Penny Hack: «Il y aura toujours des opportunités dans l’offshore en Inde»

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Avocat d'affaires et observateur économique, Penny Hack s'exprime sur des promesses électorales comme la pension de vieillesse à Rs 5 000, le projet de IIe République ou encore sur ce que devraient être les priorités économiques de la majorité électorale issue des prochaines élections générales.

Entre l’augmentation de la pension de vieillesse à Rs 5 000 et la création de 15 000 emplois par an, les promesses électorales font rêver la population. Quelle appréciation faites-vous de ces promesses ?

Ces promesses font partie du jeu électoral. Il ne faut certainement pas y croire, du moins pas à la lettre. Cela dit, elles nous aident à entrevoir l’âme et le raisonnement de chaque parti politique.

Il est possible d’augmenter la pension de vieillesse à Rs 5 000, mais il est très difficile de créer 12 000 à 15 000 emplois du jour au lendemain. Il va de soi que les Rs 5 000 retourneront dans l’économie chaque mois, mais les Rs 30 milliards d’un réseau de métro léger quitteront l’île à jamais.

Comment va-t-on remettre l’économie sur les rails et comment faire pour créer plus de richesse à partager ? C’est ça la vraie promesse.

Quelles devraient être les priorités économiques de la majorité électorale issue des prochaines élections générales ?

La crise de 2007-2008 a complètement changé l’architecture de l’économie mondiale. La priorité devrait être de trouver un nouveau modèle adapté au contexte local. Les signes sont visibles aujourd’hui et montrent clairement que nous nous dirigeons vers une autre crise.

Le tableau de bord économique est loin d’être reluisant: une hausse de l’endettement, une économie en panne, l’épargne en chute libre, des importations qui dépassent largement nos exportations, une dette nationale qui est devenue alarmante et des investisseurs étrangers qui se font rares. Le miracle économique est que nous nous tenions toujours sur nos pieds.

Comment faire pour renverser la vapeur ?

Il faut d’abord promouvoir l’innovation et privilégier les compétences. On peut d’ailleurs commencer avec les prochaines nominations dans tous nos corps parapublics et les ministères.

Ensuite, il faut réduire l’écart entre les riches et les pauvres et mettre fin à l’appauvrissement de la classe moyenne. Pas moins de 90 % de la richesse à Maurice se trouvent entre 2 % ou 3 % des sociétés commerciales. Le gros de leurs bénéfices est investi à l’étranger et cela depuis des décennies. Si on pouvait les encourager, avec tact et intelligence, à rapatrier cet argent à Maurice, on arrivera à résoudre une partie du problème.

Il faut parallèlement, au plus vite, éradiquer la pauvreté en ciblant les 30 000 familles les plus touchées. Enfin, il faut aussi revisiter toutes les lois régissant le secteur financier et économique pour les réadapter au contexte mondial post-2008.

Le projet de partage des pouvoirs proposé par le PTr-MMM entre le prochain locataire de la «State House» et celui du Bâtiment du Trésor fait toujours débat. Estimez-vous, comme certains analystes, que ce projet de IIe République est une source d’instabilité pour le pays ?

Il semblerait que l’alliance PTr-MMM envisage un système semi-présidentiel pour leur IIe République. Un président, chef d’État élu au suffrage universel, aux côtés d’un Premier ministre, chef de gouvernement, et un cabinet des ministres. La stabilité ne dépend pas exclusivement du système de gouvernance ; elle dépend aussi d’autres facteurs relevant de la classe dirigeante, de la population ou encore du système économique.

Nous avons suivi depuis quelques mois les dirigeants mauve et rouge soufflant le chaud et le froid avant la création de l’alliance PTr-MMM. Nous avons constaté leur comportement pendant ce début de campagne. En cas de victoire, je pense que leur cohabitation ne serait pas si différente.

Revenons au «Global Business». Avec l’incertitude liée au traité fiscal entre l’Inde et Maurice, doit-on comprendre qu’il faut faire une croix sur l’Inde par rapport à nos opérations offshore avec ce pays ?

Il était grand temps que l’industrie accepte cette incertitude et commence à prendre des mesures. Cela dit, il y aura toujours des opportunités en Inde pour le secteur, mais pas comme avant. Tout est maintenant une question d’infrastructure, de compétence et de compétitivité. Nous pouvons nous diversifier, nous tourner vers d’autres continents ou courtiser des partenaires stratégiques autant que nous le voulons, mais si nous n’arrivons pas à réunir ces trois éléments, autant changer de secteur.

Estimez-vous que ce sous-secteur des services financiers a suffisamment de muscles pour rebondir ?

Le problème n’est pas la capacité du secteur à rebondir, mais plutôt la rigidité des autorités et du régulateur. Ces derniers ont ligoté les mains et les pieds des opérateurs. Dans le cas présent, il est impossible de faire preuve d’élasticité pour pouvoir rebondir. Du coup, notre compétitivité se meurt à petite flamme. Il y a une grande incompréhension de l’industrie et de son aspect commercial. Ce vide semble avoir été comblé par une méfiance presque paranoïaque du régulateur.

Dans ce monde post-2008, nous avons besoin d’un modèle adapté à Maurice et à l’Afrique, avec un changement radical des attitudes du régulateur. Notre niveau de «ease of doing business» ne suffit pas.

Comment analysez-vous le «mood» des affaires dans le pays ?

Il faut toujours rester optimiste, mais en cette période d’élections, il y a un «wait and see attitude». On voit cela non seulement chez les opérateurs, mais aussi chez les investisseurs. Je suis convaincu que nous pouvons faire de grandes choses, surtout en Afrique, mais il nous faut donner des indications et un sens de direction.

La prolifération des maisons de jeux est critiquée. En tant qu’ex-Chairman de la «Gambling Regulatory Authority», est-ce que ce fléau social vous interpelle ?

Il faut comprendre que l’endettement actuel a été causé par plusieurs facteurs, dont l’appauvrissement du citoyen, qu’il joue ou pas. Un joueur est automatiquement poussé vers le jeu quand il est à court d’argent. Nous pouvons avoir un contrôle sur le jeu à travers des maisons de jeux qui sont régulées par la Gambling Regulatory Authority afin de minimiser son influence négative sur la société, y compris l’endettement. Malheureusement, cette autorité n’a pas les moyens de réguler le secteur convenablement. Elle est victime, comme tous nos corps parapublics, des nominations de fonctionnaires et de petits copains qui ne sont, hélas, pas toujours à la hauteur.

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