Ils cumulent plusieurs boulots pour s'en sortir

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Le pas alerte, une ombrelle à la main pour se protéger du soleil, Pamela, 46 ans,se rend au travail. Comme tous les vendredis, elle arpente les rues de Vacoas pour aller rejoindre la maison où elle est employée comme bonne à tout faire. Mais ce n’est pas le seul lieu où l’on requiert ses services. Comme de nombreux autres Mauriciens, elle cumule plusieurs boulots.
 
Selon le Bureau des statistiques, qui a publié ces chiffres la semaine dernière, 29 900 salariés ont un second job. Mais ceux-ci ne tiennent compte que de ceux qui sont officiellement enregistrés par deux employeurs. En réalité, ils sont encore plus nombreux, ceux qui multiplient leurs sources de revenus, optimisent leur temps et leur énergie en accumulant les heures de travail, que ce soit par nécessité ou par plaisir. Un véritable secteur informel qui tourne à plein régime.
 

"Un emploi à plein temps ne paie pas si bien"

 
Pamela, elle, ne se contente pas de deux boulots. Pour l’instant, elle travaille dans quatre maisons et ses journées s’enchaînent à un rythme d’enfer. Elle partage sa semaine, du lundi au samedi, entre Vacoas, Rose-Hill, Saint-Pierre et Moka.
 
Le temps passé dans les transports est épuisant, de l’aveu même de la quadragénaire. Mais elle n’a pas le choix. Elle était auparavant employée dans une entreprise. Mais une restructuration et un plan social – qui n’a de social que le nom – plus tard, elle se retrouve au chômage.
 
Aujourd’hui, même si elle doit littéralement se plier en quatre pour pouvoir remplir tous ses engagements, elle ne s’en plaint pas. Car en multipliant les jobs, elle est aussi parvenue à doubler le salaire de Rs 5 000 qu’elle percevait quand elle était dans une entreprise. «Et trouver un emploi à plein temps qui paie aussi bien, ce n’est pas facile», confie-t-elle.
 

Quand le second métier rime avec la passion

 
Une situation très éloignée de celle d’Ashley. Le jeune homme de 29 ans est graphiste dans une boîte de Digital Marketing. Ça, c’est la version officielle. À côté, il est aussi photographe – un second métier qui est né d’une passion. En suivant les cours de graphic designer au Charles Telfair Institute, il flashe sur la photographie.
 
Accro, il veut aller plus loin, acheter des appareils plus perfectionnés, des accessoires… Alors, il se lance dans la photo de mariage et, de bouche à oreille – et surtout grâce à Facebook –, il se fait une petite clientèle.
 
Aujourd’hui, il met de côté environ 70 % de l’argent qu’il gagne en faisant des photos, pour alimenter sa passion. Et le reste lui sert de «petit pocket money qui arrive avant la fin du mois». Enfin, «pocket money», c’est vite dit : Ashley avoue que certains mois, quand il est «fully booked», il touche presque l’équivalent de trois fois son salaire officiel.
 

Il a pu s'offrir un caméra coûtant Rs 145 000

 
Son objectif, qui pourrait très vite se réaliser, est de devenir photographe professionnel. Il a déjà créé sa propre compagnie et est en train d’aménager son local. Et pour se faire plaisir, il va bientôt s’acheter une nouvelle caméra et des lentilles. Prix de son nouveau joujou : Rs 145 000. Une somme fort coquette économisée grâce à un travail «secondaire».
 
Quant aux fonctionnaires, ils ne sont pas en reste en matière d’emploi supplémentaire. Il se chuchote même qu’ils sont nombreux à vendre des produits cosmétiques… Comme Priscilla, 39 ans. Chignon sévère démenti par son sourire éclatant, elle est «ambassadrice» pour une marque américaine de cosmétiques depuis quatre ans.
 

Un petit plus qui permet de se faire plaisir

 
Ce petit job ne lui rapporte pas grand-chose, «en moyenne Rs 1 000 par mois, au mieux Rs 2 000», mais c’est toujours un peu d’argent de côté qui permet de se faire plaisir, confie-t-elle. Le grand intérêt quand on est «ambassadrice », c’est qu’on bénéficie aussi de promos sur les produits qu’on vend. «On a toujours besoin de crèmes ou de lotions !» D’ailleurs, Priscilla ne cherche pas forcément à se faire plus de sous : «Je ne vais pas démarcher des clients. Mes collègues savent que je vends ces produits alors je fais circuler les brochures et ils passent leurs commandes.» Et même si ses clients sont principalement ses collègues, la trentenaire n’a pas de souci au bureau à cause de son second job. Elle avoue, hilare : «Mon chef même m’achète des produits !»
 

Fonctionnaire, il loue un dortoir

 
Rajiv, lui, se trouve dans une tout autre situation. Fonctionnaire aussi, avec plus d’une trentaine d’années de service, il a deux enfants : l’un étudie à l’étranger et l’autre est en Lower VI. Il confie que son salaire ne lui permet pas d’envisager sereinement l’avenir universitaire de ses enfants. Alors, quand il a fini de compiler des chiffres à longueur de journée dans son petit bureau climatisé à Port-Louis, au rythme du bruit strident de l’imprimante, il s’attaque à son autre job : propriétaire d’un dortoir en location.
 
Il y a quelques années, le quinquagénaire au crâne dégarni a hérité d’une maison et a décidé de la reconvertir en dortoir. Après des travaux de rénovation pour mettre la bâtisse aux normes, il s’est organisé pour que son petit business roule tout seul : il paie tous les mois un plombier et un électricien, que ceux-ci aient à intervenir ou pas, il a réglé les détails au niveau du ramassage des ordures et paie même quelqu’un pour s’occuper des démarches administratives qui ne nécessitent pas sa présence. «Payer tous ces gens, c’est un manque à gagner, déclare-t-il, mais de cette façon, je suis plus tranquille et ça n’empiète pas sur mon travail de fonctionnaire.»
 
Pour lui, cette autre source de revenus est une nécessité car il estime que rien, ou si peu, n’est fait «pour aider la classe moyenne. D’ailleurs, il n’y a rien dans le Budget pour nous». Il ajoute qu’il ne faudrait pas décourager les fonctionnaires d’avoir un second emploi car «on fait tourner l’économie, on crée des emplois. Pourquoi empêcher ceux qui ont des compétences de les utiliser au mieux ?»
 
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