Barack Obama et Raul Castro face à face pour la postérité au Panama

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Les présidents américain Barack Obama et cubain Raul Castro se retrouvent vendredi au Panama pour un sommet continental historique voué à sceller le rapprochement entre les Etats-Unis et Cuba après 53 ans d'antagonisme absolu.

Avant l'ouverture du Sommet, la Maison blanche a indiqué que les deux hommes s'étaient parlé au téléphone mercredi. Il s'agissait de leur deuxième entretien téléphonique après l'échange du 17 décembre ayant précédé l'annonce surprise du rapprochement.

Ce sommet des Amériques, qui réunit pendant deux jours une trentaine de chefs d'Etat, enregistre la présence inédite de Cuba, longtemps écarté des grand-messes continentales par les Etats-Unis et l'Organisation des Etats américains (OEA), dont La Havane a été exclue en 1962.

Et après la poignée de main fugace échangée fin 2013 par MM. Obama et Castro en Afrique du sud aux obsèques de Nelson Mandela, les deux hommes vont se retrouver pour un face-à-face sans précédent entre chefs d'Etat des deux pays depuis 1956, deux ans avant la révolution socialiste de Fidel Castro.

Si aucune rencontre formelle n'a été annoncée, ces échanges inédits vont venir couronner le réchauffement annoncé en décembre dernier au terme de 18 mois de tractations menées dans le plus grand secret.

L'événement a été précédé dans la nuit de jeudi à vendredi par une rencontre qui fera déjà date entre le secrétaire d'Etat américain John Kerry et le ministre cubain des Affaires étrangères Bruno Rodriguez.

Ces entretiens, les premiers entre responsables de ce niveau depuis 1958, ont permis de faire des "progrès" en vue du rapprochement entre les deux pays, a rapporté le Département d'Etat.

Après l'ouverture officielle du Sommet dans la soirée, MM. Castro et Obama participeront à un dîner de chefs d'Etat dans la vieille ville de Panama.

L'annonce du dégel entre les ennemis de la guerre froide ouvre la voie à de longues et âpres négociations pour résoudre de nombreux points de contentieux hérités de plus d'un demi-siècle d'affrontements.

- 'Juste un début' -

Jeudi soir, le Département d'Etat aurait entamé les démarches pour la levée d'un premier obstacle : la présence de Cuba dans la liste américaine des pays soutenant le terrorisme.

Ben Cardin, démocrate le plus haut placé de la commission des Affaires étrangères du Sénat, a fait état du dépôt d'une "recommandation du département d'Etat de retirer Cuba de la liste des Etats soutenant le terrorisme".

Le retrait de cette liste est la principale condition posée par Cuba à la réouverture d'ambassades dans les deux pays, même si M. Obama a prévenu que cela "prendrait du temps".

Cette liste est "juste un début" sur le chemin de la normalisation, a relevé pour l'AFP Mark Weisbrot, directeur du Centre de recherche économique et politique à Washington.

Car Raul Castro a prévenu fin janvier que la normalisation "ne sera pas possible" tant que sera maintenu l'embargo en vigueur depuis 1962 contre l'île communiste, qui demande inlassablement sa levée.

Par ailleurs, demeurent les épineux dossiers de la base navale de Guantanamo (est), occupée par les troupes américaines depuis 1903, et celui des compensations demandées par les deux pays pour les dégâts de l'embargo et la nationalisation de biens américains après la révolution castriste.

Ce Sommet "fait partie des négociations en cours" entre La Havane et Washington, explique l'ancien diplomate et universitaire cubain Carlos Alzugaray. "La présence de Raul Castro au sommet n'est pas un aboutissement, mais un début".

De récents sondages ont montré que 59% des Américains et 97% des Cubains sont favorables au rapprochement.

- La pétition de Maduro -

Soucieux de reprendre pied sur le continent après avoir déminé la question cubaine, M. Obama a annoncé venir à ce Sommet porteur d'une volonté de "dialogue".

Mais il devra faire face à de nombreux pays latino-américains choqués par sa récente décision de signer un décret qualifiant le Venezuela, principal partenaire économique de Cuba, de "menace" pour la sécurité intérieure des Etats-Unis.

Le président vénézuélien Nicolas Maduro a annoncé jeudi qu'il allait remettre lors de ce Sommet plus de 13 millions de signatures à M. Obama en faveur de l'annulation de ce décret polémique de sanctions contre de hauts responsables du Venezuela.

Mais Washington, comme Caracas, se sont aussi efforcés de faire baisser la pression, les Etats-Unis admettant que le Venezuela "n'est pas une menace" et M. Maduro se déclarant disposé au "dialogue".

Les observateurs doutent que ce désaccord avec Caracas nuise au réchauffement cubano-américain, même si Cuba devra soutenir publiquement son allié.

Pour ce qui est des résultats réels du sommet panaméen, officiellement consacré à la "prospérité dans l'égalité", les attentes sont minimes : des rumeurs insistantes circulent dans la capitale panaméenne sur l'absence de déclaration finale du fait du litige vénézuélien.

En plus des chefs d'Etat de la région, est attendue la chef de la diplomatie de l'Union européenne, Federica Mogherini, pour la première fois invitée à un Sommet des Amériques.

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