Catastrophes: cerner les coûts financiers

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Port-Louis lors des inondations du 30 mars 2013. Du jamais vu à Maurice.

Port-Louis lors des inondations du 30 mars 2013. Du jamais vu à Maurice.

Réduire les risques liés aux catastrophes et minimiser l’impact financier des catastrophes sur les économies des pays de la région. Dans le cadre de l’effort global de réduction de risque face aux catastrophes, la Commission de l’océan Indien (COI), grâce à un financement de l’Union européenne, avec l’appui de la Banque mondiale et du Bureau des Nations unies pour la réduction des risques de catastrophes, a mis en place le programme Islands de protection financière contre l’impact des catastrophes futures sur la population et l’économie des pays concernés. La dernière réunion régionale en date s’est tenue du 20 au 22 octobre à Ébène, Maurice. Les acteurs principaux ont pu constater l’avancée du projet qui est actuellement dans sa troisième phase. Les pays concernés sont : les États membres de la COI (hormis La Réunion) et le Zanzibar.

«La réduction de risque est primordiale pour les États insulaires comme les pays membres de la COI, ainsi que le Zanzibar car nous nous trouvons dans une des trois régions les plus affectées de la planète à cause du changement climatique», observe Christophe Legrand, responsable du projet Islands et spécialiste en développement durable.

Le programme de protection financière est l’une des activités qui fait partie du projet global COI / Islands pour la mise en oeuvre de la stratégie de Maurice pour le développement durable de la région. Il fournit aux acteurs du développement les moyens nécessaires pour y parvenir : échanges de bonnes pratiques, partenaires régionaux et internationaux, renforcement des compétences, appui à la mise en place de cadres institutionnels. «Tout cela est développé dans des thématiques liées au développement durable et aussi variées que la protection des récifs coralliens et de leurs écosystèmes associés, la mise en place de mécanismes financiers contre les catastrophes naturelles et climatiques, le changement climatique et la protection des zones côtières ou encore la planification nationale et la gouvernance pour le développement durable», poursuit Christophe Legrand.

Le dernier bilan de la station météorologique de Maurice, daté du 21 octobre, prévoit que la température moyenne de Maurice et de Rodrigues grimpera de plus de 2 degrés, ce qui augmentera le risque de formation cyclonique dans les eaux de la région. De plus, on prévoit un risque élevé d’inondations, voire de crues soudaines. Ce qui nous ramène aux tristes événements du 30 mars 2013. Ce phénomène climatique n’est pas limité à Maurice, mais aussi à tous les pays de la région.

Profil de risque de chaque pays

Selon Philippe Boullé, conseiller technique d’Islands, «dans le passé, toutes les pertes liées aux catastrophes n’entraient pas dans les projections économiques. Elles étaient considérées comme des pertes insignifiantes, des ‘acts of God’que l’on ne pouvait éviter.» Mais les choses ont évolué. Aujourd’hui, les catastrophes causent des pertes économiques importantes. Depuis quelques années, avec le réchauffement climatique, les cyclones et autres aléas sont devenus fréquents. D’où la nécessité de prévoir les risques. «Auparavant, on se penchait sur l’aléa, on attendait l’avènement de la catastrophe pour essayer ensuite d’atténuer les impacts. Mais avec l’avancée de la technologie moderne, nous pouvons anticiper les projections dans le futur, mesurer l’impact des pertes à venir. Le projet Islands vient justement de mettre au point une base de données des pertes économiques durant les 30 dernières années ainsi que la modélisation des profils de risque de chaque pays. Cela afin de savoir ce qui nous attend et pouvoir agir pour réduire ces risques», ajoute Philippe Boullé.

De son côté, le colonel Mamy Razakanaivo de Madagascar, président de la plate-forme régionale Islands pour la protection financière, insiste que ce projet est d’une importance cruciale pour la sécurisation financière des pays à risques de la région. «Ce projet est extrêmement important et capital pour avoir un échange d’expériences dans le cadre du démarrage d’un processus de protection financière. On a déjà relevé un grand défi en mettant sur pied un programme conjoint et en fixant les objectifs à atteindre dans un laps de temps prescrit», soutient-il.

Islands est un programme innovant qui permettra aux gouvernements des pays concernés de prévenir les risques liés aux catastrophes et, ce faisant, l’écroulement économique du pays lors d’une calamité. Islands prônera un modèle de progrès économique où les développements futurs ne seront pas freinés par les aléas. Le programme est en lui-même une boîte à outils sophistiquée. Adapté à chaque pays concerné, il est basé sur le concept de financement des risques et le mécanisme associé de transfert des risques. À ce jour, les deux premières étapes d’Islands ont été enclenchées au cours desquelles les outils nécessaires ont été identifiés, puis mis en place et ajustés. Chacun des cinq territoires insulaires s’est familiarisé et a été formé à leur utilisation. «Ce projet apportera beaucoup de soutien aux pays surtout pour ce qui est des caps financiers. C’est une grande occasion pour Madagascar de montrer son dynamisme et son enthousiasme à travailler sur un projet régional d’une telle envergure», souligne le colonel Mamy Razakanaivo.

La troisième étape du projet, actuellement en cours, a démarré en juin 2014. Elle prévoit l’examen des besoins pour la mise en oeuvre des politiques nationales de financement des risques qui serviront de base à l’étude de faisabilité pour la quatrième phase. Celle-ci sera réalisée par la Banque mondiale durant la période 2015-2017.

Les risques naturels à la loupe

Le Programme régional risques naturels de la COI s’est clôturé le 30 octobre. Les divers acteurs du programme, les pays membres de la COI, l’Agence française de développement, l’Australian Aid, et des cadres de plusieurs autres instances étaient présents pour assister à l’évolution du projet qui entrera bientôt dans sa deuxième phase. Lors de la phase socle, il y a eu plusieurs avancées, notamment en termes de partage de données et de connaissances techniques, ainsi que des formations à la chaîne.

Projet Islands : 4 axes d’intervention

Islands a été soigneusement pensé et élaboré avec le soutien et la collaboration des principales organisations spécialisées dans ce domaine (le Bureau des Nations unies pour la réduction des risques de catastrophes et la Banque mondiale / Global Facility for Disaster Risk Reduction). Conçu comme une boîte à outils pourvue de tous les instruments nécessaires, il comprend les quatre éléments suivants :

1. Une enquête approfondie sur les mesures de protection financière déjà existantes contre les risques de catastrophes dans la région. Cette enquête, menée début 2013, a montré le besoin de nouveaux instruments.

2. Une base de données de pertes économiques avec des informations précises et fiables, ainsi que des profils de risque réalistes établis pour chacun des États membres. Ces données ont été déterminées au moyen de méthodologies modernes les plus utilisées : DESINVINTAR (pour recueillir des données historiques), et CAPRA (pour modéliser les risques futurs).

3. Une approche méthodique de prise de décision par les gouvernements en matière d’allocation de ressources pour le financement de la réduction des risques et le transfert des risques, qui doit être adaptée à chaque pays en fonction de ses profils de risque détaillés.

4. Une étude de faisabilité concernant la possibilité d’établir une structure régionale pour le financement des risques au niveau régional. Cette étude définira également l’environnement nécessaire pour la mise en place d’un tel arrangement.

(Source : Islands / COI)

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