Rajesh Bhagwan: «Pourquoi j’irai me suicider? J’aime la vie!»

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Le secrétaire général du MMM, Rajesh Bhagwan, a rangé sa bouteille de Lysol. Désormais, il carbure au rasson, tient «un pavillon rouge dans la main» et tire son chapeau à son «très bon ami» Navin Ramgoolam. Interview je-ravale-tout.

Après huit campagnes législatives, quelle est la partie la plus musclée de votre anatomie... à part la langue?

(La voix cassée) Mon cerveau. J’ai un cerveau qui fonctionne à cent mille à l’heure, je suis vif d’esprit.

Quand je vous ai sollicité, vous m’avez précisé: «Je veux éviter les controverses.» Que vouliez-vous dire exactement?

(Sourire malicieux) Je suis secrétaire général du MMM, nous sommes en alliance avec le Parti travailliste. Nos deux partis, dans le passé, se sont combattus. Je ne veux pas, à la veille des élections générales, regarder dans le rétroviseur. Seul l’avenir m’intéresse.

J’ai compris: vous revendiquez le droit à l’amnésie !

Vous n’avez rien compris du tout.

Expliquez-moi...

Navin Ramgoolam, j’ai une longue relation personnelle avec lui...

Ah ça, vous ne l’avez pas loupé ces 17 dernières années.

C’était politique. Ramgoolam et moi, on se côtoie depuis 1991. J’ai été ministre de son gouvernement à deux reprises, de 1995 à 1997. Mon frère Dilip et lui sont d’excellents amis... (on coupe)


Cela ne vous fait pas bizarre de devoir adorer celui que vous avez haï ?

Je n’ai jamais eu de haine envers le Premier ministre.

C’était un jeu ? Du coup, que vaut votre parole ?

Eoula ! Navin Ramgoolam était invité au mariage de ma fille, il est venu. En politique, il n’y a pas d’ennemis, seulement des adversaires.


Le bulldozer serait-il devenu une trottinette ?

Une trottinette ? Moi ?! Venez sur le terrain, vous allez voir si je suis une trottinette. Vous savez qui m’a donné ce surnom de «bulldozer»? Peu de gens savent que c’est Navin Ramgoolam. C’était en 1995 sur les marches du Plaza, après la victoire de Bérenger sur de l’Estrac. Ramgoolam s’est approché: «Ala bildozer!» C’est parti de là, je n’invente rien.

Et le jour où vous êtes devenu fou, vous vous en rappelez ?

Moi, fou ?

«Il faut être fou pour faire de la politique avec Navin Ramgoolam», c’est ce que vous disiez l’an dernier.

Politik sa ! J’ai dit ça dans un contexte particulier.

Ça, et le reste. Regrettez-vous d’avoir été aussi féroce avec le Premier ministre ?

(Énervé) Je ne regrette rien, mo pa ti enn depite gounga. J’assumais mes responsabilités de parlementaire de l’opposition pour lesquelles j’étais payé. J’ai été brutal avec Ramgoolam mais aujourd’hui, j’ai un pavillon rouge dans la main et les travaillistes ont un pavillon mauve. Nous sommes d’accord sur un programme de gouvernement, c’est ce qui est important. Vous, vous voyez le passé ; moi, je vois l’avenir. Ramgoolam aussi voit l’avenir, parce qu’il veut durer. Il a un produit à vendre, comme nous. C’est compliqué pour lui aussi, «Berenzer blan», «indou pe perdi pouvwar»... Enfin, l’essentiel, c’est que nous serons au gouvernement.

En fait, qui est M. Ramgoolam pour vous ?

Un très bon ami.

Pourquoi faites-vous tout cela ?

(Sourire malicieux) Parce que je suis un tacticien. Et parce que mon objectif est l’hôtel du gouvernement, pour mes militants.

Au risque de vous perdre en chemin ?

Me perdre, moi ? Je suis le même Bhagwan, celui dont le père est arrivé du Gujarat en bateau à 14 ans. Celui qui allait à l’école pieds nus, qui s’apprête à faire un huitième mandat dans la même circonscription, qui vit dans la même maison, qui n’a pas de compte d’épargne. Mon épargne est là (il montre une photo de ses trois enfants). Ma vie, c’est ma famille, ma circonscription et la rue La Poudrière. Sans le MMM, je ne suis rien.

