Crise au cœur du MMM

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L’assemblée des délégués du MMM s’est tenue à Quatre-Bornes, le samedi 20 décembre.

L’assemblée des délégués du MMM s’est tenue à Quatre-Bornes, le samedi 20 décembre. 

Le Mouvement militant mauricien (MMM) vit ces jours-ci une crise, après sa «mésalliance» avec le Parti travailliste (PTr) pour les besoins du scrutin du 10 décembre. Le leader Paul Bérenger ayant décidé de mettre cette dérouillée sur le dos de Navin Ramgoolam et des médias libres, ils sont nombreux au sein du parti du cœur à estimer qu’il doit absolument faire son mea culpa auprès de l’électorat. Voire des militants, à qui il avait vendu ce package, qui devait faire de lui un Premier ministre pour une durée de cinq ans.

Ces dirigeants mauves font une juxtaposition entre la posture qu’a choisi d’adopter leur chef historique et celle du leader des Rouges. Charmeur jusque dans la défaite, Navin Ramgoolam est venu reconnaître, vendredi, à l’issue du bureau politique du PTr, que ses troupes ont été victimes d’un «rejet» de sa personne et de l’«overconfidence» qu’il a affichée tout au long de la campagne électorale.

En comparant la position de Paul Bérenger à celle de Navin Ramgoolam, il est clair que c’est ce dernier qui s’est approprié la sympathie d’une large frange de la population en même pas trois sorties publiques. L’ancien chef de gouvernement, pour beaucoup, a su rester digne dans la défaite.

Navin Ramgoolam, pour commencer, n’a pas voulu polémiquer avec Paul Bérenger sur les raisons de l’échec. Il a insisté pour dire qu’il ne voulait pas s’engouffrer dans le «blame game» avec celui-ci lorsqu’il a soumis sa lettre de démission au président de la République, samedi dernier.

L’ex-Premier ministre a aussi marqué les esprits après son discours sobre à la télévision le soir des résultats. Ce qui tranche radicalement avec l’attitude de Paul Bérenger, qui est en quête de boucs émissaires.

«Frapper un homme à terre»

Hier encore, samedi 20 décembre, lors de l’assemblée des délégués des Mauves, à Quatre-Bornes, Paul Bérenger s’est de nouveau acharné sur Navin Ramgoolam, celui-ci là même qu’il n’a pas cessé d’encenser jusqu’à la veille des législatives. Cette attitude est mal digérée par certaines têtes pensantes au sein du MMM qui considèrent, sous couvert de l’anonymat, par crainte du courroux désormais légendaire de leur leader, qu’il est fort inélégant de «frapper un homme à terre».

N’empêche que du point de vue de Paul Bérenger, c’est «l’impopularité» de Navin Ramgoolam qui explique la défaite de l’ex-alliance de l’Unité et de la Modernité. Hier, il est allé jusqu’à affirmer que ce sont les instances mauves qui ont «sous estimé» cet élément... Usant du même ton qu’on lui a connu durant la campagne électorale, Paul Bérenger est allé jusqu’à affirmer que le désastre du 10 décembre est à mettre sur le compte de «l’arrogance» de son allié d’hier. «Il ne semble pas s’apercevoir de la poutre qui est dans son œil», ironise un de ses proches lieutenants.

C’est vrai, reconnaît un autre dirigeant, que Paul Bérenger a sa personnalité, mais «il faut qu’il se rende compte que les temps ont changé et qu’il ne peut se comporter comme s’il était encore dans les années ’70». C’est d’ailleurs une remarque similaire qu’un délégué a lancée à l’encontre du chef de file du MMM, à Quatre-Bornes, hier. Un autre a invité Paul Bérenger à s’excuser pour cette défaite. Mais sa proposition est tombée dans l’oreille d’un sourd.

Depuis la semaine dernière, des voix se sont élevées au sein du bureau politique des Mauves pour endosser la responsabilité partagée après la débâcle. Il n’y a pas que Jenny Moteealoo qui a tapé du poing sur la table avant de claquer la porte cette semaine. Un cacique a également fait comprendre à Paul Bérenger qu’une autocritique était nécessaire. Mais il a vite été rabroué par la direction.

