Les faux pas de l’alliance PTr-MMM

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Loin de se douter de l’issue des élections, c’est tout sourire que les leaders du PTr et du MMM portaient un toast, en septembre, pour célébrer l’alliance entre les deux partis.

Loin de se douter de l’issue des élections, c’est tout sourire que les leaders du PTr et du MMM portaient un toast, en septembre, pour célébrer la conclusion de l’alliance des deux partis.

Une alliance du PTr avec le MMM,  synonyme de victoire ? Aucun observateur politique n’aurait osé affirmer le contraire avant ces élections. Pourtant, c’est l’inverse qui s’est produit à l’issue de la journée de vote du 10 décembre. Qu’est-ce qui explique ce revirement politique ?

Au MMM, le post-mortem a démarré dès les premières indications émanant de la  journée de counting. À commencer par des militants, «amerde» qu’on leur impose Navin Ramgoolam et qui ont protesté en préférant ne pas voter… En atteste le fort taux d’abstention dans les bastions mauves, soit les n° 1, 19 et 20.

Sans compter un vote sanction, selon la direction du parti, du n° 4 au n° 13 contre Navin Ramgoolam. D’autres au sein du MMM avancent que la sanction de cette ceinture de circonscriptions encerclant le pays était contre l’idée d’une IIe République avec Paul Bérenger comme Premier ministre pour cinq ans.

Mais des activistes des deux partis font ressortir que c’est la campagne désorganisée et mal inspirée de l’alliance de l’Unité et de la Modernité qui a davantage accentué ces phénomènes.

«Je n’ai jamais vu une communication aussi mauvaise que celle du MMM», s’étonne un rouge proche du comité de campagne du PTr. L’alliance PTr-MMM a enchaîné les bourdes et les faux pas, surtout à travers leurs deux leaders. Tandis qu’en face, l’alliance Lepep a su profiter de toutes ces munitions généreusement offertes par ses adversaires.

Tour d’horizon des ratés de la campagne…

Une alliance négociée sur la place publique

Une semaine de Remake. Une semaine de on. Une semaine de off. Les tours et détours de Paul Bérenger pendant qu’il négociait une alliance avec Navin Ramgoolam ont assuré un handicap de départ au PTr-MMM. «Nous avions déjà un déficit de crédibilité», concède un vétéran mauve. «Une alliance, ça ne se négocie pas sur la place publique», estime un membre du PTr. Dès le départ, ces tergiversations publiques ont causé un tort qui n’a pu être réparé, selon les têtes pensantes de l’alliance rouge-mauve.

Une campagne médiatique ratée

«Dans les autres élections, Dan Callikan était le chef d’orchestre qui organisait tout avec brio. Il maîtrise la communication à la perfection.» Le MMM aura un point de vue  différent sur la question, mais le membre rouge du comité de campagne de l’alliance assure que le «mastermind» a cruellement manqué. Il faut dire que la cellule d’hommes de confiance de Navin Ramgoolam, dont Milan Meetarbhan et Rajah Ramdaursingh, n’était pas très présente durant cette campagne. Le comité de campagne, selon les rouges surtout, n’était pas à la hauteur pour gérer la victoire médiatique.

Face à une «alliance Lepep» à la dénomination accrocheuse, une «alliance de l’Unité et de la Modernité» surcompliquée donnait déjà une indication des choses à venir. «Le nom trouvé par Bodha a tout de suite pris, concède notre source du PTr. Chez nous (au sein de l’alliance rouge-mauve ; NdlR), on n’a pas su trouver la petite phrase qui tue.»

Et la vidéo virale «Vire Mam» n’a fait qu’empirer les choses. Dans une interview accordée à l’express, Paul Bérenger a bien montré son mépris pour Facebook et les autres réseaux sociaux en les qualifiant d’«outils anti-réflexion». Mais l’alliance de l’Unité et de la Modernité n’a jamais pu contrer le Vire Mam, qui est devenu un slogan populaire.

