Affairisme d’Etat: la MPCB a avancé Rs 500 millions à Gooljaury

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Rakesh Gooljaury (3e à partir de la droite) en compagnie de trois ministres lors de l’inauguration d’un magasin au Caudan, il y a quatre ans.

Rakesh Gooljaury (3e à partir de la droite) en compagnie de trois ministres lors de l’inauguration d’un magasin au Caudan, il y a quatre ans.

L’hôtel du gouvernement est sur le qui-vive. Cela fait plusieurs semaines déjà qu’il est en présence de renseignements sur le montant des prêts consentis par la Mauritius Post & Cooperative Bank (MPCB) à Doomeshwarsing Gooljaury, plus connu comme Rakesh, l’ami du Premier ministre, Navin Ramgoolam. Le patron de la société Fashion Style, sise à l’avenue Ibis, au morcellement Sodnac, Quatre-Bornes, se trouve être l’un des plus gros clients de l’établissement bancaire. Durant ces sept dernières années, il aurait obtenu des emprunts totalisant près de Rs 500 millions, ce qui pousse certains, au sommet de l’État, à s’inquiéter pour la bonne santé de cette banque. D’autant plus que les hypothèques de l’habitant de Petit-Verger, St-Pierre, tourneraient autour de Rs 200 millions.

Les informations communiquées à l’hôtel du gouvernement font état d’un prêt de Rs 95 millions pour lequel Rakesh Gooljaury a mis un terrain de 651 m2, situé à Moka, en gage. Et d’un autre prêt de Rs 55 millions pour lequel des terrains situés à Curepipe, L’Agrément, Pamplemousses et Réunion Maurel, de près de 6 000 m2, ont été  hypothéqués.

Sollicité hier soir pour un commentaire, Rakesh Gooljaury a préféré nous raccrocher au nez. Il n’a pas non plus répondu à notre SMS. Cependant, quelques dizaines de minutes plus tard, c’est un expert en communication qui nous a contactés au nom de Fashion Style. Malgré une discussion à bâtons rompus avec celui-ci, Rakesh Gooljaury n’a pas jugé utile de s’étendre sur ces prêts.

Les prêts faramineux de la MPCB ont déjà placé Rakesh Gooljaury dans une situation délicate. En 2006, il a fait l’objet d’une enquête de la commission anticorruption pour les Rs 100 millions qu’il a obtenues dans le cadre du financement du magasin Hugo Boss, à Belle-Mare. C’est la Financial Intelligence Unit qui avait alerté l’institution de Marine Road sur cette transaction, surtout à cause des origines modestes de Rakesh Gooljaury. Né le 23 septembre 1973, il a grandi dans une famille de quatre enfants. Il a commencé par vendre des dholl-puri et des merveilles aux côtés de ses parents, avant de se lancer dans le textile, en commercialisant de faux produits Polo Ralph Lauren. L’enquête de la commission anticorruption n’avait cependant rien donné, Rakesh Gooljaury ayant été jugé clean.

Depuis, il jouissait d’une certaine aura en raison de sa proximité avec Navin Ramgoolam. Surtout après l’incident au campement de ce dernier, à Roches-Noires, en juillet 2011, tout le monde ayant appris que c’est lui qui en gardait les clés. C’est ainsi que plusieurs ministres et autres nominés au sein des corps parapublics ont pris contact avec Rakesh Gooljaury afin qu’il transmette des messages à Navin Ramgoolam. Beaucoup de ces nominés ont été vus chez l’habitant de Petit-Verger.

Entre-temps, l’hôtel du gouvernement a déjà pris les devants pour contrer une éventuelle levée de boucliers de l’opposition face à la révélation du montant des prêts de Rakesh Gooljaury. Il a procédé à un semblant de ménage au sein de la MPCB en fin de semaine dernière. Un autre proche du Premier ministre a été chargé de cette mission. Il a fait «partir» deux hauts cadres de l’établissement, sous prétexte qu’ils ont reçu une meilleure offre chez la concurrence. Cela, bien qu’ils n’aient rien à voir avec l’octroi des prêts à Rakesh Gooljaury.

Dans le cercle du pouvoir, on explique, à voix basse, que ces départs au sein de la MPCB seraient aussi liés au fait que le représentant des marques de vêtements griffés n’était pas dans les petits papiers de Navin Ramgoolam. Une bagarre ayant éclaté entre l’amie de celui-ci, Nandanee Soornack, et Rakesh Gooljaury.

Le conflit aurait porté sur un trou dans les comptes d’Airway Coffee, la société de   l’ancienne vendeuse qui détient le monopole de la restauration à l’aéroport de Plaisance. Conflit exacerbé, il y a 15 jours, avec la publication, par l’express, des clichés du Premier ministre à une fête chez Nandanee Soornack en juin. Soit quelques jours après l’ajournement des travaux de l’Assemblée nationale.

Jusqu’à récemment, dans le cercle intime du Premier ministre et du leader de   l’opposition, des soupçons étaient portés sur Rakesh Gooljaury quant aux photos publiées dans l’express.

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Au cœur de cette affaire sous les feux de l’actualité: des photos. Celles de Navin Ramgoolam dansant avec Nandanee Soornack, une activiste rouge, publiées en Une de l’express durant le week-end du 13 au 14 septembre. Depuis, les réactions se sont succédé. A commencer par la conférence de presse du PTr condamnant le groupe La Sentinelle.

Cette affaire dépasse le cadre d’une simple danse entre un PM et une activiste. Pour mieux en comprendre les implications, voici une compilation des articles publiés. 

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