Mauritius Broadcasting Contradictions

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La MBC peut-elle émettre une opinion politique qui ne soit pas partisane ? Pour l’alliance Lepep, la réponse est clairement non. C’est pour cette raison qu’elle a décidé de chasser les journalistes de la station. Mais que dit la loi à ce propos ?

Voilà un refus qui a mobilisé beaucoup de temps d’antenne. Les candidats de l’alliance Lepep ont  explicitement demandé à des journalistes de la télévision nationale d’évacuer réunions nocturnes et congrès. Même le directeur général de la station, Dan Callikan, est venu s’en indigner, en prime time, lors du bulletin de 19 h 30. Mais quelles sont les contraintes légales imposées à la station par la Mauritius Broadcasting Corporation Act ?

«Il n’y en a pas», lâche d’emblée Bijaye Madhou, ancien directeur général de la station, d’abord en 1995 et 1996, puis de 2005 à 2009, quand il démissionne du poste. «Tout est dans l’application. Il ne faut jamais interpréter les choses de façon littérale. La MBC n’évolue pas dans un vacuum.»

L’ancien responsable condamne ceux qui «empêchent les journalistes de faire leur métier» et va même jusqu’à affirmer que «la MBC peut émettre une opinion politique qui ne soit pas partisane». Comment réaliser ce koustik ? Bijaye Madhou cite l’exemple des paroisses catholiques qui ont invité les candidats de différents bords à s’exprimer lors d’une rencontre. De la même manière, «la MBC n’appartient pas à un parti politique. Elle fait partie de toute la gamme des médias. Il faut jouer selon les règles, mais chaque parti veut que la MBC joue selon ses règles».

L’ancien directeur général précise toutefois que «la MBC n’est pas là pour faire le travail de l’opposition». Les membres du conseil d’administration et le directeur général sont nommés par le ministre de tutelle. En période électorale, le temps d’antenne alloué aux différents partis «est calculé par des experts-comptables, à la seconde près».

Cela dit, selon les termes de la MBC Act, la station de radio télévision nationale doit observer «la neutralité et l’impartialité sur les affaires courantes, la politique  gouvernementale, les sujets polémiques liés à la culture, la politique, la religion et tout autre sujet en dehors de la télévision».

Autre clause sur laquelle Bijaye Madhou attire l’attention : celle qui permet au Premier ministre de «donner des directives à la MBC pour des raisons de sécurité nationale». Il s’agit là de la clause 27 qui porte sur les pouvoirs en situation d’urgence. Un contrôle qui, stipule la loi, passe par une publication dans la Government Gazette.

Pour sa part, une autre source, qui a elle aussi bien connu les couloirs de la MBC, souligne une « contradiction entre l’Independent Broadcasting Authority Act (2000) et la MBC Act». La première, après une exemption de dix ans, s’applique aussi maintenant à la station de Moka. Au second schedule, à la section comment, on peut lire : «Broadcasting licensees shall be entitled to comment on and criticize events of public importance.»

Tout en notant qu’à la station nationale, on a tendance à s’abriter derrière la MBC Act, en «oubliant» l’IBA Act, notre interlocuteur est d’avis que «si à la MBC, on séparait l’information de l’opinion, alors ce serait possible d’en émettre une. Mais ils ne le font pas. Pourtant, ce qui est valable pour le secteur privé l’est aussi pour le service public».

À la question «délicate» du respect de l’équilibre, notre interlocuteur rappelle le temps où le Mouvement militant mauricien était «un nouveau parti sans siège mais avec un poids dans la population. Tout relève des décisions éditoriales. On ne peut pas rester dans l’institutionnel sans prendre en compte ce qui se passe sur le terrain».

Il allègue qu’«il arrive qu’à la MBC, on estime que certains dans la presse écrite  s’acharnent contre le pouvoir en place. Donc la MBC va contrer cela mais parfois, cela va trop loin. À la MBC, on se salit non seulement les mains mais aussi les manches». Comme lors des dernières élections générales, quand la MBC avait diffusé des dérapages verbaux enregistrés lors de meetings.

«Ils vont capitaliser dessus. Et cela peut faire basculer une élection. Est-ce que la MBC aurait pu donner des garanties aux partis ?» s’interroge notre source.

Celle-ci signale tout de même qu’il «faut un peu d’audace pour critiquer la MBC devant le Premier ministre», comme l’a fait Paul Bérenger jeudi soir à La Caverne. Le leader des mauves avait affirmé que «MBC pa pou sanze vreman tan ki Dan Callikan ankor la». Et que la performance de celle-ci n’est «pas encore satisfaisante».

Selven Naidu, ancien responsable de la production à la MBC et ancien directeur de la Mauritius Films Development Corporation, ne manque pas de relever l’ironie de la situation. «Quand la MBC décide de ne pas couvrir un événement, là c’est ok, elle est dans son droit. Quand quelqu’un d’autre ne veut pas qu’elle couvre un événement, là cela ne va plus…»

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