Jean-Claude Barbier, député MMM de la circonscription n°1: «Je ne pars pas seul, ce sera une démission collective»

Avec le soutien de

Les débats sur le discours-programme, ce n’est pas votre truc ?
 
Vous dites ça à cause du Parlement ? Mo pa pe ale zordi (NdlR : vendredi). Comment voulez-vous que j’aille m’asseoir avec ceux qui m’ont expulsé du parti ? En se basant sur des conneries, en plus. Naan, je ne sais pas faire semblant…
 
Expulsé, dites-vous ?
 
Suspendu, pas expulsé, pas encore. Le bureau politique (BP) m’a suspendu sur la base de rien du tout, de simples rumeurs. Je ne suis pas d’humeur à m’asseoir au milieu de ces gens-là. 
 
Il faut «régler le problème Barbier», a dit Paul Bérenger. C’est quoi ce problème ?
J’ai dit tout haut ce que tout le monde, au parti, pense tout bas. Il est là, le problème.
 
Vous les avez un peu cherchés, les problèmes…
Parce que j’ai dit que nos conférences de presse sont des one-man-show de Bérenger ? Mais c’est un fait ! L’état-major n’est même pas au courant de ce qu’il va dire. Il découvre les prises de position du leader en même temps que les journalistes. Ce n’est pas possible de fonctionner ainsi. Loin des micros, tout le monde s’en plaint, mais publiquement... Paul Bérenger l’a mal pris parce qu’il n’est pas habitué à être bousculé. Mais si on ne change rien, ce parti va finir par mourir. Il ne restera plus qu’un fan-club. En soi, cela ne me choque pas : il arrive que des fidèles croient plus en leur prêtre qu’en leur Église. Ce qui me gêne, c’est que les militants désertent et qu’il ne restera plus que des Bérengistes. 
 
«Le bureau politique m’a suspendu pour des conneries». Cette connerie, serait-ce d’avoir fricoté avec l’ennemi ?
L’ennemi ? De qui parlez-vous ?
 
Les journaux ont évoqué une réunion politique, lundi, chez vous…
C’est faux. Cette réunion n’a pas eu lieu. Je mets au défi quiconque de prouver le contraire et je mets mon siège de député en jeu. Lundi soir, si vous voulez tout savoir, j’étais en compagnie de mon camarade Daniel Augustin (NdlR : un conseiller municipal MMM de Port-Louis), on a causé jusqu’à fort tard, dans son auto, près de chez lui.
 
Vous passez toutes vos nuits au point mort ?
(Rire) C’est juste que ça s’est présenté comme ça. On a parlé des problèmes de la région, des municipalités, de nos projets.
 
Vous plaidez la fumée sans feu ?
Je vais vous dire d’où cela est parti. Il y a quinze jours, avec quelques amis militants - je dis bien militants – de ma circonscription, nous avions prévu de nous voir, chez moi, pour faire un tour d’horizon de la situation politique. Finalement, plusieurs personnes se sont désistées et ça ne s’est pas fait.
 
Vos amis sont-ils des putschistes anti-Bérenger ?
Mais pas du tout ! Ce sont des gens avec qui j’ai l’habitude de discuter. Tous les politiciens font çà. Et même si j’avais rencontré chez moi des militants pour discuter, serait-ce si grave que ça ? Est-ce que ce serait une faute qui justifi erait une suspension ? Allons, tout cela n’est qu’un prétexte pour me mettre à la porte. Un camarade du BP a vendu la mèche : il fallait trouver quelque chose, n’importe quoi, pour me virer avant que je ne parte. «A nou mark point, pa les li mark point», du Bérenger tout craché.
 
Toute cette polémique a commencé par un post sur Facebook…
Effectivement. Un soi-disant militant de la circonscription, sur son profil, a fabriqué un faux compte-rendu d’une fausse réunion à laquelle j’aurais participé. Cet homme est un magouilleur de première capable de manipuler n’importe qui (il appuie). Il était candidat pour entrer au comité central, il n’a pas été élu. Nous étions adversaires au comité régional, j’ai gagné de très peu, li fi nn vinn manz ar mwa.
 
Une enquête interne a été confiée à Reza Uteem et Ajay Gunness. Des copains qui enquêtent sur un copain, sympa l’ambiance…
(Rire) C’est une pratique courante. Quand il y a une suspension, deux personnes sont désignées pour entendre la version des uns et des autres. J’ai expliqué à Reza et à Ajay ce que je vous ai dit : il n’y a jamais eu de réunion. Est-ce que Bérenger a inventé ça de toutes pièces ou est-ce qu’il s’est fait manipuler, je n’en sais rien.
 
Vous aussi étiez candidat au comité central, ainsi qu’au bureau politique. Deux échecs, comment les avez-vous vécus ?
Mal, forcément. L’amour-propre en prend un coup. Mais je suis lucide sur les raisons : j’ai osé dire le fond de ma pensée, je l’ai payé.
 
Vous regrettez ?
Du tout ! La prise de conscience qui a suivi démontre que cela valait lecoup de parler. Le débat est lancé dans toutes les régionales. Depuis mercredi, mon téléphone n’arrête pas de sonner, on me soutient.
 
 
«Il fallait trouver un prétexte pour me mettre à la porte avant que je parte.» Quitter le MMM, c’est ce que vous allez faire ?
Oui. J’annoncerai ma démission mardi au plus tard. On fera peut-être une conférence de presse, on verra…
 
On ?
Je ne pars pas seul, ce sera une démission collective. D’autres camarades s’en iront aussi. Mais ne me demandez pas de noms, vous n’en aurez aucun.
 
