Showkutally Soodhun: le bulldozer

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C’est un sexagénaire serein que nous rencontrons quelques heures à peine après que son portefeuille s’est allégé de Rs 4 000, montant de sa mise à l’amende pour manifestation illégale devant les locaux de Radio One en 2009. Il établit un parallèle entre ses dix jours d’emprisonnement en 1985 pour incitation à la grève sous le régime de sir Anerood Jugnauth (SAJ) et sa condamnation de mercredi, toujours sous le gouvernement de SAJ. «C’est comique lorsqu’on y pense. C’est toujours sous le gouvernement de SAJ que j’ai eu maille à partir avec la justice. Qu’est ce que cela signifie? Simplement qu’il y a une séparation de pouvoir entre l’exécutif et le judiciaire et que nul n’est au-dessus des lois.»

Même s’il persiste à dire qu’il s’agissait d’une manifestation «pacifique spontanée» en réaction à une «provocation» suscitée par une estimation faite par l’express de la foule lors d’un meeting dans le cadre du 1er mai, il estime avoir réussi à calmer le jeu. «Cela aurait pu être pire.» Il avoue toutefois qu’on ne l’y reprendra plus. «Avec l’âge, je suis devenu plus mûr. J’ai plus de responsabilités envers le pays. Je ne crois pas que je recommencerai cela.»

Contrairement à bon nombre de politiciens aujourd’hui, Showkutally Soodhun a cumulé plusieurs responsabilités avant d’être nommé ministre. L’avant-dernier de sept enfants nés d’un père planteur de cannes et deuxième plus grand constructeur de villas à Trou-aux-Biches, perd son géniteur à neuf ans. Depuis, il voue une adoration sans borne à sa mère Sarah, qu’il a la douleur de perdre en 2003 alors qu’il est en mission pour le compte de l’Africa Union Labour Ministers dont il est le président. Ne pas avoir été présent à ce moment-là est l’un des rares regrets de son existence.

Un même objectif : améliorer la condition du peuple

Dans sa jeunesse, le ministre était très actif dans le social – il a été président du centre communautaire de Trou-aux-Biches. C’est également un bon sportif : il est gardien de but dans l’équipe de la localité et refuse d’intégrer celui des Muslim Scouts, même si c’est pour évoluer en première division, en raison du caractère communautariste des équipes de foot d’alors.

Dès l’adolescence, il se laisse séduire par les idées politiques du Mouvement militant mauricien. Après ses études secondaires, il obtient un emploi de manager au collège Model, situé au Morcellement St André. Il y enseigne le latin et les mathématiques. L’école ferme ses portes au bout d’un an.

C’est au contact de Dev Virahsawmy, qui fonde une école politique, qu’il apprend à parler en public. D’ailleurs en 1976, c’est à Triolet et contre sir Seewoosagur Ramgoolam, qu’il pose sa candidature pour la première fois sous la bannière du MMMSP aux côtés de Dev Virahsawmy. Il se classe cinquième.

En 1979, Dev Virahsawmy, Peter Craig, Alan Ganoo, Alain Laridon et lui fondent la Fédération des travailleurs unis (FTU) afin d’aider les employés de la zone franche manufacturière à revendiquer de meilleures conditions d’emploi et salariales. Même s’il est au chômage, il survit grâce à la générosité de ses camarades.

En 1982, il est Campaign Manager des candidats MMM à Pamplemousses-Triolet avec le premier 60-0 de l’histoire du pays. Un an plus tard, lors de la cassure, il se range du côté de sir Anerood Jugnauth car il n’est pas d’accord que le comité central se substitue au conseil des ministres. À partir de là, il préfère continuer sur la voie du syndicalisme, étant négociateur pour les travailleurs. 

«Fas a enn inzitis, li dan mo natir pou dénonsé.»

En 1985, lorsque la FTU appelle à la grève et que la zone franche est paralysée par un débrayage massif, il est arrêté et enfermé à Alcatraz. Il a pour compagnon de cellule un violeur et un meurtrier. Un policier prend pitié de lui. Craignant pour sa sécurité, il fait Showkutally Soodhun quitter chaque soir la cellule et passer la nuit sur une chaise. Celui-ci en profite pour coucher sur papier les bases d’une structure qui deviendra par la suite l’EPZ Welfare Fund.

Défendu par feu sir Satcam Boolell, il est libéré au bout de dix jours. SAJ demande à le voir. Au départ, il résiste, persuadé que ce dernier est responsable de son arrestation. Il finit par céder et pendant deux jours, SAJ, Alain Laridon et lui discutent de longues heures. Il en sort convaincu de la sincérité du Premier ministre. Il réalise qu’ils ont le même objectif : améliorer la condition du peuple. Ils ont également en commun, un franc-parler. À partir de ce moment-là, il sera d’une fidélité à toute épreuve envers SAJ.