«On parle de démocratie mais quand on veut faire entendre notre voix, on est brutalement rappelé à l’ordre», confiait un jeune après ce bureau politique. La démocratie est par ailleurs un principe sine qua non au sein du MMM, mais beaucoup de jeunes cadres s’indignent quant au fait que les élections pour le renouvellement des instances dirigeantes remontent à... neuf ans.

«Quelque part, la démocratie n’existe pas.»

Le dernier exercice s’est tenu en novembre 2005 et ils sont nombreux ceux qui sont perçus comme des «inconditionnels» de Paul Bérenger à le critiquer «off record». Des nominations de dinosaures effectuées au comité central jusqu’au bureau politique, tout lui est reproché. Il est accusé d’y avoir nommé des «yes men» qui sont aux antipodes de l’idée que tout le monde se fait du MMM : un parti d’idées et de débats.

Lors de l’assemblée des délégués, hier, décision a été prise de renouveler les instances telles que le comité central et le bureau politique lors d’une élection le 8 février. La première sera élargie et 30 membres seront élus au lieu de 20. Quant à la deuxième, l’équipe passera de 16 à 20 membres.

Avec la levée de boucliers au sein du MMM, la nomination de Rajesh Bhagwan comme «whip» de l’opposition à l’Assemblée nationale est dans la balance. «Nous avons peu d’espoir. Ce sont toujours les vieux qui auront la haute main sur les leviers du parti», souffle un jeune cadre. Même son de cloche du côté d’un «ancien», qui ne veut pas voir Rajesh Bhagwan et Alan Ganoo aux côtés de Paul Bérenger, selon ses dires.

«Je ne me fais pas de grandes illusions. Allez vérifier combien de personnes ont été nommées au comité central et au bureau politique en 2005. Vous aurez la réponse. Le changement ne se fera sans doute pas de sitôt», confie un autre jeune. «Quelque part, la démocratie n’existe pas. Est-ce que le vœu des militants de base est respecté? Même quand Paul Bérenger tient sa conférence de presse, allez vérifier combien de ceux qui sont à ses côtés ont été élus par cette base», insiste-il.

Peut-on parler de «printemps» au sein du MMM ? En tout cas, beaucoup de jeunes se disent en faveur d’une direction collégiale. Voire d’un leadership collégial. Paul Bérenger ayant «tourné les militants en bourrique avec ses épisodes d’on et off avec le Remake 2000 ainsi qu’avec le PTr», s’exclame un militan koltar.

«Série de gaffes» et de «faux pas graves»

En attendant, les candidats aux législatives sont unanimes à dire que la campagne a tardé à démarrer, ce qui a également contribué à la défaite. Même Paul Bérenger a admis hier que s’il ne tenait qu’à Navin Ramgoolam, le programme électoral – qu’il attribue pourtant au MMM – aurait été publié «après» le 10 décembre.

Paul Bérenger s’est également posé les questions suivantes hier : Navin Ramgoolam a-t-il planifié sa «série de gaffes» et de «faux pas graves» durant la campagne électorale afin que l’alliance PTr-MMM n’obtienne pas les trois quarts? Histoire de botter le MMM hors du pouvoir?

Il s’interroge, en outre, sur la déclaration de l’ex-Premier ministre sur sa fameuse pêche au requin, comparant la réforme électorale à un appât. Il dit se pencher sur ces incidents, se demandant si ce n’était pas une «stratégie» bien huilée. «Fransman zordi zour, mo pas kapav reponn de fason kategorik», a-t-il lancé.

Une chose est sûre, toutes ces déclarations ont le don d’irriter ses plus proches collaborateurs. Comme celle qui évoque la candidature de Michael Sik Yuen au n° 16. Candidat qui, selon le leader des Mauves, est à l’opposé des valeurs du MMM. «Zot inn dir li kandida mwin move. Mo pas dakor. Avek letan, nu pa ti ena drwa aksepte enn tel kandida. Pena personn ki sinboliz otan tou seki nu pa ete. So deklarasyon kominote pou rant kom best loser... distribye macaroni. Ena lezot gaffe ki nu doing», a-t-il martelé, hier. Et de déclarer que le MMM aurait pu quitter l’alliance, mais que le parti était malheureusement pris dans un «engrenage».

Au final, estime Paul Bérenger, le MMM est plus fort que jamais. Une certitude que ne partagent pas ses collaborateurs, qui estiment qu’il doit mettre de l’eau dans son vin. En faisant avant tout preuve d’humilité vis-à-vis des militants.

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