Reza Uteem: «Ce n’est pas le moment pour les militants de s’entre-déchirer»

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Alors que l’hémorragie touche le Mouvement militant mauricien (MMM) en plein coeur, Reza Uteem, «front bencher» de l’opposition au Parlement, revient sur les raisons de cette dissension et lance un appel à la réconciliation.

Reza Uteem, vous êtes parlementaire et devenez l’un des nouveaux adjoints au leader du MMM. Pendant ce temps, certains de vos collègues abandonnent le navire mauve et l’hémorragie ne fait que s’amplifier. Comment qualifiez-vous ce qui se passe au parti ?


C’est normal qu’après une troisième défaite consécutive aux élections législatives, certains membres sont découragés, déçus et en colère.

En colère après qui ? Après le parti ?


C’est possible… mais après la dernière défaite électorale, nous avons remis en question certaines choses au sein du parti, comme le fonctionnement et la direction du MMM.

Mais cela n’a pas empêché les départs….


Nous avons organisé des élections au comité central et au bureau politique – rappelons que le MMM est le seul parti qui choisit ses dirigeants en recourant au vote à bulletin secret. Mais il est clair qu’il y avait une équipe avec une liste de candidats et que ceux-là voulaient renverser Paul Bérenger. Leur tentative a échoué car les élections démocratiques organisées dans plus de 540 antennes ont mis en échec ce plan. Il était prévisible que les politiciens derrière ce plan se sentent mal à l’aise au sein du MMM et sous le leadership de Paul Bérenger.

Ces dissidents, qui voulaient-ils mettre à la tête du parti ?


Je ne sais pas, mais en tout cas ce n’est pas moi, car je viens de la circonscription ayant le plus petit nombre d’antennes.

Quelle analyse faites vous de ces départs et de cette frustration ?


Cette colère et cette déception sont accompagnées d’une bonne dose d’opportunisme. Parmi ceux qui ont déserté le MMM, il y en a qui, clairement, ne souhaitent pas rester sur les bancs de l’opposition. 

Et si l’alliance MMM-Parti travailliste (PTr) avait remporté les élections ?


Il faut rappeler qu’aucun démissionnaire n’avait élevé la voix contre cette alliance. Ils ont même accepté de changer de circonscription et ont accepté les tickets. C’est de la pure hypocrisie que d’avoir de faux regrets ou de blâmer le leader du MMM.

Et vous ? Avez-vous cautionné cette alliance ?


J’étais le seul à avoir été rappelé à l’ordre par Paul Bérenger pour avoir critiqué ouvertement Navin Ramgoolam.

Revenons à la frustration de certains membres. Il est clair que c’est la nouvelle direction du parti qui ne plaît pas à certains…


Cette équipe a été choisie par le biais d’élections et celles-ci ont apporté leur lot de surprises : certains proches du leader n’ont pas été élus et dix membres du comité central n’ont pas voté pour Paul Bérenger. Le comité central a délégué Paul Bérenger et Ajay Gunness pour qu’ils choisissent l’équipe dirigeante et cette décision a été plébiscitée par 83 % des antennes. La boucle est bouclée.

17 % des antennes n’approuvent tout de même pas cette équipe…


Je le redis, le MMM n’est pas un one-man-show. Les décisions sont prises par les dirigeants et le choix de la majorité l’emporte. Comme dans tout parti discipliné, il faut que les membres adhèrent à la ligne du parti.

Vous vous retrouvez dans tout ce grabuge qui secoue le MMM ?


Je suis à l’aise, mais il faut dire que j’aurais préféré que le MMM aille seul aux dernières élections. Le parti connaissait mon point de vue, mais une fois la décision prise de s’allier au PTr, je me suis dévoué corps et âme pour le parti et j’assume pleinement mes actes. Nous avons pris collectivement une mauvaise décision, mais il faut tourner la page.

Vous êtes adjoint au leader du parti. Êtes-vous bien placé pour occuper le fauteuil de leader un jour? 


Le MMM est le seul parti où le leader est élu démocratiquement. Pour être leader, il faut faire l’unanimité parmi les militants.

Les militants ont-ils confiance en vous?

