir le MMM.

Le Muvman Liberater (ML) et le clan Ganoo sont-ils des concurrents sérieux pour les mauves ?

Certainement, je prends toutes les forces politiques au sérieux. Alan Ganoo, Kavi Ramano et les autres ne vont pas se lancer dans la bataille municipale mais les mois à venir indiqueront leurs stratégies politiques. L’avenir nous dira comment le ML se déterminera vis-à-vis d’un MMM nouveau.

Je souhaite qu’Alan Ganoo et les camarades qui nous ont quittés nous reviennent ; si ce n’est pas en 2015 en 2016. Il nous faut créer une opposition forte qui puisse répondre aux attentes de la population car il y a une certaine appréhension.

Quelles sont les villes qui sont à votre portée ?

Les dernières élections générales ont démontré une chose : rien n’est joué d’avance en politique à Maurice. Les électeurs ont déjoué tous les pronostics en décembre. Le MMM doit jouer pleinement ses chances dans toutes les villes.

Quels seront vos arguments ?

Cette campagne concerne avant tout la gestion de nos villes et les électeurs sont assez intelligents pour rejeter les arguments simplistes. Ce qui importe aux électeurs, c’est le choix d’une équipe capable de répondre aux préoccupations quotidiennes tout en se battant pour plus de démocratie régionale.

Êtes-vous à l’aise financièrement pour la campagne ?

C’est à Paul Bérenger ou à son trésorier Aadil Ameer Meea qu’il faut poser la question. Je sais que le parti fonctionne à partir des contributions de ses députés et on bénéficie de dons à l’approche des élections.

Qui serait, pour le MMM, un meilleur interlocuteur à la tête du PTr ?

À ce stade, le MMM n’a pas de dialogue, de consultation ou de négociation avec le PTr, sauf au Parlement. Cela dit, à titre personnel, je suis avec beaucoup de sympathie le combat d’Arvin Boolell pour plus de démocratie au sein de son parti.

Moralement, le MMM peut-il se permettre de questionner l’achat des Airbus qui a été fait alors que l’alliance PTr-MMM était déjà ‘on’ ?

Et pourquoi pas ? Le MMM n’a jamais été partie prenante de ces choses. Nous avons fait une alliance électorale. Le MMM a l’obligation d’exiger la transparence. Nous sommes dans notre rôle d’opposition et les gens oublient très souvent que le MMM est le seul parti qui n’a pas été au gouvernement depuis 2005.

En tant qu’ancien ministre de l’Éducation, qu’est-ce qui devrait être fait pour arrêter le mouvement de protestation des collégiens ?

Je suis indigné et en colère par cette histoire de transfert de chef d’établissement au milieu de l’année scolaire. Je suis indulgent vis-à-vis de la ministre de l’Éducation car il faut du temps pour maîtriser les rouages de ce ministère et pour mettre en place des réformes. Cela dit, je lui lance un appel afin de stopper cet automatisme de l’administration pour lequel elle n’est pas nécessairement responsable.

Publicité
Publicité
Rejoignez la conversation en laissant un commentaire ci-dessous.

Ailleurs sur lexpress.mu

Les plus...

  • Lus
  • Commentés
  pages consultées aujourd'hui Statistiques et options publicitaires