Chand Bhadain,président du conseil d’administration de la DBM : Susciter l’entrepreneuriat

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Chand Bhadain troquera sous peu sa chemisette, son short et ses sabots en résine contre une tenue plus formelle pour présider le conseil d’administration de la DBM. Une nomination, précise-t-il avec force, qui n’a rien à voir avec son fils, Roshi, ministre de la Bonne gouvernance.

«Ce n’est pas parce que Roshi est ministre aujourd’hui que j’ai eu ce poste. Cela n’a rien à voir avec 'papa-piti' comme on dit dans la presse. J’ai été peiné que l’on puisse penser ainsi car c’est nier mon professionnalisme», insiste Chand Bhadain qui nous reçoit à son domicile d’Albion, maison construite sur un terrain de 25 perches qu’il a acheté pour Rs 200 000 il y a de nombreuses années d’un certain… Navin Ramgoolam.

Pour tout dire, ce poste de président du conseil d’administration de la DBM, c’est Vishnu Lutchmeenaraidoo, actuel ministre des Finances, qu’il a beaucoup côtoyé durant les années 70 lorsque tous deux étaient affectés au ministère du Commerce et de l’Industrie, qui le lui a offert. «En janvier, il m’a invité à son bureau au ministère des Finances pour me sonder et savoir ce que je faisais. Je lui ai dit que jusqu’à début 2014, je faisais du consulting. Mais qu’après, j’ai décidé d’arrêter pour enjoy my retirement. Et que j’étais tranquille, libre et bien. Sa proposition est arrivée as a pleasant surprise.»

C’est vrai qu’en matière de professionnalisme, ce natif de Camp-Diable, n’a plus  vraiment grand-chose à prouver. C’est au collège Royal de Curepipe qu’il fait ses études secondaires. S’il étudie notamment le latin et le grec, c’est dans l’optique de devenir avocat comme le souhaite son père, instituteur qui a terminé sa carrière comme inspecteur du primaire. Or, les finances familiales ne le lui permettent pas. Il doit donc trouver un emploi.

Il est alors recruté au ministère de la Sécurité sociale. Chand Bhadain a de la suite dans les idées car il veut à tout prix faire des études supérieures. Il travaille dix ans,  conomisant sou par sou. Il trouve tout de même le temps  de tomber amoureux de Brinda Bunwaree, qu’il voit un jour passer devant sa voiture, et de l’épouser en 1968. À la naissance de Roshi en 1971, il prend un congé sans solde pour aller étudier l’économie en Inde. «J’ai opté pour l’économie en raison de l’état dépressif du pays. Rappelez-vous au début des années 70, le taux de chômage avoisinait les 30 %. Je voulais faire quelque chose pour le pays.»

C’est diplômé et riche de ses connaissances en économie qu’il rentre au bout de trois ans et reprend son poste à l’assistance publique. Quatre mois plus tard, il est muté au ministère du Plan où il travaille un an avant d’être envoyé comme économiste au ministère du Commerce et de l’Industrie. Là, il apprend énormément au contact de Roland Maugendre et de Premchand Mohit, respectivement secrétaire permanent et Secretary for Industrial Development.

De 1976 à 1982, le ministère du Commerce et de l’Industrie tente de faire décoller la zone franche mais la période ne s’y prête pas. C’est l’époque des grèves sauvages qui paralysent le pays. «Tout notre travail de promotion industrielle était sapé. Les investisseurs qui venaient à Maurice finissaient par quitter le pays en courant», se remémore Chand Bhadain. Les rares qui sont restés étaient des Français qui ont investi dans les petites et moyennes entreprises (PME) ayant permis l’aménagement de la zone industrielle de Goodlands et l’établissement d’autres entreprises à travers l’île. D’autres ont aussi investi dans la zone industrielle de Plaine-Lauzun et de Coromandel.

En 1983, le gouvernement décide de créer un organisme professionnel pour la promotion industrielle et commerciale, la MEDIA. Et en 1985, la direction de cet organisme lui est confiée à l’issue d’un appel à candidatures et d’une interview menée par le conseil d’administration de l’organisme composé de représentants du secteur privé et du gouvernement.