En pactisant avec ceux qu’il a diabolisé, le MMM n’a-t-il pas dangereusement brouillé son image ?

Non. Il y a eu, comment dire... une certaine incompréhension. Lorsque l’on a fait cette alliance, des militants ont mal compris l’objectif. Et l’objectif, c’est quoi ? Être au gouvernement avec Paul Bérenger comme Premier ministre.

Le pouvoir à tout prix ?

Nous avons une dette envers nos militants. Qu’attendent-ils de nous? Ils veulent respirer, progresser, vivre dans une île Maurice meilleure. Nos militants ont souffert durant toutes ces années... (il s’interrompt et soupèse chaque mot). Ils ont souffert d’avoir été tenus à l’écart du pouvoir. Comment améliorer la qualité de vie de vos partisans? Il faut être au pouvoir, d’où cette alliance. Nous sommes passés par des moments difficiles après la cassure du Remake. Mais là, à l’heure où je vous parle, les militants bouillonnent à nouveau, l’espoir renaît. Cet espoir, nous n’avons pas le droit de le décevoir. Les militants attendent Bérenger et Bhagwan au tournant, j’en ai parfaitement conscience.

Que dites-vous aux militants pour qui la réconciliation Bérenger-Ramgoolam sonne faux ?

Je leur dis qu’ils se trompent. Ramgoolam et Bérenger ont toujours eu un respect mutuel. Combien de militants ont cru à un partage des tickets, 30-30? Combien ont cru que 12 ministres travaillistes seraient écartés du prochain gouvernement? Moi, je dis chapeau à Navin Ramgoolam! Lin bez 12 minis deor, pa fasil sa! Même son ancien chief whip n’a pas eu d’investiture.

Cela suffit-il au bonheur des militants ?

Personne ne connaît le feeling des militants aussi bien que moi et je vous garantis qu’ils nous soutiennent à 99%. Parce que dans quelques jours, Bérenger, Ganoo et Bhagwan, les trois porte-flambeaux de ce grand parti, seront au gouvernement. En passant, je dis un grand merci à M. Dulthumun pour son aide. En tapant sur nous, il a remobilisé les militants. Ce sérum nous a fait un bien fou.

Cette alliance serait donc un havre de paix et pas un panier de crabe?

(Énervé) Vous m’offensez ! Vous n’avez pas le droit de nous traiter de panier de crabe, mo pas dakor.

Tout doux, je vous pose une question...

Nous sommes une somme d’individus, des hommes et des femmes, chacun a ses qualités, ses couleurs, ses traditions, son mode de fonctionnement. L’important, à la fin, c’est la victoire et elle nous tend les bras. Contrairement à ce que j’entends, la jeunesse ira voter en masse. Je ne dis pas ça en l’air, je le sens, je connais ma circonscription. Jamais je n’ai vu autant de jeunes mobilisés et enthousiastes. Pour la première fois, ma fille m’a accompagné au Nomination Day. J’étais le plus heureux des pères.

Et si une partie de votre électorat ne vous pardonnait pas cette alliance?

Ce n’est pas le cas. Prenons le militant de base: moi-même. Évidemment que j’aurais aimé voir le MMM, seul, un jour, au gouvernement. Mais l’île Maurice est un pays complexe, croyez-en mon expérience de vieux renard.

Le vieux renard a des nouvelles du programme électoral ? (L’entretien a été réalisé mercredi ; NdlR)

Atan so ler, sef.

Après les élections c’est trop tard, vous êtes au courant ?

(Furieux) Il y a écrit couillon sur mon front ? Non, je vous pose la question, est-ce qu’il y a écrit couillon dessus ? Tout entraîneur a une stratégie... (on coupe)

L’absence de propositions écrites, c’est stratégique ?