Des pointures ?
Non. Steve Obeegadoo, par exemple, a décidé de se battre à l’intérieur même du parti. On s’est parlé, il m’a dit : «Reste, Jean-Claude. Nou fou enn bez andan, nou redres sa parti-la». J’aurais préféré mais je n’ai pas eu le choix. C’est dur parce que c’est une famille que je quitte. Dans ce parti, j’ai plus que des amis. On a vécu tellement de choses ensemble… Je suis triste, je n’ai pas honte de le dire.
 
D’où vient le malaise de ce parti ?
De l’attitude de Bérenger. Il veut tout faire lui-même, tout contrôler, c’est de pire en pire. Le résultat, c’est qu’un bon nombre de militants se disent qu’ils n’ont plus leur place.
 
Il vous a fallu quarante ans de vie politique pour découvrir qu’un leader est un obsédé du contrôle ?
Ça s’est aggravé depuis les élections, alors que c’était l’occasion d’une remise en question. Bérenger ne consulte plus que Bérenger. C’est devenu un leader autocrate. Une direction collégiale lui aurait rendu service, il n’aurait pas dit tant de conneries. Pendant la dernière campagne, il a carrément menacé les travailleurs de l’industrie sucrière. Mais comment un homme qui a tant fait pour l’épanouissement des travailleurs peut-il menacer des grévistes ? Bérenger perd les pédales et personne ne lui dit rien.
 
N’est-ce pas le rôle d’un Bhagwan ou d’un Ganoo ? 
Mais personne ne peut raisonner Paul ! Il est tout le temps persuadé d’avoir raison, c’est maladif. Je l’ai observé, j’ai cherché à comprendre. Je suis arrivé à la conclusion qu’il se croit sincèrement supérieur. Il se croit plus rusé, plus intelligent et cela nuit au parti. C’est dommage parce qu’à côté de ça, c’est un homme qui a des valeurs, des principes. Je ne serai jamais anti-Bérenger, je suis juste déçu par cet homme, terriblement déçu. Mais je vais continuer le travail. J’ai commencé au MMM en 1975, j’avais 17 ans, je collais des affi ches. Le terrain, l’activisme, c’est toute ma vie.
 
Vos mandants pensent quoi de votre départ ?
Mes mandants me soutiennent. «Kit sa... alé», ça fait longtemps qu’ils me le disent.
 
Le futur transfuge a-t-il choisi son point de chute ?
Je rejette ce terme de transfuge. Le MMM est une philosophie, une façon d’être, c’est en moi et ça le restera. Je continuerai à semer la culture du militantisme.
 
Un militantisme de quelle couleur ?
Je n’ai pas pris de décision. Je siégerai en indépendant à l’Assemblée nationale jusqu’à ce que j’intègre un nouveau parti. Cela ne se fera pas en quelques jours. Ça peut prendre trois mois, six mois ou même un an. 
 
Vous vous voyez où, vous ?
(Silence) Peut-être au Mouvman Liberater, peut-être pas. Le MSM est né du MMM, ils ont conservé une culture militante, ils le prouvent depuis leur élection. Même le PMSD a beaucoup évolué. Sincèrement, je ne me suis pas fixé. Je n’ai contacté personne et personne ne m’a contacté.
 
Revenons au MMM. Étiez-vous de ceux qui souhaitaient le départ de Paul Bérenger ?
Non. Se priver de Bérenger n’est pas la solution. Il a sa place, le problème, c’est qu’il veut toute (il appuie) la place. Et il n’évolue pas avec son époque. Nous sommes dans un monde nouveau, il est resté dans l’ancien. Que fait un manager moderne quand il voit son entreprise décliner ? Il commence par réfléchir, s’entourer, écouter. Il orchestre une remise en question générale, un reengineering. De là émerge une stratégie, des changements parmi les cadres. Qu’a fait Bérenger, lui ? Il a augmenté le nombre d’assistants auprès du secrétaire général. Mais où est-ce que ce genre de chose va mener le MMM ? Ce manque de réflexion en profondeur m’a choqué et je l’ai fait savoir. D’où mon souhait d’avoir une direction collégiale d’au moins cinq personnes.
 
Vous y voyez quels avantages ?
L’idée, c’est d’écouter la base, l’entendre, en discuter. Et décider ensuite des prises de position du parti, ensemble. Personne ne fait ce travail aujourd’hui, pas même Rajesh Bhagwan. Si le MMM avait écouté sa base, il n’y aurait jamais eu d’alliance avec le Parti travailliste. On a écouté nos instances. Bérenger est en phase avec les instances du parti, mais il est en déphasage avec le terrain. Ce n’est pas parce qu’à l’intérieur nous avons réussi à faire passer une alliance que notre électorat adhère. C’est pour moi la grande leçon des élections.
 
Vous n’avez pas encore démissionné. Qu’est-ce qui pourrait vous faire changer d’avis ?
(Il réfléchit) Je ne vois pas... Ma décision est mûrement réfléchie.
 
Publicité
Publicité
Rejoignez la conversation en laissant un commentaire ci-dessous.

Ailleurs sur lexpress.mu

Les plus...

  • Lus
  • Commentés
  pages consultées aujourd'hui Statistiques et options publicitaires