The Giver: À mi-chemin entre Twilight et Hunger Games

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RÉSUMÉ

 
En l’an 2048, toutes les émotions et toutes les mémoires du passé collectif ont été supprimées afin d’éviter tout conflit. Les seuls citoyens autorisés à les conserver sont ceux occupant la fonction de Receveur de Mémoire. Leur rôle consiste à conseiller les Anciens dans leurs décisions concernant la communauté. Alors qu’il reçoit son diplôme de fin d’études, Jonas, 16 ans, apprend qu’il a été désigné comme étant le prochain Receveur de Mémoire. Il devra progressivement recevoir les mémoires d’un précédent Receveur appelé le Donneur. Il apprend ainsi que la fille de ce dernier était elle-même un Receveur et qu’elle a été si traumatisée par les mémoires reçues qu’elle a fini par se suicider. En recevant les mémoires de la communauté, Jonas découvre également les émotions. Il décide de partager en secret ces nouvelles connaissances avec sa meilleure amie Fiona…
 

LA NOTE : 7/10

 
Flop un peu catégorique aux USA, notamment à cause d’une réception critique un peu autiste, The Giver n’a pas trouvé sa place dans le coeur des Américains qui avaient pourtant dévoré Divergente en masse. Les deux films sont thématiquement très proches, issus de succès littéraires patentés pour jeunes adultes, dans le domaine de la science-fiction intelligente qui permet à l’adolescent, dans une phase initiatique, de se positionner en remettant en cause l’ordre social établi.
 
Divergente, oeuvre contemporaine des années 2010, reprend le même point de départ que The Giver, roman de Lois Lowry publié hors de toute mode en 1993, en l’occurrence un cérémonial pour annoncer l’orientation professionnelle et statutaire de l’ado, une fois l’adolescence achevée...
 
L’héroïne jouée par Shailene Woodley ne trouvait finalement sa place dans aucune case, puisqu’elle était «divergente», une rebelle qui cumulait toutes les qualités qui cloisonnait la société dirigée par Kate Winslet. Jonas, le héros de The Giver, lui, n’est pas appelé à livrer une menue tâche lors de la cérémonie d’orientation... Il devient le «receveur de la mémoire collective» dans un monde aseptisé et amnésique, dirigé par la force sage de Meryl Streep. Toutes ses qualités en font un apprenti parfait, qui va toutefois découvrir le vrai visage du monde sous antidépresseur dans lequel il a grandi, grâce à son mentor, joué par Jeff Bridges.
 
Débarrassé des recours insistants à une bande originale tubesque propre aux teen movies depuis Twilight, The Giver semble plus sérieux dans l’écriture que Divergente, sans arriver à la finesse des deux premiers Hunger Games, qui visaient un public identique mais avec une volonté de sensibiliser au chaos et à la révolte de façon assez sombre, en misant sur un suspense brut et sauvage. Le scénario de The Giver, lui, intrigue beaucoup, mais s’égare souvent dans les facilités et les raccourcis, notamment dans la dernière partie, propres aux productions pour jeunes gens, où l’escapade du héros, un bébé dans les bras, a du mal à passer.
 
Le réalisateur Philip Noyce (Le Saint, Salt) n’est peut-être pas un grand nom d’Hollywood, et ici, comme souvent, il ne convainc pas dans la forme. Toutefois, il parvient à éviter les scènes trop niaises pour se concentrer sur l’essentiel du matériau d’origine, la description d’un monde sous Prozac où l’homme ne ressent plus rien, ni haine ni amour. Il est intéressant de voir le parti pris narratif retranscrit par la photographie. L’on passe d’une vision en noir et blanc, qui est celle d’une population aveugle, à une vision couleur pour les regards forts du savoir et de l’enseignement du passé. Le recours à la couleur a d’ailleurs fait grincer les dents des puristes qui imaginaient un film entièrement en noir et blanc, ce qui était commercialement inconcevable pour les frères Weinstein aux commandes de la production.
 
La société décrite dans The Giver semble être d’une certaine manière le fantasme d’un monde sans violence, si cher à nos yeux, mais acquis par l’abnégation des qualités humaines, de l’inné. On arrive finalement aux aberrations et dérives du Meilleur des mondes d’Huxley, avec une vision embryonnaire de l’humain, où l’on doit contrôler dès la naissance l’évolution de l’enfant pour écarter tous les éléments contrevenants. On se défausse ainsi de la violence et du meurtre par une autre forme de brutalité, au moins aussi inacceptable dans son caractère contre-nature et son échelle de systématisation.
 
La réflexion est noble, portée par un casting déterminant. Meryl Streep et Jeff Bridges imposent leur densité de jeu face au casting plus jeune, notamment celui de l’angelot Brenton Thwaites, dont la bouille innocente avait servi de prince charmant dans le récent Maléfique. Le jeune homme au physique un peu frêle répond plutôt bien aux exigences de son rôle. Toutefois, d’aucuns lui reprocheront son manque de présence.
 
Au final, The Giver méritait sûrement l’oeil d’un cinéaste plus pointu que Phillip Noyce qui est un faiseur en fin de carrière. Ses grands films comme Calme blanc, avec Nicole Kidman, commencent à dater (fin des années 80, tout de même). Cela n’enlève rien aux qualités certaines de cette production pour adolescents. Pour son public cible, The Giver saura offrir spectacle bien mené et interrogations constructives sur le monde chaotique où il évolue. The Giver mériterait donc une suite, avec plus de budget et un autre réalisateur derrière la caméra pour approfondir cette thématique passionnante, faute d’être originale. Voeu pieux ? Aux spectateurs de changer la donne.
 
Source : Internet
 
 
FICHE TECHNIQUE
Titre original : The Giver
Genre : science-fiction
Durée : 1 h 37
De Phillip Noyce
Avec : Meryl Streep, Katie Holmes, Jeff Bridges, Taylor Swift, Brenton Thwaites
Salles : Star Caudan, Bagatelle, La Croisette
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