Nominés politiques : ceux qui partent et ceux qui restent

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Plusieurs nominés politiques ont plié bagage à l’annonce des résultats du scrutin du 10 décembre. Si quelques autres ont tergiversé avant de franchir le pas, certains attendent encore de voir le renouvellement de leur contrat par le nouveau gouvernement.
 
MPA : Maurice Allet prié de quitter le navire
 
 
«J’avais déjà commencé à faire mes cartons au lendemain des élections…» Ces propos sont ceux de Maurice Allet, désormais ancien président de la Mauritius Ports Authority (MPA). C’est hier après-midi, vers 14 heures, qu’une missive émanant du ministère des Communications externes, qui est sous la tutelle de Xavier-Luc Duval, lui est parvenue. Et dans laquelle «on m’a remercié sans vraiment donner de raison», souligne-t-il.
 
Quoi qu’il en soit, «c’est tout sauf une surprise», poursuit Maurice Allet. Et de faire ressortir : «Si je n’ai pas démissionné jusqu’ici, c’est sur les conseils de mes hommes de loi. Un capitaine n’abandonne pas le navire, surtout s’il fait un bon travail.»
 
Maurice Allet précise qu’il n’est pas un «arriviste» contrairement à ce que prétendent certains. «Je n’ai pas été nommé président de cet organisme à cause de mes affiliations politiques. Cela fait 40 ans que je travaille dans le port. En 1978, je faisais partie de la délégation qui s’était rendue à l’étranger dans le sillage de la vague de transformation.»
 
C’est en 2011 que Maurice Allet a été nommé à la tête de la MPA. Il a «stepped down» le 16 juillet 2013, après avoir été arrêté dans le cadre de l’affaire Varma-Jeannot. Blanchi, il a réintégré son poste de président le 5 mai 2014 à la demande du Premier ministre d’alors, Navin Ramgoolam.
 
Il y a trois jours, Maurice Allet s’est retrouvé au centre d’une autre tempête. «La pirogue est pleine», avait lancé Mahmad Kodabacus à son encontre. «Il avait choisi son camp et avait préféré Ramgoolam. Nous nous attendons à ce qu’il reste fidèle à ce dernier», avait ajouté le secrétaire général du PMSD.
 
Ce à quoi Maurice Allet répond : «J’ai du sang bleu qui coule dans les veines et il en sera toujours ainsi. J’ai félicité mon ancien parti après sa victoire et j’ai dit ce que j’avais sur le coeur. Mais l’affaire a pris d’autres proportions !» Par ailleurs, martèle-t-il, «je ne suis pas un karapat san lisyen. N’en déplaise à M. Kodabacus, j’ai été le leader du PMSD. J’ai cédé ma place à Xavier Duval en 2009. Il était le leader du parti, j’en assumais la présidence. Mais il a pris des décisions sans me consulter et a démissionné du gouvernement sans me demander mon avis.» Et d’assurer : «Pour le titre de roder bout, il faudra élire quelqu’un d’autre.»
 
Quels sont ses projets ? «Je vais prendre des vacances bien méritées.»
 
 
Bheenick pourrait conserver son poste à la Banque centrale
 
 
Une demi-douzaine de prétendants convoitent le fauteuil de gouverneur à la Banque de Maurice (BoM). Ils font ouvertement du lobbying pour se retrouver au 18e étage de la BoM Tower. Cependant, le titulaire Rundheersing Bheenick pourrait rester à son poste. C’est ce qui ressort de sources concordantes à l’hôtel du gouvernement. En effet, dans l’entourage du ministère des Finances, un fort consensus se dégage à cet effet.
 
Le nouveau gouvernement, Particulièrement le ministère des Finances, souhaite privilégier la compétence au sein des institutions financières phares du pays qui opèrent en toute indépendance. Une source proche de la BoM explique que les changements apportés à la Bank of Mauritius Act de 2004 ont permis à la BoM d’asseoir son indépendance. Et d’ajouter que «la Banque centrale reste généralement très loin du cycle électoral». D’ailleurs, remarque un spécialiste de la politique monétaire, «il n’a échappé à personne que ni l’inflation ni la valeur de la roupie n’ont été des thèmes de campagne aux dernières élections».
 
Le fait que la Banque de Maurice a bien géré toute la problématique liée à l’inflation et à la valeur de la roupie pourrait donc plaider en faveur de Rundheersing Bheenick. Ce dernier a jusqu’en mai 2016 pour compléter son mandat de trois ans. Le gouverneur et les membres du Monetary Policy Committee sont nommés par le président de la République sur le conseil du Premier ministre.
 
