Le PMO: les contrats à l’aéroport ont été alloués aux plus offrants

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Navin Ramgoolam (au centre), lors de l’inauguration de la nouvelle aérogare de Plaisance.

Navin Ramgoolam (au centre), lors de l’inauguration de la nouvelle aérogare de Plaisance.

Il aura fallu dix jours au Prime Minister’s Office (PMO) pour réagir à nos derniers articles. Et c’est la toute première fois que des détails et explications sont fournis au grand public, la réponse parlementaire de novembre 2013 étant restée dans des généralités. Dans un communiqué émis hier, mardi 26 août en début de soirée, le bâtiment du Trésor nie de manière catégorique qu’il y a eu favoritisme dans l’allocation de contrats aux proches de Navin Ramgoolam à l’aéroport de Plaisance. Plus particulièrement vis-à-vis de Nandanee Soornack et de Rakesh Gooljaury.
 
La réaction du PMO intervient à la suite des articles publiés par l’express, les 16, 17, 18 et 23 août 2014, sur les contrats de location des restaurants et des espaces commerciaux obtenus par Nandanee Soornack et Rakesh Gooljaury. Le communiqué, qui a occupé une large part du journal télévisé de la station nationale, affirme que toutes les procédures d’appel d’offres ont été suivies et que «les contrats ont été adjugés aux meilleurs offrants».
 
Le PMO explique qu’un premier appel d’offres pour la gestion des restaurants a été lancé par Airports of Mauritius Ltd (AML) en mai 2009. Mais, aucune des offres des sept soumissionnaires n’a été jugée recevable, puisqu’il s’agissait de «rehausser la qualité des services» et de «maximiser les recettes d’AML» grâce au versement d’un pourcentage de leurs recettes.
 
Il souligne qu’un nouvel appel d’offres a été lancé en décembre de la même année. Mais il omet de préciser que cet exercice a été mené le 24 décembre et publié dans la presse le lendemain, soit durant une période où la majorité des traiteurs de Maurice sont plus qu’occupés avec leurs clients… On ne sait, pas non plus, à ce stade, dans quels journaux cet appel d’offres a été publié et pour combien de jours.
 
Autre omission du PMO: l’appel d’offres faisait bien comprendre aux soumissionnaires qu’ils devaient avoir «at least five years experience, technical knowhow and capacity to provide first class service» aux voyageurs. Ce qui n’a jamais été le cas de la société dont Nandanee Soornack et son fils Aditish Ashawv Oogarah sont désormais les actionnaires majoritaires.
 

Airway Coffee bénéficiaire du know-how de Salaam Bombay.

 
Airway Coffee s’est donc retrouvée parmi quatre des sept soumissionnaires «shortlisted» bien qu’elle n’ait aucune expérience dans le domaine de la restauration. L’express a d’ailleurs appris qu’elle a donné l’assurance à la direction d’AML qu’elle allait bénéficier du «know-how» du restaurant Salaam Bombay pour la fourniture de ravitaillement divers à l’aéroport.
 
Au final, cette société, incorporée par Rakesh Gooljaury et son épouse Anishtabye Natacha Ruggoo, a été sélectionnée pour ce contrat en janvier 2010 car elle proposait la meilleure offre, soit 28 % de ses recettes annuelles avec un minimum de Rs 1 million par mois à AML. Soit 1 % de plus à l’année et Rs 400 000 de plus par mois que Tropical Times, l’ancienne société gestionnaire de la restauration à l’aéroport, jugée proche du clan Jugnauth.
 
Tropical Times a bien décroché le contrat pour le restaurant externe à l’arrivée. Mais avec l’absence de telles infrastructures à la nouvelle aérogare, cette firme a été forcée de plier bagage… Depuis, ironie du sort, elle a repris la gestion de Salaam Bombay qui était jusque-là assurée par des proches de Siddhartha Hawoldar, l’avocat qui a introduit Rakesh Gooljaury auprès d’Arvin Boolell. Lequel l’avait présenté à Navin Ramgoolam.
 
Ce que les communicants du chef du gouvernement omettent aussi de dire, c’est que le directeur d’AML, Serge Petit, est venu «défendre» Nandanee Soornack en janvier 2013. En soutenant que celle-ci n’était pas actionnaire d’Airway Coffee – il se basait alors sur les documents d’appels d’offres soumis à AML qui ne comportaient que la signature de Rakesh Gooljaury – et que l’exercice avait été effectué parce qu’il y avait des critiques contre la qualité du service de Tropical Times. Comment expliquer, alors, que celle-ci a quand même obtenu le contrat de la cafétéria à l’extérieur du vieil aéroport ?
 
Le PMO justifie également le choix de l’allocation des emplacements à la nouvelle aérogare, dont la construction a été personnellement supervisée par le Premier ministre. «Toutes les compagnies opérant à septembre 2013 dans l’ancien terminal ont été transférées dans les nouvelles installations.» Sans dire davantage sur la situation de monopole qui y a été maintenue.
 
Ce qui est intéressant dans le communiqué du PMO, c’est qu’il confirme l’article de l’express quant au fait que Rakesh Gooljaury a été un proche du clan Jugnauth. Il fait ressortir que sa société, Designer Labels, «était déjà présente comme fournisseur à l’aéroport et cela depuis 2003», soit deux ans avant le retour de Navin Ramgoolam au pouvoir.
 
Le PMO enfonce le clou visà-vis de Rakesh Gooljaury : il révèle qu’AML a accordé, «sans appel d’offres», un espace de 97 m2 à Designer Labels pour la vente de produits Armani, Hugo Boss et Ralph Lauren «18 jours avant les élections générales du 3 juillet 2005».
 
Contacté par l’express hier soir, Rakesh Gooljaury reste sans voix... Pourtant, il a bien voulu écouter notre lecture du communiqué en question, mais a choisi de raccrocher tout juste après. Pour le PMO, son communiqué permettra aux Mauriciens de «faire la différence entre ces faits tels qu’ils sont et une campagne malveillante ne reposant que sur des faussetés et des fabrications».
 
Malheureusement, rien n’est dit pourquoi d’autres prestataires de services n’ont pas été invités à opérer dans une aérogare bien plus grande, ce qui aurait sans doute maximisé les revenus de la filiale d’AML, Airport Terminal Operations Ltd (ATOL). Et pourquoi ces réponses n’ont pas été données à l’Assemblée nationale depuis novembre 2013…
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Au cœur de cette affaire sous les feux de l’actualité: des photos. Celles de Navin Ramgoolam dansant avec Nandanee Soornack, une activiste rouge, publiées en Une de l’express durant le week-end du 13 au 14 septembre. Depuis, les réactions se sont succédé. A commencer par la conférence de presse du PTr condamnant le groupe La Sentinelle.

Cette affaire dépasse le cadre d’une simple danse entre un PM et une activiste. Pour mieux en comprendre les implications, voici une compilation des articles publiés. 

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