Eoula ! Des gens sérieux ont travaillé sur le programme, Obeegadoo, Jayen Cuttaree, Rama Sithanen, Pradeep Jeeah, Nita Deerpasing, entre autres. Ce sont des gens d’expérience. Le Nomination Day c’était lundi, la campagne commence à peine (NdlR, l’entretien a été réalisé mercredi). Pa per, nou program pe vini.

Et vous, qui vous fait peur dans cette campagne ?

Mo pa per, mo enn fighter.

Même pas Anerood Jugnauth ?

Peur d’Anerood Jugnauth ? Moi ? Vous avez vu sa tête ces jours-ci ? Il est catastrophé parce qu’il sait que ni lui ni son fils ne seront élus.

Comment envisagez-vous l’après-élection ?

Faire alliance avec Ramgoolam, c’est faire alliance avec ses qualités et ses défauts. Une fois au gouvernement, nous ne serons pas forcément d’accord sur tout et c’est bien normal. C’est ce que j’explique aux militants.

Le chemin vers la IIe République sera long et semé d’embûches. S’il y en a trop, quel est le plan B?

Nous n’avons pas de plan B parce que la IIe République passera.

Jusqu’aux présidentielles, quel sera le rôle de Paul Bérenger ?

Li pou enn Prime minister in waiting. Très vite après les élections générales, nous basculerons dans la campagne pour les présidentielles.

Des opposants à la IIe République ont promis de contester devant les tribunaux le recours à l’article 47.2 de la Constitution. Et vous me dites qu’il n’y a pas de plan B ?

Cette histoire de référendum ne tient pas la route. On a vérifié, contre-vérifié et revérifié: une victoire de 60-0 équivaut à un référendum.

C’est votre stratégie ?

Vous croyez quoi, que l’on n’a pas anticipé ? On a pris nos précautions, on a consulté des experts à l’étranger. Notre conclusion, c’est que la IIe République passera sans problème, parce que la majorité des trois quarts suffira.

Ça, c’est que dit l’article 47.2, sur lequel MM. Gulbul ou Bizlall ont juré de vous attaquer...

Vous me fatiguez, là.

Vous m’en voyez chagriné. Une petite sieste et on reprend ?

Eoula ! Ou enn boug minant ou ! Il faudrait que je vous donne tous les détails, là ?

Le diable se niche dans les détails, M. Bhagwan.

Venez dans nos meetings, nos conférences de presse, on vous expliquera tout...

Jack Bizlall, dont vous louez souvent les qualités, disait ceci dimanche dernier: «Paul Bérenger est en perdition et n’a personne pour le lui dire. Même Bhagwan se tait.» Vous en pensez quoi ?

C’est faux. Mon bon camarade Bizlall n’assiste pas à nos réunions. Souvent, au cours d’une discussion, Paul Bérenger change d’opinion.

Oui, ça on est au courant...

(Il ne relève pas) Jack Bizlall a tout mon respect en tant qu’homme. Il a été mon négociateur, c’est grâce à lui que j’ai obtenu une promotion au CEB. Politiquement, on est sur une ligne différente, nous sommes d’ailleurs adversaire au n°20. Je ne partage pas son analyse sur la IIe République mais si un jour je suis Premier ministre, je le nommerai responsable de l’ICAC ou du Serious Fraud Office.

Il sera ravi de l’apprendre. Sinon, le Lysol ça a quel goût ?

(Silence) Le goût de la popularité. Grâce à l’alliance Lepep et à son disque rayé, je suis devenu une star ! (Rire) Naaan... Pourquoi j’irai me suicider ? J’aime la vie ! J’ai pris un bon rasson à la place. C’est du folklore, tout ça...

Pourquoi M. Li Kwong Wing a-t-il été suicidé ?

On lui a proposé un poste dans son domaine de compétence, après les élections. Il a accepté.

Quel poste ?

Ce n’est pas à moi de vous le dire.

Dernière petite chose : où en est votre demande de «commission d’enquête sur toutes les activités financières de Nandanee Soornack» ?

(Silence) En 31 ans de vie parlementaire, j’en ai dit des choses vous savez... y compris sur vous.

Des choses que vous regrettez ?

Je ne regrette rien, je n’efface rien. Simplement, je vois l’avenir avec d’autres acteurs, d’autres actrices et un nouveau scénario.

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