Shakeel Mohamed: «La chute de la BAI a été orchestrée»

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Pourquoi l’empire BAI a-t-il été liquidé ? Le député travailliste Shakeel Mohamed torpille la thèse officielle de l’escroquerie financière. Pour lui, les escrocs ne sont pas ceux que le ministre des Finances désigne.
 

Êtes-vous l’avocat occulte de la BAI ?

Pas du tout. Je fais mon travail de parlementaire en posant des questions sur cette affaire.

«Montrez-nous où est l’escroquerie BAI», avez-vous demandé en substance à Vishnu Lutchmeenaraidoo…

Et il n’a pu répondre. Cela confirme ce que des proches du dossier m’ont dit : il n’y a pas de Ponzi. Ce mot a été lâché en pâture pour justifier l’OPA hostile sur la BAI. Le gouvernement n’a pas de preuve démontrant une quelconque escroquerie. Cette histoire de Ponzi est une manipulation, un énorme coup de bluff.

Qu’est-ce qui vous dit que M. Lutchmeenaraidoo n’a pas de preuve ?

S’il en avait, il aurait répondu à ma question. «Tout le monde sait que la BAI est un Ponzi» : voilà sa réponse, c’est un peu court. Si la presse s’en contente, moi pas.

Vous connaissez M. Rawat, n’est ce pas ? 

Oui, et je peux vous dire que la lettre dans laquelle il offre son empire pour une roupie ne lui ressemble pas, mais alors pas du tout. Vous connaissez beaucoup de gens qui lâchent comme ça ce qu’ils ont mis une vie à bâtir ? Il y a eu chantage, j’en suis convaincu.

M. Rawat est-il homme à céder au chantage ?

Si sa famille est menacée, oui. Et elle l’était.

En avez-vous des preuves ?

J’en ai. J’ai eu accès à la liste des «Arrest upon departure», des petits-enfants Rawat y figuraient. On parle de mineurs, d’écoliers... Mais où va-t-on ? Je ne vous dis pas que la BAI était un modèle de vertu mais replaçons les choses en contexte. Est-ce que la Financial Services Commission a établi une activité criminelle ? Non, la FSC a approuvé tous les produits BAI et les comptes ont été audités par des firmes réputées. Est-ce qu’un seul client s’est plaint d’avoir perdu son argent ? Non plus. Ma conclusion, c’est qu’il est désormais possible de jeter l’opprobre sur toute une famille sans rien démontrer. On en est là. Ce gouvernement fonctionne à l’intimidation. Moi-même, depuis mon intervention au Parlement, je reçois des menaces.

Qui vous menace, et de quoi ?

De représailles. Ne te mêle plus de cette affaire ou tu auras des ennuis…

Vous avez peur ?

(Silence) Je ne sais pas, je pense à ma famille. L’aîné de mes trois garçons n’a que 5 ans.

Des menaces par téléphone ?

Oui.

Peut-on les voir ?

Elles ne sont pas dans ce téléphone.

Lors d’un point de presse du Parti travailliste, vous avez insinué avoir eu accès aux coulisses de l’affaire, le 2 avril, quand le scandale a éclaté…

Ce soir-là, il y a eu des négociations entre des dirigeants de la BAI, des ministres et leurs conseillers. Ces gens-là ne se sont pas seulement téléphoné, ils se sont vus. Et là encore, j’ai des preuves de ce que j’avance.

Des enregistrements audio ?

J’ai lu des SMS et j’ai entendu des choses, je n’en dirai pas plus.

Vous en concluez quoi ?

La chute de la BAI a été orchestrée, c’est un hold-up d’Etat. Encore une fois, je ne nie pas les soucis de liquidités, ni la violation des règles. Oui, la BAI a fauté en ne respectant pas le plafond de 10 % d’investissements dans ses filiales, c’est un fait que je ne conteste pas. Pour autant, ce problème était en passe d’être réglé. De 2009 à 2014, ils ont réussi à rabaisser ce taux de 85 % à 58 % ; cela démontre que le plan de redressement établi par la BoM fonctionnait.

Cela suffit-il à dire que le patient était en voie de guérison ?

Mais oui ! Et subitement, on achève ce patient en retirant Rs 1,5 milliard de la Bramer Bank. Cet établissement ne s’est pas effondré, on l’a poussé à l’effondrement. C’était un acte prémédité, un coup de grâce planifié. Selon mes informations, la National Commercial Bank sera privatisée après une période de transition. Le futur propriétaire a même été identifié. Et comme par hasard, c’est un proche du pouvoir...

Et bien entendu, il faut vous croire sur parole…

Croyez ce que vous voulez, vous verrez…

Admettons que vous ayez raison. Pourquoi couler volontairement la BAI ?

(Longue expiration) Dans la tête de plusieurs ministres, il faut éliminer tous ceux qui ont aidé le Parti travailliste. L’objectif est de détruire la connexion PTr-BAI.

Donc vous reconnaissez cette connexion ?

Non. Je reconnais la connexion, ou plutôt la longue amitié, entre M. Rawat et M. Ramgoolam.

Cette longue amitié a-t-elle fait de la BAI le bras financier du PTr ?

C’est ce qu’ils disent. D’après eux, il y avait une relation incestueuse entre le PTr et la BAI.

Et d’après vous ?

Je ne sais pas.

Vous vous fichez du monde ?

Je ne peux parler que pour moi. Et ni la BAI ni M. Rawat ne m’a jamais aidé à gagner une élection.

Si la BAI n’était pas un bailleur de fonds du parti, votre théorie du gouvernement revanchard s’écroule. Expliquez-moi pourquoi un gouvernement irait détruire un acteur important de l’économie…

Expliquez-moi où est le Ponzi !

Si le Parti travailliste était mis en vente pour une roupie, trouverait-il preneur ?

Moi, j’achèterais ! Mais peut-être que M. Boolell ne serait pas d’accord ! (éclat de rire)

C’est lui le patron ?

On a plusieurs patrons. à l’Assemblée nationale, c’est moi.

Et le patron des patrons ?

On n’en a pas. On a un leader on leave et un porte-parole. Cette situation, j’en ai assez. Plus M. Ramgoolam tardera à se retirer, plus il fera du tort au parti. Je le dis clairement : M. Ramgoolam est un handicap, c’est un poids attaché au pied du parti, il nous tire vers le bas. Tant qu’il sera dans le fauteuil de leader, le PTr ne redécollera pas, et je le lui ai dit en face.

Comment a-t-il réagi ?

Il pense que j’ai tort.

Après l’épisode des coffres-forts, ils étaient nombreux à penser que l’heure de M. Boolell était arrivée...

Mais non, parce que M. Ramgoolam est encore là, justement. Je ne blâme pas Arvin, comment voulez-vous qu’il s’impose ? Prenez la conférence de presse sur les Chagos. C’était important que Navin Ramgoolam s’exprime, mais pas avec son équipe autour. Il aurait dû faire sa conférence de presse en solo.

Si M. Ramgoolam se retire, irez-vous challenger M. Boolell ?

(Il réfléchit) Une grande partie de moi aimerait, oui. Ce serait légitime. Des quatre élus travaillistes choisis par le peuple pour les représenter au Parlement, je suis le plus expérimenté pour redresser le parti. Je sais aussi qu’il y a des forces arriérées dans ce pays. Dès que vous mettez les pieds en politique, vous devez intégrer le fait que seul les Hindous d’une certaine caste peuvent devenir des leaders.

Vous vous y êtes fait ?

Ai-je le choix ? C’est écoeurant mais c’est comme ça.

Finalement, allez-vous défier M. Boolell ?

Je n’ai pas encore décidé.

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