Ameenah Gurib-Fakim attaquée

«Dan liniversite, pann trouv li bon. Aster li pou vinn bon pou nou presidan la Repiblik Cette pique, lancée lors d’un congrès à Phoenix par Navin Ramgoolam, contre Ameenah Gurib-Fakim, annoncée comme présidente de la République par l’alliance Lepep, s’est retournée contre le PTr-MMM. La principale concernée étant une  personnalité du monde scientifique respectée, la critique a eu l’effet d’un contrecoup violent. Que la publication Star titre «Navin Ramgoolam remet en question la compétence d’Ameenah Gurib-Fakim : Indignation générale» le 1er décembre ne laisse aucun doute sur le mal que cette sortie a fait aux rouges et mauves.

Un programme mal vendu

«Je ne comprends toujours pas pourquoi notre programme a été rendu public aussi tard», confie à l’express un membre du MMM que la question laisse perplexe. Ce dernier estime que le fait d’avoir laissé autant de champ à l’alliance Lepep pour vendre le sien, soit une semaine avant, a causé un tort immense. Sans compter le fait que les 12 mesures prioritaires, dont la pension de vieillesse à Rs 5 000, avaient déjà fait mouche dès le premier meeting national du 12 octobre à Vacoas.

Par la suite, le «gore mam» était inévitable. «Pourtant, notre programme est plus étoffé et plus détaillé. Il y a une foule d’idées intéressantes que les gens n’ont même jamais eu l’occasion d’entendre ! Nous l’avons très mal vendu», regrette notre source mauve.

Sandhya Boygah : femme forte grâce à Bérenger

Les commentaires du leader du MMM sur la couleur des saris de Sandhya Boygah et, indirectement, sur ses sous-vêtements, se sont révélés une opportunité que la principale concernée a tournée à son avantage. La réponse, faite sous forme de tirade très imagée par Sandhya Boygah lors d’un congrès, a fait monter la mayonnaise au n° 11. «Seeruttun est déjà très fort, avouait un membre du PTr à l’express quelques jours avant les élections. Mais avec cette sortie de Boygah, elle s’est faite une image de femme forte qui tient tête à deux hommes misogynes. Elle passera facilement.»

Les aveux maladroits du pêcheur

«À quoi il pouvait bien penser quand il a fait cet aveu en public ?» se demande un proche de Navin Ramgoolam. Personne ne s’explique l’histoire, racontée à Ilot dans une réunion sectaire par le leader du PTr une semaine avant les élections. Il explique comment il a rusé pour casser le Remake, et utilisé «enn gro labwet ek so disan» pour pêcher le requin qu’était Paul Bérenger. Un mépris affiché pour le MMM qui a eu un effet certain sur les militants. 

Associé aux insultes et aux injures adressées à Sham Mathura au n° 4, l’effet est décuplé. «On se méfiait déjà de Ramgoolam. Mais cette déclaration a convaincu les militants de ses mauvaises intentions», estime un dirigeant mauve. Ivan Collendavelloo et Kee Chong Li Kwong Wing ont joué à fond cette carte dans les derniers jours de la campagne. Une stratégie qui a payé, surtout dans les bastions mauves.

La Place du Quai

«C’était faire preuve d’arrogance que d’espérer remplir la Place du Quai», avoue-t-on assez aisément au MMM maintenant que la défaite est confirmée. L’espace choisi pour le dernier meeting national du PTr-MMM avant les élections était bien trop large et encourageait la foule à s’éparpiller, surtout avec le Caudan juste à côté. Ce qui a contribué à amplifier l’impact visuel d’une foule des mauvais jours. En comparaison, la foule de Vacoas, compacte, impressionnait plus.

Bande sonore de la vie privée

Deux jours avant les élections, l’alliance de l’Unité et de la Modernité a fait circuler une bande sonore où on entend une conversation qui aurait eu lieu au domicile de sir Anerood Jugnauth. La vie privée du couple Pravind-Kobita y est étalée, ainsi que celle de leurs enfants. Si c’était une stratégie pour nuire au MSM, c’est l’effet contraire qui s’est produit. «C’était d’une bêtise monumentale,commente un activiste du PTr. Même parmi nos gens, cela a été très mal perçu.»

Dans un congrès organisé au n° 7, l’assistance réclame même de Navin Ramgoolam d’«arete ar sa», alors que la bande était diffusée. Le Premier ministre a effectivement demandé d’arrêter la diffusion, mais le mal était fait.

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