L’année d’ensuite, il intègre le MSM et est candidat aux élections de 1987. Élu député cette année là, sa grande satisfaction est d’accompagner en 1988 Sheila Bappoo, ministre du Travail d’alors, en  mission à Genève pour demander au Bureau international du travail de revoir sa copie de l’EPZ Welfare Fund. En 1989, il est nommé secrétaire parlementaire privé pour les circonscriptions n° 2 et 3, avant que le premier ne soit remplacé par le °15. Showkutally Soodun négocie pour obtenir un gros budget et oeuvre pour mettre dix régions sous-développées deVacoas-Phoenix à pied d’égalité que d’autres régions, tout en faisant en sorte que les emplois d’éboueurs, de laboureurs, de travailleurs de santé soient uniquement remplis par des habitants de la ville.

Nommé Whip du gouvernement entre 1991 et 1995, à l’issue des élections de 2000, il est nommé ministre du Travail et des relations industrielles. Ministère qu’il occupe aussi en 2003 avec en plus le portefeuille de l’Emploi. Tout comme il sera ministre de l’Industrie lorsque le MSM est en alliance avec le Parti travailliste (PTr). Mais son incapacité à tenir sa langue – en particulier par rapport à la State Trading Corporation Mauritius où il note beaucoup «d’irrégularités» et commande un Forensic Report sur la STC – le met en porte à faux vis-à-vis du PTr lorsqu’il demande au Premier ministre d’alors, Navin Ramgoolam, d’initier une enquête. «Linn zour moi. Mé moi, sé mo franchiz ki fer moi kozé. Ler enn zafer manz moi andan, fas a enn inzitis, li dan mo natir pou dénonsé. Seki pou arivé apré, mo pa réflési», dit-il.

Lorsqu’il menace de démissionner, le portefeuille du Commerce lui est enlevé et remplacé par celui des Coopératives et ce, deux mois avant la démission du MSM du gouvernement.

«La loyauté, la fidélité, la sincérité et les compétences m’ont mené là où je suis.»

Il ne regrette pas d’avoir dit ce qu’il avait sur le coeur. «Même si cela m’a joué des tours parfois, la plupart du temps, cela m’a réussi car j’ai cumulé sept mandats dans la même circonscription.» Ses apparitions et déclarations publiques ces temps-ci à propos des terres de l’État allouées sous l’ancien régime ne sont pas un règlement de comptes entre adversaires politiques, précise-t-il. Mais plutôt «une promesse faite au peuple d’être transparent, de dénoncer tout ce qui est suspect et frauduleux. Il y a eu du business sur les terres de l’État et c’est mon devoir de dire la vérité.»

Il est d’avis que «c’est l’utilisation du pouvoir politique à l’extrême qui a créé deux catégories de citoyens, les privilégiés et les autres. Ils auraient vendu terre et mer s’ils en avaient eu l’occasion». Il demande aussi si l’ancien secrétaire du cabinet a été consulté.

Les propos de l’ancienne présidente du Bar Council, Urmila Boolell, dans une interview accordée durant la semaine écoulée au magazine Weekly et qui fait état  d’une intelligentsia locale muselée et d’un climat de terreur, l’ont remonté. «La dame s’est trompée d’époque. Si ce n’est pas la liberté qui prime actuellement, quand ça le sera ! La liberté est absolue. Il ne faut pas exagérer.»

Appelé à dire s’il a remisé ses prétentions d’être Premier ministre telles qu’il les avait avouées à notre collègue Fabrice Acquilina lors d’une interview en 2011, cet homme marié à Naseem Bibi et père de deux enfants adultes, Bibi Razia et Mohamed Oumer, et grand-père de quatre petits-enfants, est surpris. «J’ai dit cela moi? Pas possible. (NdlR: cela a été publié le 27 mars 2011) Je ne m’attendais pas à être vice-Premier ministre. Je n’étais même pas demandeur. Je crois que la loyauté, la fidélité, la sincérité et les compétences m’ont mené là où je suis.»

Son but principal n’est autre que d’assumer ses responsabilités de ministre, apporter sa contribution  à la reconstruction du pays et au bien-être des Mauriciens. Un des projets qui lui tient à coeur, c’est d’aider à «la création d’une ambassade en Arabie Saoudite pour que les pèlerins mauriciens accomplissent leur pèlerinage dans de meilleures conditions. Je ne travaille pas que pour le pays mais je le fais aussi pour gagner ma place au Paradis…»

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