Motos modifiées: à sang à l’heure

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Pots d’échappement, roues, engrenages, filtres à air ou carburateurs sont modifiés pour augmenter les performances des motos.

Pots d’échappement, roues, engrenages, filtres à air ou carburateurs sont modifiés pour augmenter la performance des motos. 

Rapides, puissantes, agressives, mais aussi incontrôlables et mortelles… Les grosses cylindrées ont le vent en poupe et le nombre de rallyes clandestins sur nos routes a considérablement augmenté ces derniers mois, engageant de plus en plus de jeunes qui n’hésitent pas à modifier de petits engins pour mieux combler leur goût du risque…
 
C’est là une passion qui peut pourtant avoir des conséquences dramatiques. Depuis une dizaine de jours, un jeune homme, Nawaz Noordally, 19 ans, est admis à l’hôpital après un accident de motocyclette, survenu lors de ce que la police soupçonne être un rallye illégal.
 
Mais ce n’est pas le danger qui arrêtera les amateurs de vitesse. À Maurice, explique un habitué, ils commencent toujours par les petites cylindrées. Toutefois, les 125cc  (centimètres cubes) ne donnant pas suffisamment «de sensations fortes», elles sont modifiées pour augmenter leur puissance et faire du bruit. Beaucoup de bruit.
 
Malgré le danger lié à la modification des motos, cette pratique gagne du terrain. Il y a plusieurs raisons à cela. D’abord, le manque de moyens des jeunes motocyclistes qui, selon notre interlocuteur, ne paient normalement pas plus de Rs 50 000 pour une motocyclette d’origine chinoise ou japonaise de seconde main. Or, ces petites cylindrées ne dépassent  pas les 100 km/h. À défaut de se payer des motos de 250cc, 600cc, voire 1 000cc, les jeunes optent pour l’ajout ou le remplacement de diverses pièces.
 

Une bête de course

 
Il y a ensuite le facteur  vitesse qui entre en jeu, surtout si l’on veut participer à des courses de rue, toutes clandestines qu’elles soient. Il faut alors une moto performante, note un fan de courses. Quitte à investir jusqu’à Rs 25 000 ou Rs 30 000 pour l’«améliorer». «Pas la peine d’améliorer l’esthétique, c’est la vitesse qui est le plus important», lance un jeune «mordu» habitant les hautes Plaines-Wilhems.
 
Les motos les plus modifiées sont les Honda H100 de seconde main (coûtant entre Rs 28 000 et Rs 40 000), les Honda CG 125, (entre Rs 30 000 et Rs 50 000) et les Haojue 125 (entre Rs 25 000 et Rs 45 000), toujours de seconde main.
 
En moins de deux semaines, une moto ordinaire devient une vraie bête de course. Pour commencer, il faut de la puissance. Pour cela, il faut d’abord augmenter l’apport d’air, soit utiliser le filtre d’air au débit élevé. Par exemple, un filtre à air conique peut accroître l’apport d’air d’environ 50%, mais la consommation de carburant peut également augmenter. Souci vite oublié en réglant le carburateur. «J’ouvre la valve d’arrivée de carburant lors des courses de rue, mais en dehors des courses je la ferme pour économiser de l’essence», affirme le jeune homme, âgé de 24 ans.
 
Certains modifient le carburateur lui-même pour décupler le débit d’essence. Puis les bougies: les motocyclettes possèdent aussi des bougies pour des allumages plus efficients. «Plus de carburant brûlé est égal à plus de poussée.» La sortie d’air (pot d’échappement) doit également être modifiée, surtout si l’on a altéré l’entrée d’air. «Il faut compenser.»
 
Autre changement: l’engrenage principal du moteur, remplacé par une pièce plus grosse de sorte à accroître le nombre de rotations. Normalement, notre interlocuteur l’échange contre celui qui possède deux dents de plus. De cette façon, il y a moins de vibrations à une vitesse basse. Mais le plateau modifié réduit la capacité d’escalade de la moto.
 

Instabilité accrue

 
D’autres changent de «sprocket» (roue à dent) arrière pour plus d’accélération. Le fraisage du cylindre du moteur est aussi amplifié, la capacité passant de 125cc à 150cc. Ajouté à une chaîne plus épaisse et mieux lubrifiée, cela donne plus de vitesse sur une surface plane. Coût des ajouts: Rs 6 500.
 
Viennent ensuite les pneus; un pneu avant plus étroit réduit la friction et améliore les performances d’accélération et de vitesse. Il faut compter Rs 1 500 à Rs 2 500 par roue.
 
Le hic, explique un motard de la police, c’est que ces motocyclettes conçues pour rouler à une vitesse maximale de 100 km/h atteignent plus de 150 km/h avec des pneus d’à peine 15 centimètres de large et un châssis très léger. Résultat: une instabilité accrue et un manque d’équilibre, surtout dans les virages, où les pneus manquent d’adhérence avec le sol. «Les dérapages sont inévitables.»
 
De plus, beaucoup «oublient» d’investir dans un bon système de freinage. Des freins à disques sont très coûteux et on préfère s’en tenir aux originaux conçus pour une moto moins puissante. «C’est à ce moment que les jeunes motocyclistes entrent en collision avec des murs ou atterrissent sur les capots des voitures.» À bon entendeur...
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