Prem Saddul de la CWA : «Je reste jusqu’à nouvel ordre»
 
 
Alors que les démissions s’enchaînent au sein des organismes parapublics, Prem Saddul s’accroche à son poste de président du conseil d’administration de la Central Water Authority (CWA). Sollicité par l’express hier, il affirme rester en poste en attendant les directives du nouveau ministre des Services publics Ivan Collendavelloo.
 
«Je suis un scientifique, un professionnel de la géologie qui se sent toujours capable d’aider son pays. J’ai beaucoup travaillé sur la géologie et sur les rivières de Maurice. J’ai beaucoup à contribuer et je suis confiant qu’avec le nouveau ministre, nous irons dans la bonne direction», soutient Prem Saddul. Pour l’heure, le président de la CWA déclare être pris par son travail, soutenant qu’il y a beaucoup de projets où il doit apposer sa signature.
 
«Maintenant que les pluies d’été sont arrivées, nous devons planifier pour ne plus avoir les mêmes problèmes que dans le passé. Avec le nouveau ministre, nous avons beaucoup de choses à faire ensemble pour améliorer la situation. Il y a pas mal de rapports qui ont été faits par les Singapouriens, les Français et les Mauriciens. Il faut voir tout ça», fait-il valoir. Prem Saddul a été nommé à la présidence du conseil d’administration de la CWA en juillet 2011.
 
Sir Bhinod Bacha démissionne mais… 
 
 
«Je pars mais je reste toujours à la disposition du nouveau gouvernement car j’ai encore beaucoup à offrir au pays.» Sir Bhinod Bacha, Senior Adviser au bureau du Premier ministre sous l’ère Navin Ramgoolam, tire sa révérence bien malgré lui. Il a soumis sa lettre de démission au secrétaire du cabinet, Suresh Seeballuck, hier, soutenant qu’il a attendu que le nouveau gouvernement prête serment pour se retirer.
 
Dans notre édition de mercredi, celui qui figure parmi les rares à avoir conseillé trois Premiers ministres – sir Seewoosagur Ramgoolam, sir Anerood Jugnauth et Navin Ramgoolam – a confié que son avenir ne dépendait pas de lui. Par la même occasion, se décrivant comme un professionnel et un serviteur de son pays, il s’est réjoui de n’avoir pas été étroitement associé à ces «personnes qui occupaient des positions importantes au bâtiment du Trésor sans les compétences voulues, mais qui étaient plus intéressées par elles-mêmes».
 
Aujourd’hui, sir Bhinod Bacha soutient avoir toujours eu beaucoup de respect pour le nouveau Premier ministre sir Anerood Jugnauth avec qui il a travaillé pendant 13 ans dans le passé. «On ne m’a pas demandé de partir. C’est par souci d’élégance que je me retire car j’ai été nommé par l’ancien Premier ministre. Comme je n’ai plus de locus standi, c’est tout à fait normal que je parte la tête haute. Le mot honneur est très important pour moi», fait-il valoir.
 
Kushal Lobine se retire de la WMA et de la SICOM
 
 
C’est «par principe» et «pour la bonne gouvernance» que Kushal Lobine a démissionné comme président du conseil d’administration de la Wastewater Management Authority (WMA) et de la SICOM le jour de la proclamation des résultats des élections. De son poste à la WMA qu’il occupait depuis 2005, il explique : «J’ai été nommé par le gouvernement en place avec Abu Kasenally comme ministre des Services publics. Par principe je démissionne afin que le nouveau gouvernement puisse choisir d’autres personnes pour le poste.»
 
Par contre, pour son poste à la SICOM, il indique qu’il «n’était pas un nominé politique car ce sont les actionnaires qui choisissent le président du conseil d’administration». Toutefois, «l’État est actionnaire majoritaire et pour la bonne gouvernance j’ai soumis ma démission».
 
Air Mauritius : Kremchand Beegoo et Ramapatee Gujadhur plient bagage
 
    
 
Le conseil d’administration d’Air Mauritius connaît ses premiers départs. Deux des 15 membres du board, Kremchand Beegoo et Ramapatee Gujadhur, plus connu comme Soun Gujadhur, ont jeté l’éponge au lendemain même des résultats des élections générales.
 
Kremchand Beegoo, ancien directeur exécutif Cargo à Air Mauritius et actuellement directeur général de Cargotech Ltd et Freightech Ltd, a été nommé au conseil d’administration le 30 septembre 2005. Tout comme Soun Gujadhur, ancien Senior Manager à la Mauritius Commercial Bank, qui a pris sa retraite fin 2003.
 
