Atma Bumma: «Il y a une part d’humanisme chez le travailliste…»

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Qu’est-ce qui pousse un homme d’affaires qui réussit à s’engager en politique ?

J’ai une longue histoire d’amour et de fidélité avec le Mouvement militant mauricien (MMM). Avant même d’avoir eu l’âge de voter, j’ai été un militant. Je me faisais un devoir d’assister à toutes les réunions du parti. 1983 a été une année particulièrement pénible pour moi. Je me suis posé la question de savoir comment Maurice a pu se diviser en termes de groupes ethniques et de castes. J’ai très mal vécu la défaite du parti.

Je ne suis donc ni un débutant, ni un arriviste. J’ai une passion pour la politique. Je considère qu’il faut avoir des convictions pour transformer la société et améliorer les conditions de vie des citoyens. Que ce soit au niveau économique, culturel et social. Seule la politique peut amener ces changements.

J’ai été un enfant issu d’une famille très modeste. Nul ne peut venir me faire la leçon sur la misère et la privation. On ne pouvait pas manger de la viande, faute d’argent. J’ai quand même eu une enfance heureuse et ma mère continue à travailler dans so karo.

Il y a eu beaucoup de changements promis par le MMM depuis 45 ans. Lesquels comptez-vous réaliser finalement ?

Le MMM n’a sans doute pas été au pouvoir pendant longtemps mais son empreinte dans le développement du pays est indélébile. Certes, il reste encore des choses à accomplir. Telle l’élimination complète des poches de pauvreté.

La pauvreté peut être un cercle vicieux. Un fardeau qu’on transmet de génération en génération. Un logement ne suffit pas. Il faut un suivi. Un encadrement. L’éducation, le travail et les loisirs sont nécessaires pour permettre à une personne de s’en sortir.

La pauvreté ne concerne pas qu’un groupe de personnes. Je crois en la discrimination positive. Même au travail. Si on parvient à alléger la pauvreté en cinq ans, ce sera une grande chose de faite.

Vous y croyez, vous, en «ene sel lepep, ene sel nation» ?

Absolument ! C’est un slogan qui a tout son sens. Nous ne pouvons pas nous permettre de vivre dans un pays où règne un sentiment de division et de suspicion. «Bann la» ou «nou bann» sont des mots qui doivent être proscrits. Nous avons un destin en commun, certains d’entre nous sont de la septième génération d’immigrés. Nous ne pouvons pas continuer à dire que nous sommes Mauriciens que lorsque nous nous retrouvons à l’étranger.

Pourquoi fallait-il alors que Paul Bérenger obtienne la bénédiction du pandit  Sungkur, représentant des «Ravived», pour affronter les élections ?

Je ne crois qu’il a sollicité la bénédiction de qui que ce soit. Paul Bérenger a été invité à une fonction en tant que dirigeant politique. C’est tout.

Comment expliquez-vous le fait que le pandit Sungkur ait donné un mot d’ordre ?

Sa ou bizin demann li.

Vous vous retrouvez quand même comme candidat avec l’étiquette de «Ravived» au n°5, non ?

J’ai été candidat au n°16 aux dernières élections. J’ai failli être élu. À aucun moment – ni dans mes actions, ni dans mes discours et ni dans mes fréquentations – je n’ai eu une approche castéiste. Cela s’applique au n°5.

Si vous vous appeliez Kee Chong Li Kwong Wing, vous ne seriez pas le colistier de Navin Ramgoolam…

Tout le monde parle des réalités sociales et culturelles, on devrait sortir de ce système…

N’est-ce pas aux partis de changer les mentalités ? Comme le MMM a essayé de le faire dans les années 70 ?

Mo pe reponn ou, ou pe ramenn mwa ladan… Je suis en train de vous répondre comme un citoyen et un politicien responsable. Pourquoi me posez-vous des questions qui me ramènent à cet engrenage ?

Pourquoi n’êtes-vous pas candidat au n°3 alors ?

Mon parti a décidé de m’envoyer au n°5. Il faut respecter la décision du parti.

C’est tout ?

(rires)…

Que pensez-vous des castes ? Vous qui êtes père de trois enfants métis ?

