Ritish Ramful: «Arvin Boolell est trop pressé»

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Toute la semaine, le petit théâtre travailliste a bruissé de rumeurs sur un organigramme remanié du PTr. Ritish Ramful, député de Mahébourg–Plaine-Magnien (n° 12) et un des noms les plus en vue, jure n’avoir reçu aucune proposition. Et ferme la porte à d’éventuels galons castéistes.

Quand et comment êtes-vous né à la politique ?

C’était en 2000, pendant la campagne des législatives. Anil Gayan était candidat à Mahébourg, je l’accompagnais sur le terrain. Avant de devenir avocat, j’avais fait mon «pupillage» chez lui, on se connaissait. Il est sorti en tête de liste, de bons souvenirs.

Dix ans plus tard, avec Vasant Bunwaree, ça s’est moins bien passé…

Parce que j’ai commencé à avoir des ambitions. Il n’a pas supporté. La campagne de dénigrement, les tracts, je n’oublierai jamais ce qu’il m’a fait.

Apparemment c’est réciproque. Sur les réseaux sociaux, il vous dépeint en  manipulateur sournois…

Moi ? Mais quel toupet ! Vasant Bunwaree avait promis de m’aider mais il s’est servi de moi. Et dès qu’il a senti que je devenais un candidat potentiel, il a tout fait pour m’éloigner de la circonscription. C’est sa façon de faire de la politique. À Mahébourg, tous les gens savent.

Votre entourage vous décrit en homme de couloirs, low profile mais ambitieux. Vous reconnaissez-vous?

Oui, j’ai toujours été comme ça, discret et travailleur, mais certainement pas manipulateur.

Quel regard portez-vous sur le psychodrame de mardi entre Arvin Boolell et Navin Ramgoolam ?

Cet incident est malheureux, j’aurais souhaité que cela n’arrive pas. En même temps, il faut comprendre les acteurs.

On ne comprend plus justement. Navin Ramgoolam n’est pas censé être en retrait?

Il l’est. L’acharnement dont il est victime l’a poussé à venir s’expliquer, je peux comprendre cette attitude, comme je comprends la colère d’Arvin Boolell. Il se présente comme le successeur légitime de Navin Ramgoolam, il veut redresser le parti mais il doit le faire en douceur. Le leadership ne se conquiert pas les armes à la main, il faut savoir se faire accepter.

Le pouvoir se prend-il en douceur ?

Oui. Dans la douceur, l’harmonie et le consensus.

Chez Oui-Oui certainement, mais au Parti travailliste ?

À Arvin Boolell de se faire accepter.

Sentez-vous un rejet autour de sa personne ?

Non, mais il va trop vite, il est trop pressé.

Vous parlez de «consensus», qui mettrait tout le monde d’accord ?

Difficile à dire dans le contexte actuel...

Votre beau-père, Kailash Purryag ?

(Sourire crispé) Il est président de la République, je ne crois pas qu’il va… enfin, c’est à lui de décider.

Son nom a circulé…

Dans quatre mois, au congrès de septembre, nous serons fixés. Soit Navin Ramgoolam continue, soit un successeur est désigné.

Votre préférence ?

Je choisirai le candidat le plus apte à ramener le PTr au pouvoir. Navin Ramgoolam a fait ses preuves, ne l’oublions pas. Avec lui, ces vingt dernières années, le Parti travailliste a été quinze ans au pouvoir, ce n’est pas rien. Navin Ramgoolam a fait beaucoup de bonnes choses, on a tendance à l’oublier ces temps-ci.

On a bien compris votre choix…

Non ! Arvin Boolell aussi serait légitime !

Vous soutiendrez qui ?

Celui qui fera consensus au sein de la famille travailliste.

En gros, vous ne vous mouillez pas...

Écoutez, dans ma situation, la meilleure chose à faire est d’éviter d’entrer dans un camp. Une guerre Boolell-Ramgoolam abîmera le parti, ils doivent réapprendre à se parler. S’ils communiquaient davantage, l’incident du square Guy Rozemont ne serait pas arrivé.

Chacun désormais a bien compris que Navin Ramgoolam, même en retrait, tire toutes les ficelles. Est-ce pour vous une découverte ?

Non, je ne suis pas d’accord. J’ai participé à tous nos débats, chacun a pu s’exprimer et on a décidé qu’Arvin Boolell trancherait, que ce serait à lui de prendre les décisions. Prenez les municipales : Arvin avait le champ libre.

Mais les pouvoirs d’un porte-parole, ce n’est pas tous les pouvoirs.

Évidemment, nous avons déjà un leader !

Il paraît que ce leader vous voit en deputy leader…

Où avez-vous eu cette information? (Il cherche ses mots) Je vous dis franchement, ça n’a jamais été discuté dans les instances du parti.

Et ailleurs ?

