Terres de l’Etat: ces proches du PTr ciblés par le gouvernement

Avec le soutien de
Vue aérienne de Port-Louis. L’Etat a enclenché les procédures pour récupérer 112 arpents alloués à des proches de l’ancien régime.

Vue aérienne de Port-Louis. L’Etat a enclenché la procédure pour récupérer 112 arpents alloués à des proches de l’ancien régime.

Les différentes enquêtes réclamées auprès de la police criminelle à l’issue du scrutin du mercredi 10 décembre, sur les largesses présumées du Parti travailliste (PTr) autour de la distribution des terres de l’État depuis 2005, commencent à apporter leurs lots de révélations. Parmi les cibles: le pandit Sungkur, Lekram Nunlall de Tarisa Resort ou encore Navin Unoop à travers l’association Vijay Om Hamara.

Le cas du pandit Sungkur

D’ores et déjà, l’équipe de sir Anerood Jugnauth a appris que le pandit Suryadeo Sungkur, ex-président de la Mauritius Arya Ravi Ved Pracharini Sabha (MARVPS) et agent de Navin Ramgoolam dans la circonscription Pamplemousses-Triolet, n’a jamais fait de demande pour obtenir une portion de la plage publique de Trou-aux-Biches. En tout cas, pas en passant par le canal officiel.
 
La parcelle de 248 m2 qui lui a été allouée devait logiquement revenir au groupe Beachcomber dans le cadre de la reconstruction de l’hôtel Trou-aux-Biches. Cependant, la Beach Authority, organisme anciennement dirigé par des proches de Navin Ramgoolam, aurait utilisé son veto pour se l’approprier.
 
De fil en aiguille, le terrain est tombé dans l’escarcelle du religieux, le 19 décembre 2012, au grand dam des forces vives de Trou-aux-Biches. Des manifestations et autres meetings n’y ont rien fait. Le frère du pandit Sungkur de ce fait a pu aller de l’avant avec la construction de son restaurant, baptisé Ritum Coffee, tout en expliquant qu’il a utilisé les «relations» de celui-ci pour mener à bien son projet.
 
Le pandit Sungkur a lui aussi mis les pieds dans les plats, au grand désespoir des spindoctors du leader travailliste. Il a affirmé à l’express que l’ex-Premier ministre l’avait convoqué à son bureau, au bâtiment du Trésor, pour lui remettre les documents de la location-bail de ces Pas géométriques en guise de récompense.
 
Au vu du tollé soulevé, le pandit Sungkur s’est alors assuré que ses propos n’avaient pas été enregistrés pour pouvoir se rétracter. En pleine campagne dans la circonscription n°5, Navin Ramgoolam a ajouté son grain de sel pour tenter de fédérer son électorat traditionnel : «Mo kontan aide dimounn dan le beswin. Si mo kapav aider, mo aider.»
 
Avec ces développements, tout laisse à penser, si l’on en croit différentes sources à l’Hôtel du gouvernement, qu’un haut fonctionnaire au ministère du Logement et des Terres aura des comptes à rendre sur ce dossier précis. Quant au pandit Sungkur, si ces faits sont avérés, il n’est pas certain qu’il pourra conserver ce terrain.
 
Le 24 décembre dernier, le nouveau gouvernement a tiré une première salve contre le religieux. Une mise en demeure lui a été servie pour lui réclamer la restitution de ce terrain alors qu’il a été sommé de démolir son restaurant. Pêle-mêle, plusieurs exemples de non-respect du contrat le liant à l’État ont été énumérés. De même que les rappels à l’ordre successifs les 28 mars, 6 mai et 25 juin 2014 sont restés sans réponse.
 
 
Le haut fonctionnaire qui se retrouve dans le viseur de l’Hôtel du gouvernement ainsi qu’un responsable politique devraient être entendus incessamment sur l’allocation de ce terrain au pandit Sungkur. Ils devront également expliquer pourquoi aucune sanction n’a été prise contre le pandit en vertu de la loi, alors qu’il est clair qu’il n’a pas respecté les clauses de son contrat. Notamment au niveau des travaux paysagers et du tout-à-l’égout.

1 150 arpents alloués à des proches du PTr

Au-delà du cas Sungkur, le ministère du Logement et des Terres compte récupérer un total de 1 150 arpents de terres de l’État, alloués à des proches du PTr. L’Hôtel du gouvernement, sur avis de ses conseils juridiques, a enclenché les procédures pour récupérer 112 arpents. Le dossier a été transmis au State Law Office (SLO).
 
