Que faut-il attendre de l’alliance PTr-MMM?

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Paul Bérenger et Navin Ramgoolam lors de leur conférence de presse à la Clarisse House, le samedi 6 septembre.

Paul Bérenger et Navin Ramgoolam lors de leur conférence de presse à la Clarisse House, le samedi 6 septembre.

Navin Ramgoolam et Paul Bérenger ont levé en partie le voile hier, samedi 6 septembre, sur l’accord entre leurs deux partis. Mais que faut-il attendre de cette alliance? Divers observateurs et acteurs de la société civile, des médias, du secteur économique, entre autres, livrent leurs impressions.

Liberté d’expression : faut-il craindre un bâillonnement de la presse ?

«Dans n’importe quel pays où le gouvernement a une majorité totale, la liberté d’expression est restreinte», soutient Jack Bizlall. Et ils sont nombreux à penser comme lui qu’un gouvernement PTr-MMM sera une atteinte à la liberté d’expression. Le syndicaliste estime que s’il n’y a pas une opposition crédible au Parlement, toute voix qui s’élèvera contre le gouvernement sera réprimée. «Il est possible que les syndicalistes et la presse rencontrent des problèmes», confie-t-il.

Cette peur est partagée par Lindley Couronne, de l’association DIS MOI (droits humains océan Indien). Il est d’avis qu’un gouvernement fort se croira tout permis: «Nos leaders politiques ont montré qu’aussitôt arrivés au pouvoir, ils prennent la presse pour cible. La preuve, c'est qu'en ce moment même, Navin Ramgoolam critique beaucoup les journaux. La société civile et la presse doivent se serrer les coudes», affirme-t-il.

Même son de cloche du côté de Lindsey Collen, membre de Lalit. Navin Ramgoolam et Paul Bérenger, lance-t-elle, ont déjà montré de quoi ils étaient capables: «Quand ils étaient au pouvoir, ils ont fait des déclarations qui n’étaient pas appropriées. Il y a eu des attaques contre la presse chaque semaine.»

De son côté, l’avocat Ashok Radhakissoon, ancien directeur de l’Independent Broadcasting Authority, n’est pas aussi catégorique. Il préfère attendre le programme de l’alliance PTr-MMM avant de se prononcer. «S’ils indiquent clairement dans leur programme qu’ils feront tout pour des télévisons privées pluralistes avec des informations, ce sera bien pour la démocratie et la liberté d’expression Toutefois, il faudra ensuite que cette promesse soit appliquée. «Le PTr avait apporté la loi pour la création des radios privées, mais c’est le MMM au pouvoir qui a lancé le projet. Cependant, les deux partis ne sont pas allés jusqu’au bout pour libérer complètement les ondes. Le MMM avait promis de privatiser la 3e chaîne télé, mais ne l’a pas fait, alors que le PTr, qui est actuellement au pouvoir, n’a pas encouragé la venue des chaînes privées», constate l’avocat.

Le directeur exécutif de Transparency Mauritius, Rajen Bablee, se demande, lui, si un éventuel gouvernement rouge- mauve introduira un Freedom of Information Act.

Les lobbies sectaires : un mal qui restera ?

Les groupes socioreligieux ont été omniprésents pendant le mandat de Navin Ramgoolam, même si celui-ci déclare qu’il ne se laisse jamais influencer. Sous un gouvernement PTr-MMM, les groupes qui gravitent autour du pouvoir ne disparaîtront pas pour autant. «L’accord électoral entre les deux partis est lui-même basé sur le communalisme. Il suffit de regarder la composition du Front Bench et le partage du pouvoir entre les deux dirigeants du pays», dit Lindsey Collen.

«Sous le gouvernement travailliste, des proches des associations religieuses ont énormément profité. Ils y ont pris goût», enchaîne Jack Bizlall. Malenn Oodiah, lui, croit que ces groupes seront moins puissants auprès d’un gouvernement comprenant le MMM. Sauf si un des deux partenaires s’en sert pour influencer le rapport de forces internes.

Société : perturbations sociales en vue ?