Non plus. Personne ne m’a rien proposé, je vous le jure.

C’est donc une rumeur ?

Une rumeur infondée. Certains sont très forts pour brouiller les pistes et semer la zizanie.

Et si cette offre arrivait ?

(Longue réflexion) Je l’analyserai. Y répondre favorablement ou pas, c’est autre chose. Tout dépendra de la direction que compte prendre le parti, de son projet.

Purryag futur candidat au poste de leader, une rumeur aussi ?

Je vous l’ai dit, c’est à lui de décider.

Cette hypothèse vous paraît-elle crédible ou farfelue ?

(Mal à l’aise) Écoutez, il n’y a pas que Purryag, d’autres personnes peuvent prétendre au leadership du PTr.

Cela fait donc partie des possibilités…

Tout ce que je peux dire, c’est qu’il est triste de voir son parti dans cet état.

Il serait donc le bienvenu pour aider le parti à se relever ?

Oui, pourquoi pas. C’est quelqu’un d’une grande expérience, vous savez.

Quel est le meilleur conseil qu’il vous ait donné ?

Ah, il m’en a donné tellement ! Ne jamais transiger sur ses principes, c’est peut-être le meilleur.

Et le pire ?

(Il réfléchit) Non, je ne vois pas, ses conseils m’ont toujours aidé.

Vous, vous comptez passer dimanche au château…

(Rire) Non, non, c’est sincère. On peut changer de sujet ?

Vous n’êtes pas un grand bavard, n’est-ce pas ?

Je fais mon maximum pour répondre à vos questions.

Vous êtes au maximum, là ?

(Éclat de rire)

Durant la campagne, vous disiez incarner «le sang neuf». Quel regard portez-vous sur l’influence des castes en politique ?

Ne soyons pas hypocrites : le castéisme fait partie des moeurs de la société mauricienne et la politique n’y échappe pas. C’est malheureux mais c’est comme ça.

Shakeel Mohamed le dit de façon plus nerveuse. Pour lui, «seuls les hindous d’une certaine caste peuvent devenir leader». Il a tort ?

(Long soupir) Il a raison. C’est notre devoir, à nous, politiciens, de faire évoluer les mentalités pour en finir avec le castéisme. Que l’on en soit encore à parler de castes en 2015 me dépasse.

Montrez l’exemple…

Je vous garantis que je n’accepterai jamais un poste sur la base de ma caste.

C’est un engagement ?

Absolument, je refuserai toutes promotions caséistes. Si je suis amené à progresser dans mon parti, je le devrais à mes compétences, à la confiance que les gens placent en moi, pas à ma caste. Être vaish ne me donne pas plus de droits.

Mais quand on appartient à la «bonne» caste, n’est-ce pas tentant d’en profiter ?

(Sourire) Oui, si vous êtes castéiste. Je ne le suis pas, ce n’est pas ma conception de la vie publique. Un homme politique représente la Nation mauricienne tout entière, peu importe la religion, la caste, la culture, la façon de vivre. Je suis mal à l’aise quand j’entends dire qu’être vaish vous met dans une position de force au Parti travailliste. C’est faux ! La preuve, on a proposé Paul Bérenger comme Premier ministre.

Avec la réussite que l’on connaît…

Tout le problème est là ! Notre société a peu évolué sur la question des castes. Un non vaish doit pouvoir devenir leader du Parti travailliste, moi je n’ai aucun problème avec ça. Sortons de ces political traps !

En parlant de trappe, vous avez bien failli y passer en décembre. Votre élection s’est jouée à 80 voix… 

J’ai travaillé la circonscription pendant cinq ans, je connais les gens, j’ai exercé comme avocat dans la région, ma famille y habite, tout cela a compté. Mais c’est vrai que ça s’est joué à pas grand-chose. J’ai failli sortir quatrième, Dieu en a décidé autrement.

Dieu a peut-être autre chose à faire que de s’occuper de la circonscription n°12…

Moi je crois qu’il y a une raison derrière ma victoire. Peut-être que cela s’appelle le destin.

«Je serai un parlementaire constructif», disiez-vous fraîchement élu. Or les registres de l’Assemblée nationale indiquent que vous n’êtes pas très assidu…

Si je vous montre mon agenda, vous allez comprendre. Mon métier d’avocat me prend énormément de temps. J’ai renvoyé pas mal d’affaires pendant la campagne et aujourd’hui je suis débordé. J’ai des devoirs envers la cour et envers le Parlement, c’est parfois difficile de concilier les deux.

Vous étiez ce vendredi en Cour suprême pour défendre des Somaliens accusés de piraterie. Où voyez-vous votre avenir : au barreau, en politique… ou en piraterie ?

Je vous le dirai après le congrès du 20 septembre. Je veux savoir où le parti veut aller avant de me prononcer.

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