À partir de là, Chand Bhadain se décarcasse pour la promotion industrielle et commerciale de Maurice afin d’élargir et de diversifier la base industrielle. «Nous voulions créer d’autres secteurs pointus et porteurs pour que Maurice ne devienne pas une Pyjama Republic», raconte-t-il.

Sa famille qui s’est agrandie avec la venue de sa fille, Priya, en fait les frais car en sus de voyager beaucoup, il travaille jusqu’à fort tard. La MEDIA sous son impulsion et celle de son équipe se lance dans la construction de bâtiments industriels en régions rurales dans l’optique de créer de l’emploi et absorber les poches de chômage. Son pouvoir de  persuasion fonctionne. Les industriels asiatiques investissent massivement, notamment dans la filature et le tissage et les bâtiments industriels trouvent preneurs avant même d’être sortis de terre. Le secteur des PME se développe rapidement. Chand Bhadain ne s’arrête pas là. Il est à la base du lancement du parc informatique à la Tour Koenig qui attire les premiers Call Centres.

L’année 1995 marque la défaite du MSM aux élections générales et l’avènement du PTr. Alors que sir Anerood Jugnauth se faisait un devoir en tant que Premier ministre de recevoir les investisseurs référés par Chand Bhadain pour les mettre en confiance, son successeur n’en fait pas sa priorité. Les dossiers stagnent. «On ne peut promouvoir le secteur industriel sans political back-up, affirme Chand Bhadain. En l’espace de deux ans, tout s’est mis à foirer.»

Découragé, il répond à un appel à candidatures paru dans le magazine International Herald Tribune visant à doter le Botswana d’un organisme de promotion industrielle similaire à la MEDIA.Sur 250 candidats, il est choisi et pendant trois ans, il met sur pied et consolide le Botswana Export Development and Investment Authority. Il est l’un des rares étrangers à être appréciés des locaux car généralement les étrangers ne veulent plus repartir chez eux à l’expiration de leur contrat.

Lui ne veut pas s’éterniser au Botswana car il a des ambitions politiques. Ce qui le  otive, c’est de voir que «les gens at the helm n’avaient pas à coeur l’intérêt du pays. J’étais persuadé que Maurice était voué à un brillant avenir mais que cet avenir était compromis par certains politiciens». Il n’a pas de parti attitré mais se dit qu’il va intégrer le MSM. Il se ravise lorsqu’il réalise que son fils Roshi, qui est l’avocat de Pravind Jugnauth dans l’affaire de la carte biométrique, veut aussi s’engager politiquement. «Je me suis dit que j’ai tout eu dans ma vie et que c’était mieux de céder la place à une nouvelle génération, non sans un pincement de coeur», avoue-t-il. Il reconnaît d’ailleurs avoir fait du porte-à-porte lors de la dernière campagne électorale, non pas pour quémander un vote pour son fils mais pour le MSM.

Lorsque l’on s’étonne que ce soit dans le secteur bancaire et non industriel qu’on lui a offert un poste, Chand Bhadain réplique que la DBM «is a bank with a difference. Elle finance les entreprises dans le secteur industriel et a un lien très important avec l’industrie. J’espère que je pourrai mettre de l’ordre dans le désordre qui existe là-bas», dit-il en se basant sur les rumeurs colportées.

Cet ancien président des Business Parks of Mauritius entend apporter sa contribution dans la seconde phase d’industrialisation en façonnant une nouvelle génération d’entrepreneurs. «Il faut identifier des produits où la valeur ajoutée nous permettra d’être plus compétitifs sur le marché local et international, surtout dans les pays de la SADC et du COMESA. L’avenir de Maurice se trouve en Afrique. Il nous faudra prendre les entrepreneurs par la main et les éduquer pour qu’ils sachent rouler leur entreprise. Si nous arrivons à former bon nombre de nouveaux entrepreneurs, ce serait formidable. Je suis confiant…»

 
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