Il ressort que deux grosses sociétés ont bénéficié de près de la moitié de ces 112 arpents. La première, Corporate Hotel Ltd, a obtenu 30 arpents depuis 2009 mais aucun projet n’est sorti de terre depuis. Le raisonnement de l’alliance Lepep est que cette portion aurait pu profiter à un autre investisseur et générer de l’emploi.
 
La deuxième société, Tucson Ltd, est une filiale de la British American Investment (BAI) dont le fondateur, Dawood Rawat, est considéré comme un proche de Navin Ramgoolam. Celle-ci avait bénéficié de 20 arpents de terres que l’État compte bien reprendre après consultations avec le SLO.
 
Plusieurs autres dossiers sont toujours sous la loupe des avocats du parquet. Il s’agit, entre autres, des quatre arpents alloués à Dhanjay Callikan, frère de Dan Callikan – ancien directeur de communication de Navin Ramgoolam au bureau du Premier ministre et ancien directeur général de la station de radiotélévision nationale –, à Balaclava. Ces terrains font partie des lots «arrachés» à des familles de petits planteurs en 2008 et «distribués» à d’autres proches de l’ex-Premier ministre.
 
Parmi eux, l’on retrouve Sandranee Ramjoorawon, dite Sandy, cousine germaine de Navin Ramgoolam. Celle-ci est la compagne de Rajiv Beeharry, homme de confiance du leader rouge et ex- Chief Executive Officer à la Mauritius Post and Cooperative Bank (MPCB). Elle avait également bénéficié de 7,3 arpents à Palmar pour un projet d’appartements à travers la société Dream Spa & Resorts Ltd.
 
Tommy Ah-Teck, autre «ami» de Navin Ramgoolam dont la société Gamma a construit l’étage de la maison de Nandanee Soornack du temps où elle était encore mariée à Sanjeev Oogarah, devrait aussi restituer 19,7 arpents à Albion. Également propriétaire de la compagnie Lottotech, qui a obtenu son permis d’opération sous le gouvernement de Navin Ramgoolam, il comptait construire un hôtel luxueux à travers la société Insignia Leisure Resorts Ltd.
 
D’autres enquêtes sont suivies de près par le nouveau gouvernement : il y a, entre autres, les 31 arpents de terres à St-Félix, repris sans explication aucune à un promoteur réunionnais et octroyés à des personnes proches de l’ancien trésorier travailliste Deva Virahsawmy, à travers la société Midas Acropolis. À la veille du scrutin du 10 décembre, celle-ci avait décroché son permis d’Environment Impact Assessment (EIA) du ministère alors dirigé par Deva Virahsawmy lui-même, pour une unité de dessalement pour son établissement hôtelier.

Terrains alloués à Beta Cement

Des terrains alloués dans l’enceinte portuaire, notamment à Beta Cement, filiale de Betonix de Veekram Bhunjun, frère de l’épouse de l’ex-ministre Rajesh Jeetah, seront aussi soumis à une enquête. De même que les 12,5 arpents qui lui ont été octroyés à Petite-Rivière-Noire à travers la société Western Marina.
 
Ainsi, le ministère du Logement et des Terres espère comparer les données concernant des terrains alloués à l’entourage de Navin Ramgoolam pour vérifier certains détails. Entre autres, si un haut fonctionnaire n’a pas aidé l’ancien Premier ministre à identifier les sites les plus recherchés, un secret connu des seuls cadres de ce ministère.
 
Dans un cas, au moins, le haut fonctionnaire visé par l’Hôtel du gouvernement aurait octroyé un terrain à un ancien fidèle de sir Anerood Jugnauth, qui a aussi servi Navin Ramgoolam et Paul Bérenger, sans obtenir l’aval de son ministre. Il est aussi soupçonné d’avoir permis à Navin Ramgoolam de régler ses arrérages pour son campement à Roches-Noires après les heures de bureau.
 
Quoi qu’il en soit, le dossier Sungkur a déjà fait l’objet d’une enquête au Central Criminal Investigation Department. D’ici la semaine prochaine, Navin Ramgoolam, l’ex-Secretary to Cabinet Suresh Seeballuck, l’ex-ministre des Terres Abu Kasenally et son ancien chef de cabinet Nooranee Oozeer, entre autres, devront être entendus par l’équipe de l’ACP Heman Jangi. Sans compter le pandit Sungkur pour sa déclaration à l’express.
Publicité
Publicité
Rejoignez la conversation en laissant un commentaire ci-dessous.

Ailleurs sur lexpress.mu

Les plus...

  • Lus
  • Commentés
  pages consultées aujourd'hui Statistiques et options publicitaires