 
Si Paul Bérenger se retire un jour, les militants décideront. Plusieurs personnes peuvent légitimement assumer ce poste ; certains sont des parlementaires, d’autres non.

Comme qui ?


Je ne souhaite pas donner de noms pour ne blesser personne.

Paul Bérenger doit tout de même préparer la relève…


C’est pour cela qu’après les élections de décembre, nous n’avons pas perdu de temps et avons institué une nouvelle équipe. Il serait malhonnête de ne pas souligner que le MMM a renouvelé ses instances. Paul Bérenger est resté leader, mais les autres postes ont été redistribués en tenant compte de la nécessité de rajeunir et de renouveler le MMM. Mais le départ de Paul Bérenger n’est pas d’actualité.

Lors d’une interview accordée à une radio, Paul Bérenger a fait comprendre qu’il n’était pas satisfait de la façon dont les conditions de l’alliance avec le PTr lui ont été présentées. Une allusion à Alan Ganoo?


Paul Bérenger répondait à une question d’un auditeur et il a répondu qu’il n’était pas forcément d’accord avec ce que d’autres dirigeants du MMM pensaient au sujet des raisons de l’alliance. Sachez que cette alliance avait pour but d’appliquer le programme du MMM et de nettoyer le pays.

Justement, en parlant de «nettoyage», Navin Ramgoolam aurait-il été inquiété si l’alliance MMM-PTr avait remporté les élections?


Je pense que oui, car dans cette affaire, la police dit avoir agi après avoir reçu des informations. Avec Paul Bérenger comme Premier ministre, je crois fort que la police aurait bénéficié des moyens nécessaires pour accomplir sa tâche. Au sein du MMM, nous disons toujours : «Si ou fane ou tase.» Nous aurions mis sur pied un Serious Fraud Office qui aurait enquêté sur des affaires remontant même à 2005.

Aujourd’hui, le MMM est toujours dans l’opposition. Est-ce l’une des raisons du froid entre Paul Bérenger et Alan Ganoo?


Je ne suis pas au courant d’un froid entre les deux hommes mais ce sont deux grands politiciens et je suis sûr qu’ils n’auront aucun problème à mettre leurs différends, s’il y en a, de côté pour le bien du parti.

C’est un appel à la paix ?


Ce n’est pas le moment de s’entre-déchirer et de se livrer à une guéguerre interne. Nous avons mieux à faire, car après les 100 jours du nouveau gouvernement, les masques tombent. Nous devons mener notre rôle d’opposition, à savoir dénoncer les excès du gouvernement. Nous devons aussi nous présenter aux élections municipales.

Parlons des 100 premiers jours du gouvernement. Que dire de sa performance ?


J’en ai parlé dans mon discours sur le Budget. Dans un passé pas très lointain, ce gouvernement critiquait les nominations arbitraires du Parti travailliste. Regardez la liste des récentes nominations : ce gouvernement est-il si différent du précédent ? Non !

Selon un sondage publié dans «l’express» le 26 mars, 83% des sondés soutiennent le gouvernement actuel.


Je ne conteste pas ce chiffre, mais 100 jours après une élection, la population ne viendra pas dire qu’elle a mal voté. Les fils, pères, soeurs, frères et mêmes amies de ministres sont nommés à des postes et le gouvernement a l’indécence de venir dire qu’il prône une politique de transparence et de méritocratie. Les procès-verbaux de l’Assemblée nationale retiendront le discours honteux d’Anil Gayan qui, pendant 45 minutes, mardi, a défendu bec et ongles la nomination de la nouvelle «madam la !»

Ce type de nomination  a toujours existé…


Il y a pire aussi. Des centaines d’employés d’organismes parapublics ont reçu des lettres leur annonçant la résiliation de leur contrat. Au moins 400 personnes, pères et mères de famille, ont ainsi été sommées de «lev pake ale». C’est fait pour que des protégés soient nommés – «putting Vire Mam first !»

Le miracle économique tant attendu se produira-t-il enfin ?


Le miracle économique n’aura pas lieu avec le Budget présenté par Vishnu Lutchmeenaraidoo, et c’est dommage qu’il en soit ainsi.

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