L’historien et observateur politique Jocelyn Chan Low est d’avis qu’un gouvernement rouge-mauve apaisera le climat social. «Actuellement, plus de 40% de l’électorat se sent exclu, étant dans l’opposition. Si les deux plus grands partis s’allient pour gouverner, peu de monde se sentira exclu», explique-t-il.

Toutefois, le syndicaliste Reaz Chuttoo pense que seul le partage équitable des richesses pourra apporter une stabilité sociale au pays. «Même si le MMM et le PTr ont deux façons différentes de gouverner, ils vont privilégier le capitalisme. De plus, pour ne pas froisser l’autre partenaire, ils vont hésiter à apporter de grandes réformes pour le bien-être des travailleurs.» Il craint que l’instabilité sociale ne s’installe sous un gouvernement rouge-mauve car, dit-il, l’absence de réformes contribuera au ralentissement économique qui touchera ceux au bas de l’échelle.

Jack Bizlall partage l’avis de son confrère. Si le fossé entre les riches et les pauvres ne diminue pas, nous allons vers une révolte, pense-t-il. «La situation économique en Europe est mauvaise. Il ne faut pas s’attendre à une reprise à Maurice, donc les plus faibles risquent de souffrir davantage.»

Le respect des droits humains doit être une des priorités du futur gouvernement, estime Lindley Couronne.

Economie : l’optimisme est de mise

«Il faut attendre le programme pour savoir ce qui se passera par la suite.» C’est ce qu’affirme Raj Makoond, le directeur du Joint Economic Council. Des hommes d’affaires et des économistes se disent optimistes, tant qu’un éventuel gouvernement PTr-MMM sache identifier ses priorités. Pour l’industriel François de Grivel, l’incertitude qui règne dans le pays depuis quelque temps est sur le point de disparaître. «Maintenant, nous voyons où nous allons politiquement. Il y aura un peu de stabilité. J’espère que le programme de l’alliance tiendra compte de la relance économique et de la création d’emplois, ce qui sera bénéfique pour le social également», dit-il.

Pour relancer l’économie du pays, le Chief Finance Officer d’IBL, Gaëtan Lan, affirme que «le tourisme, le secteur financier et la construction doivent être des priorités» du futur gouvernement. L’économiste Swadicq Nuthay va encore plus loin. Il propose que l’alliance PTr-MMM apporte «beaucoup de réformes structurelles, institutionnelles, sociales et économiques. Il faut revoir l’État-providence par exemple, et la gestion des fonds de pension des organismes para-étatiques. Nous attendons de grandes décisions».

Politique : une aubaine pour les petits partis

Un gouvernement PTr-MMM n’éliminera pas les «petits» partis. Du moins, c’est l’avis des observateurs. Un proche du PTr affirme que le parti de l’opposition qui sera le mieux organisé fera une remontée dans les prochaines années. «C’est ainsi que le MMM est devenu populaire dans les années 70. Ceux qui étaient contre la coalition, à l’époque, se sont ralliés derrière le MMM. Il risque de se passer la même chose: les anti-Ramgoolam et les anti- Bérenger chercheront une alternative

Malenn Oodiah prévoit le même scénario. «Toute crisis of expectations va être exploitée à fond par l’opposition», note-t-il. Il ajoute que les différents blocs, surtout celui incluant le MSM et le PMSD, vont se développer en exploitant le vide laissé par le MMM et le PTr.

Une réforme constitutionnelle pourra aussi être bénéfique aux autres petits partis ayant un faible électorat. Jocelyn Chan Low rappelle que le MMM a commencé les discussions avec le PTr avec comme condition une réforme du système électoral. «Le First Past The Post n’est pas bénéfique aux petits partis. S’il y a vraiment une bonne réforme avec un seuil correct pour avoir des députés au Parlement sous le système de proportionnelle, ce sera bénéfique aux petits partis

Si quelques petits partis devaient disparaître, analyse Malen Oodiah, ce serait en raison d’un manque d’identité idéologique et l’absence d’ancrage dans la population.

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