Politique: 2014, l’année de la rupture

Avec le soutien de

Rarement l’échiquier politique aura été aussi fluctuant qu’en 2014. Dès janvier, le ton était donné. Le Remake 2000, qui semblait pourtant bien parti pour durer, connaissait déjà ses premiers soubresauts. Raison: la composition du front bench d’un éventuel gouvernement MMM-MSM, comme proposée par les Mauves, ne fait pas l’unanimité chez les Orange. Mais le calme finit toutefois par revenir. 
 
Entre-temps, alors que l’incertitude plane sur l’avenir du PMSD au sein de l’alliance gouvernementale d’alors, le leader du MMM indique que la «porte reste ouverte au PMSD. Mais c’est à Xavier-Luc Duval de faire les premiers pas». Et d’ajouter, dans la foulée, qu’«il n’y aura pas d’alliance avec le PTr».
 

Le rapprochement Ramgoolam-Bérenger 

 
Cependant, les leaders des Mauves et des Rouges commencent à fricoter au mois d’avril. Un rapprochement qui fera des mécontents au MMM. Se voulant rassurant, Paul Bérenger explique que le Remake 2000 reste «on», du moins du côté des Mauves. «Al dimann MSM si zot anvi kass Remake», lance-t-il.  
 
C’est à cette époque, toutefois, que sont lancées les premières séances de «koz-koze» avec Navin Ramgoolam. Une première rencontre officielle a lieu à  Clarisse House, lors de laquelle les deux leaders discutent de la réforme électorale et du projet de IIe République, mais aucun accord n’est trouvé.
 
S’ensuivra l’annulation de la tenue du meeting du 1er Mai du Remake 2000 et la démission d’Ivan Collendavelloo en tant que leader-adjoint du MMM. «Il se passe des choses graves au sein du MMM», affirme-t-il. Il fonde quelque temps après le Muvman Liberater. 
 
Lors de l’assemblée des délégués, le 1er mai, Paul Bérenger répond aux nombreuses critiques qui se sont élevées contre un rapprochement avec le PTr. Il précise que la question d’une nouvelle République n’avait «rien à voir avec une alliance». Et d’affirmer que «tout au long des discussions, personne au MMM ne s’est prononcé contre». «Nous étions arrivés au but», a-t-il enchaîné tout en indiquant que Navin Ramgoolam et lui-même étaient «d’accord à 80 %». «Cela aurait été un grand pas en avant pour le pays», a-t-il dit. 
 
Le 12 mai, l’Assemblée nationale est prorogée. Le but est d’avoir le temps de préparer et de présenter un projet de loi sur la réforme électorale, explique le Premier ministre. 
 

Rupture du gouvernement PTr-PMSD 

 
Le 6 juin, le PMSD prend la décision de se retirer du gouvernement et de rompre avec le PTr. Ce sont des divergences de points de vue, principalement sur «la réforme électorale et l’amendement constitutionnel», qui ont causé la fin de l’alliance PTr-PMSD, explique Xavier-Luc Duval. Durant la conférence de presse annonçant cette décision, il se félicite de la durée de ce partenariat «historique» de «15 ans», qui équivaut, pense-t-il, à «un record». 
 

La première conférence de presse rouge-mauve  

 
Le lendemain, soit le 7 juin, Navin Ramgoolam et Paul Bérenger animent leur première conférence de presse conjointe, où ils se disent être sur la même longueur d’onde. «Ce qu’on veut faire dans notre pays, c’est fondamentalement la même chose», affirme Paul Bérenger. Navin Ramgoolam n’est pas moins enthousiaste : «Nous voulons la même chose, que l’île Maurice devienne un modèle dans le monde.»
 
Cependant, deux heures plus tard, à l’issue du comité central du MMM, Paul Bérenger annonce que les deux partis iront seuls aux élections. «Alors que nous étions tombés d'accord sur les détails, Navin Ramgoolam a, sous pression, remis en question quelques points de l'alliance», déclare le leader du MMM. «Mais je n'ai aucune amertume. Nous gardons de bonnes relations», ajoute-t-il.
 

Brève reprise parlementaire

 
Les travaux parlementaires reprennent le 4 juillet. Ils ne dureront que dix-huit jours, avant que les députés ne partent en vacances. Ils auront tout de même le temps de voter le mini-amendement constitutionnel, le 11 juillet, qui permet aux candidats participant aux élections générales de ne pas déclarer leur appartenance ethnique. 
 

L’alliance PTr-MMM conclue après maints «koz-koze»

 
Dix-neuf ans après leur première rupture, le PTr et le MMM s’allient de nouveau le 5 septembre. Chez les Rouges, le vote est unanime en faveur de l’alliance alors que chez les Mauves, 38 des membres du bureau politique ont ratifié l’accord, contre un vote contre et deux abstentions. On apprendra plus tard que le vote négatif était celui de Vishnu Lutchmeenaraidoo. 
 
Trois semaines après, le 27 septembre, sir Anerood Jugnauth (SAJ) présente l’alliance Lepep, composée du MSM, du PMSD et du Muvman Liberater. Par la suite, l’ancien président de la République invitera  Vishnu Lutchmeenaraidoo à se joindre à cette équipe. Une invitation à laquelle ce dernier répondra positivement le 9 octobre. L’ancien ministre des Finances s’est dit «touché» par l’appel de SAJ. «La possibilité de reprendre le flambeau avec SAJ et Pravind Jugnauth m’a tenté. J’ai décidé après mûre réflexion de rejoindre l’alliance Lepep. Car nous assistons au dernier soupir d’une crise de civilisation», a-t-il confié.  
 

Les meetings du 12 octobre 

 
Trois jours plus tard, les deux blocs de l’alliance PTr-MMM et l’alliance Lepep lancent officiellement leur campagne électorale lors de deux meetings, à Quatre-Bornes et Vacaos. Bien qu’aucune date pour la tenue des élections n'était arrêtée à ce stade, les deux bords commencent à s’organiser.
 
La date des élections sera connue que le 7 novembre. Ce qui mènera les partis politiques à multiplier les meetings et les congrès avant le bouclage de la campagne électorale par les grands meetings du 7 décembre, à Vacoas et Port-Louis.
 

Ramgoolam et Bérenger, c’est fini 

 
Au lendemain des élections, soit le 11 décembre, les urnes livrent leur verdict. L’alliance Lepep remporte 47 sièges à l’Assemblée nationale. Seuls 13 reviennent à l’alliance PTr-MMM, dont 9 sont obtenus par des candidats mauves. Paul Bérenger est élu de justesse en troisième position au n° 19. Deux jours plus tard, il annoncera la rupture de l’alliance rouge-mauve, blâmant «l’arrogance» de Navin Ramgoolam. Ce dernier préférera, lui, ne pas entrer dans un «blame game». 
 
Après la prestation de serment du nouveau gouvernement, le 17 décembre, l’Assemblée nationale  siégera pour voter l’Additional Remuneration Bill et pour élire le speaker, en la personne de Maya Hanoomanjee, ainsi que le Deputy Speaker, Adrien Duval, et Mahendranuth Hurreeram, Deputy Chairperson of Committees. Au final : de nombreuses surprises auront marqué 2014 au niveau politique. Les résultats des élections du 10 décembre en font partie. 
Publicité
Publicité
Rejoignez la conversation en laissant un commentaire ci-dessous.

Ailleurs sur lexpress.mu

Les plus...

  • Lus
  • Commentés
  pages consultées aujourd'hui Statistiques et options publicitaires