Les immigrés indiens sont arrivés à Maurice pour les mêmes fonctions. Je ne comprends pas et je ne veux pas comprendre comment des gens peuvent continuer à perpétuer la mentalité des castes. Aujourd’hui, un jeune ne va pas vérifier à quelle caste appartient une fille lorsqu’il tombe amoureux d’elle. C’est également le cas lorsque vous allez à la boutique. Pourquoi est-ce nécessaire de parler de caste et de communauté lorsqu’il faut aller voter ? Nous devons sortir de ce cloisonnement.

Joli discours… Êtes-vous membre du «Mauritius Arya Ravi Ved Pracharini Sabha» ?

Je suis un libre penseur. Je crois plutôt dans les principes universels de l’Arya Samaj, un mouvement qui oeuvre pour l’avancement de l’humanité depuis le XIXe siècle.

Vous qui êtes un militant de longue date, les rouges et les mauves, ne sont-ils pas de deux cultures différentes ?

Mon père a été un travailliste. Ma famille, mon environnement a été travailliste. Je suis devenu un militant par conviction. Honnêtement, je trouve qu’il y a une part d’humanisme chez le travailliste…

Le MMM doit être froid et calculateur alors ?

Ne dites pas ce que je n’ai pas dit ! Je découvre qu’il y a un côté humain chez le  travailliste qui demande à être connu davantage. Paul Bérenger a toujours dit qu’il a créé le MMM pour reprendre le flambeau du Parti travailliste. Fondamentalement, il y a un lien ombilical entre les deux partis.

Quand Bérenger dit qu’il va nettoyer le pays, n’est-ce pas là une claque au PTr ? Que ce parti n’a rien fait pendant neuf ans et qu’il a plongé le pays dans la corruption.

Pas du tout ! Le Premier ministre a lui-même annoncé la création d’un Serious Fraud Office. Lequel sera dirigé par un étranger. Ça veut dire ce que ça veut dire…

Qu’un Mauricien ne peut pas être assez honnête pour diriger un tel organisme ? Les travaillistes avaient mené campagne contre le MMM sur ce thème en 2005 avec Duff à la prison et Cunningham aux douanes…

On n’a jamais dit qu’il n’y avait pas de Mauriciens honnêtes… Je suppose que l’objectif derrière une telle mesure c’est de favoriser davantage de confiance et de transparence.

Les lièvres levés par Bérenger sur «Betamax» et «Neotown» seront donc sujets à enquête, selon vous ?

Le Premier ministre s’est déjà exprimé. Si les Mauriciens pensent qu’il y a eu maldonne dans l’octroi de ces contrats, ils pourront se tourner vers le Serious Fraud Office.

Vous avez longtemps été directeur de programmes à la MBC. Que faut-il faire pour transformer ce service public ?

Je n’ai jamais craché sur l’assiette qui m’a nourri. Cela ne m’empêche pas de dire que la station de radiotélévision nationale peut fonctionner différemment. La télé ne se résume pas au journal de trente minutes. Beaucoup de progrès ont été accomplis durant ces dernières années.

Avez-vous démissionné de la MBC ou ce sont les travaillistes qui vous ont poussé vers la sortie ?

J’y ai travaillé pendant onze ans. Mon contrat s’est terminé en 2005. Le directeur général de l’époque m’a dit qu’il allait être renouvelé. À mon grand étonnement, cela n’a pas été le cas.

Vous n’avez pas revu Bijaye Madhoo en faisant campagne avec vos nouveaux amis ?

Je l’ai vu au Human Service Trust. Sans plus. Je n’ai aucune amertume envers qui que ce soit. J’ai laissé un bon bilan à la MBC, cela me satisfait.

Quel poste vous a-t-on promis si l’alliance PTr-MMM remporte les élections ?

Il faut poser la question au Premier ministre.

Lequel ?

Le Premier ministre…

Quelles ont été les remarques de vos enfants au sujet du clip «Viré Mam» ?

Zot pann gete… (sourire) Vremem ! Je ne crois pas qu’ils l’aient visionné. Ils ne suivent pas la politique locale. Ils la trouvent folklorique.

 
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