Législatives 2014: les options de Navin Ramgoolam

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A dix jours des élections, le leader de l’alliance de l’Unité et de la Modernité joue ses dernières cartes. S’il remporte la majorité des sièges, le Château du Réduit lui ouvre ses portes. Au cas contraire, il lui reste le bâtiment du Trésor. Ou être chef de l’opposition.

Président :

Navin Ramgoolam est confiant de remporter le scrutin du 10 décembre. Le jeune loup qu’il était à son entrée sur la scène politique, il y a 23 ans, s’est résolument transformé en un fin tacticien depuis sa sévère défaite de 2000. Être élu président avec  les pleins pouvoirs sous une IIe République sera, sans conteste, une consécration pour sa carrière.

Cela permettra au leader du Parti travailliste (PTr) non seulement de se retrouver dans les livres d’histoire, mais aussi d’être traité sur un pied d’égalité que les grands de ce monde lors des grands-messes internationales. Il ne sera plus relégué au second rang comme un vulgaire chef de gouvernement et pourra ainsi mieux s’afficher aux côtés des chefs d’Etat occidentaux avec lesquels il se plaît à dire qu’il est ami.

Grâce à l’accord avec le Mouvement militant mauricien (MMM), Navin Ramgoolam n’aura aussi plus de comptes à rendre par rapport à certaines de ses décisions à l’Assemblée nationale. Il pourra compter sur le «workaholic» qu’est Paul Bérenger pour mettre en œuvre les plans d’un gouvernement rouge-mauve.

Un gouvernement MMM-PTr donnera certainement un coup de fouet à l’économie. Le futur président Ramgoolam devant être le chef de la diplomatie mauricienne, il aura tout le loisir d’inciter des étrangers à investir à Maurice. La discipline du travail insufflée par les cadres mauves fera le reste...

Le pouvoir sera, bien évidemment, «partagé» entre les deux leaders politiques. Mais Navin Ramgoolam aura définitivement le dernier mot. Si ce n’est la haute main sur l’establishment. C’est lui qui nommera les mandarins de la fonction publique, de même que le chef de la police, ce qui maintiendra son contrôle sur le National Security Service, actuellement dirigé par le fils d’un des grands agents travaillistes au n° 5.

La station de radiotélévision nationale tombera aussi dans son escarcelle. Ce qui présuppose que Dan Callikan, un de ses «spin doctors» de 2005, traversera l’autoroute de Réduit pour une vie au château comme conseiller spécial, Paul Bérenger le traitant de fasciste depuis peu.

Dan Callikan, il ne faut pas l’oublier, était le directeur de communication du Premier ministre lorsqu’il a été parachuté dans le fauteuil de directeur général de la Mauritius Broadcasting Corporation à la veille des élections de 2010. Ce qui a valu un meilleur marketing de Navin Ramgoolam au journal télévisé. Il pourra donc encore servir au leader travailliste.

A hier après-midi, samedi 29 novembre, basé sur les données du service de renseignements et des agents politiques, l’alliance de l’Unité et de la Modernité prévoyait un 53-7 au dépouillement des votes. Soit plus que les trois quarts requis pour amender la Constitution. Restera alors à Navin Ramgoolam d’affronter l’électorat et à décider s’il passera les rênes du PTr à Arvin Boolell, son plus grand adversaire dans le cœur des Mauriciens.

Bien que de nombreux Mauriciens n’aient que le mot «viré mam» sur le bout de la langue, le PTr et le MMM devraient obtenir le plus grand nombre de votes dans dix jours. Du moins sur papier. Ils sont les deux plus grands partis du pays et même si la moitié de leurs sympathisants ont changé de camp, ils peuvent toujours compter sur les «die-hard» pour obtenir une majorité plus que confortable.

Premier ministre :

De grands projets ne suffisent pas pour faire pencher le cœur d’une nation. Le métro léger peut être perçu comme un projet moderne pour les Mauriciens habitant sur l’axe Curepipe-Port-Louis, mais pas pour ceux vivant dans les régions rurales. Le Bharatiya Janata Party (BJP) n’avait-il pas vendu le slogan «Shining India» lors des élections générales de 2004?

L’accès à l’eau étant un «bread-and-butter issue», certains au sein de l’alliance PTr- MMM n’écartent pas l’éventualité que Navin Ramgoolam et Paul Bérenger n’obtiennent pas les trois quarts nécessaires pour l’avènement d’une IIe République. Le Premier ministre sera alors contraint de demeurer au bâtiment du Trésor.

Face à un tel scénario, Paul Bérenger a déjà trois options en tête. Il les a mentionnées dans l’interview qu’il a accordée à l’express lundi et qui a été publiée dans notre édition d’hier. Il devra se contenter d’être vice-Premier ministre pendant tout un mandat ou d’occuper le poste suprême si le leader rouge décide de se retirer au Réduit, ce qui est peu envisageable.

La troisième option du leader du MMM fera certainement tiquer les partisans rouges et mauves : un accord à l’israélienne, comme il l’avait négocié avec sir Anerood Jugnauth en 2000. Mais au lieu d’un partage de trois ans et de deux ans, Paul Bérenger coupe la poire en deux : 30 mois de prime ministership chacun.

Reste à connaître la position de Navin Ramgoolam sur ce point. Il laisse parler Paul Bérenger et quand il se décide à en faire de même, son discours est souvent nettement différent de son voisin de River Walk. Avec l’âge, les deux hommes devraient cohabiter sans heurts, ce qui sera le mandat le plus surprenant à suivre durant les prochains cinq ans.

L’opposition guettera la moindre animosité au sommet de l’État, Navin Ramgoolam et Paul Bérenger ayant des personnalités foncièrement opposées. Alors que l’un préfère laisser le temps faire son œuvre, l’autre veut avancer plus vite que son ombre, ce qui provoquera des étincelles.

Leader de l’opposition :

C’est le «worst case scenario», les derniers jours avant les élections étant décisifs. Navin Ramgoolam devra alors reprendre son bâton de pèlerin en usant de tout le charme qu’on lui connaît pour mieux affronter les élections de 2019.

Il devra alors faire le ménage au sein du PTr et repenser toute sa stratégie. Des conseillers décamperont vite fait. C’est dans l’adversité qu’il reconnaîtra ses amis authentiques et ses vrais alliés. La vieille garde rouge devrait alors se réunir derrière lui pour donner un nouveau souffle au parti.

Navin Ramgoolam dans l’opposition voudra dire qu’il sera en concurrence avec Paul Bérenger. Et si les deux mordent la poussière, c’est le MMM qui est donné favori pour avoir la majorité de l’autre côté de l’hémicycle, le PTr étant perçu comme celui qui perdra le plus de voix en milieu rural au profit du MSM.

Le Premier ministre sortant sera tout de même un digne successeur à Paul Bérenger. Grâce aux conseils avisés d’un Rama Sithanen et d’un Milan Meetarbhan, il donnera assurément des sueurs froides à un éventuel gouvernement de l’alliance Lepep.

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