Quand politique rime avec astrologie

Avec le soutien de

Quel est le bloc qui a la plus forte chance de remporter les prochaines élections législatives? Alors que les plus pragmatiques des politiciens font confiance aux sondages et aux échos glanés sur le terrain, ils sont nombreux ceux qui se tournent vers les astrologues, ces jours-ci, afin qu’ils leur prédisent les résultats des urnes.
 
Depuis la nuit des temps, les astrologues ont eu un rôle important à jouer auprès des puissants. Ces derniers n'ont de cesse de vouloir connaître, par exemple, la meilleure date pour couper des rubans ou sur quel pied  faut-il se lever le jour d’une fonction importante. Pour connaître les influences astrales sur leur destin les politiciens mauriciens ne dérogent pas à cette tradition de consulter les astrologues.
 
De sir Seewoosagur Ramgoolam, en passant par sir Anerood Jugnauth et Navin Ramgoolam, à l’exception de Paul Bérenger, les Premiers ministres mauriciens ont tous eu recours à un religieux ayant de vastes connaissances dans l’étude des astres afin de s’assurer que les planètes leur seront favorables pour la prise d’une décision importante, pour finaliser une négociation politique ou pour réaliser un projet dont dépend leur carrière.
 
«Ce n’était un secret pour personne... Chacha allait souvent consulter à Tranquebar», confie un vieux politicien qui a longtemps côtoyé sir Seewoosagur Ramgoolam au sein du Parti travailliste (PTr). Quand sir Anerood Jugnauth lui a succédé après les élections de 1982 et 1983, les choses n’ont guère évolué, glisse notre interlocuteur.
 
Alors que la propension de l’ex-président de la République à se tourner vers les religieux de la Grande péninsule est de notoriété publique, peu savent que le calendrier lunaire hindou a eu son rôle à jouer dans la concrétisation de l’Alliance Lepep. En effet, le Mouvement socialiste militant (MSM) a fait comprendre à ses alliés du Parti mauricien social-démocrate (PMSD) et du Muvman Liberater (ML) que cette alliance ne pouvait être entérinée qu’après le 24 septembre, les dates du calendrier hindou étant peu propices à un projet de cette envergure avant la date précitée.
 
Pourquoi donc ? Du 9 au 24 septembre en effet, les hindous observent le Pitra Paksh, couramment appelé Pitar Pak à Maurice, voire la fête des morts en créole. En fait, c’est une période dédiée à des prières et à des rituels aux ancêtres. Nombreux sont ceux qui attendent le passage de cette période pour s’acheter une voiture, signer un nouveau contrat de travail ou conclure un mariage.
 
Le PMSD et le ML ont donc été forcés de ronger leur frein avant que l’alliance ne soit officialisée samedi dernier. Ce qui pousse ainsi un fidèle lieutenant de sir Anerood Jugnauth à montrer du doigt l’alliance PTr-Mouvement militant mauricien (MMM) dont les gages de l’accord ont été faits durant le Pitra Paksh. Il va même jusqu’à la surnommer «lalians pitar pak», espérant que la frange conservatrice de l’électorat hindou va se distancer de cette coalition pour la poisse – «mofinn» – qu’elle porterait.
 
Les gesticulations de ce dirigeant du parti soleil font rire des membres du PTr. Même s’il est lui-même un adepte de l'astrologie, il n’a cependant jamais vu venir les prédictions d’un prêtre indien officiant dans un temple des basses Plaines-Wilhems fréquenté de manière assidue par deux dirigeants du MMM, en l’occurrence Alan Ganoo et Rajesh Bhagwan.
 
Le religieux avait prédit, à la fin de l’année dernière, que l’alliance recomposée entre le MSM et le MMM sur la base de l’accord MedPoint allait voler en éclats durant le troisième trimestre de 2014. Et qu’en contrepartie, Paul Bérenger allait apporter du sérum à un Navin Ramgoolam en perte de vitesse.
 
À l’époque, mêmes les travaillistes purs et durs avaient eu des doutes quant à un tel scénario. Ils se voyaient déjà battus à plate couture par une alliance lancée à grande vitesse par sir Anerood Jugnauth et Paul Bérenger.
 
Les étoiles ayant été favorables à Navin Ramgoolam, l’on annonce déjà qu’elles le lui rendront bien s’il organise les élections durant la première semaine de décembre, confie- t-on dans son pré carré dans la circonscription no 5. C’est ce qu’il va sans doute annoncer à son retour au pays.
 
Volubile à souhait, Paul Bérenger a déjà confié à son entourage, à la fin de cette semaine, que les Mauriciens seront définitivement appelés aux urnes dans deux mois... Bonne étoile ou pas.
 
Navin Ramgoolam, qui a longtemps vécu en Grande-Bretagne, n’a jamais vraiment eu foi dans l’astrologie hindoue. Esprit scientifique oblige. Les fameuses cordelettes rouges n’ont apparu à ses poignets que peu avant son retour au pouvoir en 2005. Il aurait appris sa leçon après avoir lourdement mordu la poussière en 2000, n’ayant pas consulté un astrologue pour la date des élections...
 
Presque tous les hommes qui l’entourent sont superstitieux. En passant par ses proches collaborateurs aux Casernes centrales. Ou une personne qui lui est proche qui passait son temps à invoquer le ciel après avoir placé des roses devant sa photo. Cette personne aurait également été l’initiatrice d’un sacrifice d’une vingtaine de boucs deux mois avant les élections de 2005.
 
Anil Bachoo aurait aussi fait «l’éducation» de Navin Ramgoolam quant à l’importance de l’astrologie hindoue. L’ancien enseignant est lui-même très croyant et serait en contact permanent avec des astrologues. Il croit dur comme fer dans les astres, d’autant que son père a été guéri lors d’un passage en Inde, indiquent ses proches.
 
Avant Navin Ramgoolam, tous ont en mémoire les multiples bagues aux doigts de sir Anerood Jugnauth. Du temps où il était quasiment affublé du surnom «d’empereur soleil». Véritables talismans, elles lui auraient été offertes par le Sai Baba en personne. Elles devaient lui assurer une protection, surtout après l’attentat raté contre sa personne à la fin des années 80.
 
Bien que sir Anerood Jugnauth ne consulte pas localement, l’un de ses plus fidèles lieutenants est un client assidu d’un prêtre tamoul opérant dans un village du Nord. Il y croise souvent un Senior Minister travailliste qui croit dans les prédictions du religieux. Certains sont tellement accros aux prédictions qu’ils sont quotidiennement en contact avec leur astrologue attitré.
 
«Tout prêtre hindou a une formation dans l’étude des astres. Certains sont mieux éclairés. Tout est décidé en fonction de la lune et des constellations. Quel politicien vient me consulter? Je ne peux rien vous dire, je suis tenu par le secret professionnel. Je peux juste dire qu’au moins 2 100 personnes m’ont consulté depuis 1987», indique le pandit Ved Gopee.
 
D’autres prêtres préfèrent se taire. Quand politique rime avec les astres, mieux vaut ne pas provoquer les puissants.
Publicité
Publicité
Rejoignez la conversation en laissant un commentaire ci-dessous.

Ailleurs sur lexpress.mu

Les plus...

  • Lus
  • Commentés
  pages consultées aujourd'hui Statistiques et options publicitaires