Pour sa part, Dass Thomas, le président du conseil d’administration de la compagnie aérienne nationale, est toujours en poste. «Mais pas pour longtemps. J’ai certaines choses à boucler avant de donner ma démission avant la fin de l’année», a-t-il confié à l’express tard hier soir.
 
Selon nos recoupements, certains nominés politiques comptent rester en poste jusqu’au 31 décembre pour avoir droit à leur boni.
 
 

Arts et culture : tout en blues

 
Edley Chimon
 
 
«Comme le nouveau ministre arrive, mo bizin ale.» Signal clair pour celui qui a présidé Le Morne Heritage Trust Fund pendant près de deux ans. «Je pars avec le sentiment du devoir accompli», ajoute-t-il. Reste que la question d’accès à la montagne, devenue patrimoine mondial en 2008, demeure entière. Un procès est en cour concernant des réclamations pour des compensations de Rs 1,8 milliard de la société Morne Brabant. C’est en 2005 que la société avait accepté de céder le bail qu’elle détient sur une partie des terres dans la zone protégée.
 
Farhad Aumeer
 
 
Dès le lendemain de la défaite de l’alliance PTr-MMM, le président du Centre culturel islamique affirme avoir soumis sa démission au ministre sortant. «J’ai déjà envoyé ma lettre. Je souhaite bonne chance à mon successeur pour l’organisation du hadj et j’espère qu’il aura la tâche plus facile que je ne l’ai eue», a-t-il déclaré. L’organisation du pèlerinage à La Mecque, notamment concernant les tarifs et les conditions de séjour, a en effet fait polémique. Les autorités avaient décidé qu’une institution séparée, autre que le centre culturel, devait s’en occuper. Mais, sur une base «exceptionnelle», le centre sis à la rue La Paix a continué à s’en occuper, deux années de suite.
 
Du côté du Centre culturel Nelson Mandela pour la culture africaine, il ressort que l’on préfère attendre. Il existe encore quatre centres culturels : tamoul, telugu, marathi et mauricien. Toutefois, le dernier nommé est inopérant depuis longtemps. Le manifeste de l’alliance Lepep promettait de le ressusciter.
 
Arnaud Carpooran
 
 
Le président de la Kreol Speaking Union explique que c’est seulement pour lancer l’institution que le gouvernement peut nommer son responsable, si l’on se réfère à la Kreol Speaking Union Act. Par la suite, le responsable est désigné lors d’élections. «Nous n’avons pas le même mandat que les centres culturels», souligne-t-il. Ce qui laisse l’Union, comme la langue créole, dans une situation paradoxale. «À la différence d’autres langues, le créole est suffisamment parlé. Là où le bât blesse, c’est que la langue n’est pas assez écrite et lue. C’est l’inverse pour les autres langues. Tous nos projets vont dans ce sens.»
 
C’est sous le précédent gouvernement que le créole a fait son entrée à l’école comme matière optionnelle. Il existe une dizaine de Speaking Unions, de l’anglais au sanskrit, en passant par le tamoul, le telugu, le marathi, l’urdu, le chinois, l’hindi et le bhojpuri. Toutefois, ils ne sont pas tous opérationnels.
 
Meera Mohun
 
 
Un véritable chantier, c’est ce que laisse l’ancienne Mauritius Society of Authors (MASA), devenue à la suite d’amendements à la Copyright Act la Mauritius Rights Management Society. Le coeur du problème : la méthode de collecte et le paiement des royalties. Meera Mohun, nommée présidente de la MASA en 2012, est toujours en poste. «De toute façon, mon contrat arrive à terme en février 2015», explique-t-elle. «Bizin zwenn nouvo minis pou get enn kou.»
 
Sarita Boodhoo
 
 
«J’ai été nommée par le précédent gouvernement, c’est tout à fait normal que je soumette ma démission, c’est une question de principe», estime celle qui était responsable de la Bhojpuri Speaking Union. Sarita Boodhoo tient à rappeler que le principal défi qui attend la langue et la culture bhojpuri l’an prochain, c’est son dossier de demande que les folk songs soient inscrits sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco. «Cette année, c’est le séga typique qui a été accepté. Nous avons déjà travaillé sur le dossier des chants et danses bhojpuri, il est prêt.» Sarita Boodhoo dit partir avec le sentiment du devoir accompli : «le Bhojpuri Mahotsav (grand festival) que nous avons initié cette année va devenir une manifestation annuelle et nous avons pu établir une école de chants traditionnels.»
 
Sollicités, Mahen Utchanah, nommé à la présidence de l’Aapravasi Ghat Trust Fund, et Balraj Narroo, qui est au Centre culturel marathi, sont restés indisponibles pour un commentaire.
 
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