Affairisme d'Etat: la galaxie Ramgoolam

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«L’express» a publié, la semaine dernière, des clichés du Premier ministre en compagnie de l’ancienne vendeuse de magasin Nandanee Soornack à une fête privée. Le but était de démontrer le lien ombilical qui unit le monde des affaires à celui de la politique. Nous poursuivons cette entreprise en vous proposant une vue panoramique de la «galaxie Ramgoolam». Amis intimes, à l’instar de Rakesh Gooljaury et Nandanee Soornack, agents et proches collaborateurs figurent, entre autres, sur la liste des courtisans heureux en affaires et privilégiés au détriment des autres citoyens lambda… Zoom sur la situation financière des sociétés concernées, ainsi que celle de leurs principaux actionnaires.

Navin Ramgoolam le pivot

Ceux qui le craignent l’ont affublé du sobriquet de «Boss». D’un naturel avenant, le chef du gouvernement est aussi un chef de clan qui sait protéger les siens. À chaque fois qu’il est coincé au Parlement sur le business de ses amis à l’aéroport, par exemple, il se cache derrière Airport Terminal Operations Ltd (ATOL). En réponse à une question du député du MMM Raffick Sorefan le 17 décembre 2013 sur les contrats alloués à une société de gardiennage privé, il explique qu’il n’a «no ministerial responsibility » sur cette société. Ce qui impliquerait que toute décision liée à la nouvelle aérogare est à mettre sur le dos du Senior Management. Lequel est bien muet à nos sollicitations sur la fermeture de la terrasse dédiée aux proches des voyageurs...

Gooljaury décuple son chiffre d’affaires, mais s’attire les foudres de la MRA

◗Unique actionnaire de Fashion Style Ltd

◗Chiffre d’affaires de Rs 400,8 millions en 2013

◗Actionnaire/directeur de Lubinesholdings, Pride Bridge, Revel in Heaven et Top Gear, compagnies dissoutes

◗Actionnaire de Designer Labels

◗Actionnaire de Jack International Ltd

 

Tout ne sourit pas à l’homme d’affaires Rakesh Gooljaury, malgré la bonne performance de Fashion Style, la compagnie qui est le revendeur agréé de plusieurs marques de vêtements de renom sur le marché local où il est seul actionnaire. Il a à faire face à des démêlés avec la Mauritius Revenue Authority (MRA).

Le 30 avril dernier, la MRA est dûment enregistrée comme créancière de Rakesh Gooljaury avec Rs 2,146,157 à la clé. La MRA lorgne notamment les «movable and immovable properties» aux lots 19 et 23 de l’immeuble Les Sables d’Or à Wolmar, sur une superficie de 1 500 m2. Si les informations sur le cas spécifique sont indisponibles pour l’instant, des sources fiables indiquent qu’il y a deux possibilités: soit les revenus provenant de la location éventuelle de ces deux appartements n’ont pas été déclarés, soit ce sont les revenus d’autres sociétés appartenant au propriétaire qui ne l’ont pas été. Quoi qu’il en soit, Fashion Style a enregistré des revenus records.

En 2013, le chiffre d’affaires était de Rs 401,8 millions, pour des profits de Rs 43,2 millions. En 2012, le chiffre d’affaires était de Rs 513,2 millions avec des profits de Rs 63,2 millions. Ces chiffres représentent un bond étourdissant par rapport à ceux de 2011 où le chiffre d’affaires était de Rs 53,4 millions, soit presque dix fois moins ! Quant aux profits, ils étaient de Rs 17 millions cette année-là, quasiment le quart de ceux de 2012 !

Airway Coffee: Soornack prend le dessus

◗Actionnaire et directrice d’Airway Coffee

◗Actionnaire de Lubinesholding, Pride Bridge, Revel in Heaven et Top Gear Express, compagnies dissoutes

◗Prêt de Rs 90 millions de la SBM en mai 2013

◗Propriétaire d’une maison coloniale sur un terrain de plus de 5 000 m2 à Floréal acheté à Rs 30 millions de Didier Maingard en 2011. Propriétaire d’un appartement au bloc Diplomat Garden, Floréal

 

Le poids moins important de Rakesh Gooljaury dans Airway Coffee, société créée en 2009, remonte au 19 mai 2014, date à laquelle il transfère 150 actions à Aditish Oogarah. Du coup, il se retrouve en minorité face à mère et fils, alors qu’il était en situation de parité avec Nandanee Soornack jusqu’alors et qu’au départ, il en était le plus gros actionnaire.

Nandanee Soornack et Aditish Oogarah possédaient 360 actions chacun et Rakesh Gooljaury 480. Le 15 juin 2011, le fils de la bonne amie du Premier ministre se retire comme directeur et transfère 240 actions à Nandanee Soornack et 120 à Rakesh Gooljaury. Ce qui ramène les deux à parité, avec 600 actions chacun. Avec le transfert effectué cette année, l’homme d’affaires se retrouve désormais avec 450 actions, contre les 600 de Soornack et les 150 de son fils.

Rakesh Gooljaury se retrouve donc avec seulement 37,5 % des actions et doit partager la responsabilité de directeur avec Nandanee Soornack et son fils, ce dernier effectuant son retour en poste le 21 mai dernier. Des sources fiables dans le milieu des affaires laissent entendre qu’il faut s’attendre à un retrait total de l’homme d’affaires de la société.

Au niveau des chiffres, les plus récents sont ceux de 2012, année durant laquelle Airway Coffee affiche un chiffre d’affaires de Rs 97,9 millions. Les profits sont de Rs 22,7 millions. L’année précédente, le chiffre d’affaires était de Rs 90,5 millions et les profits de Rs 25,6 millions, alors qu’en 2010, il était d’un maigre Rs 4,9 millions pour des pertes de Rs 119 630. Il faut croire que la solvabilité de Nandanee Soornack n’est pas remise en question, car le 20 mai 2013, la State Bank of Mauritius lui accorde un prêt de Rs 90 millions.

Jhax Catering: Aditish Oogarah, le fils de Soornack, se positionne

◗Unique Actionnaire de Jhax Catering Co. Ltd

◗Actionnaire et directeur de Nuovo Luna

◗Actionnaire et directeur d’Airway Coffee

◗Actionnaire de Revel in Heaven, compagnie dissoute

◗Acquéreur, avec Nandanee Soornack, d’une maison de Rs 5,5 millions à Réunion, Vacoas.

La restauration est une affaire de famille dans le clan Soornack. Le 5 mai de cette année, Aditish Oogarah lance la toute nouvelle compagnie Jhax Catering Co. Ltd. Il en est le seul actionnaire avec un capital de départ de Rs 10 000, même si l’adresse postale donnée est celle de l’appartement de sa mère à Diplomat Garden, Floréal. Dans le giron politique, on regarde déjà cette toute nouvelle compagnie avec une certaine méfiance : les contrats de catering alloués par les différents services de l’État seront observés de près durant les prochains mois. On souligne notamment le fait que le contrat de trois ans de La Clef des Champs de Jacqueline Dalais pour assurer le service au Parlement expire l’année prochaine. Sera-t-il renouvelé ?

La nébuleuse troublée de Soornack-Gooljaury

Les partenaires en affaires Rakesh Gooljaury et Nandanee Soornack prennent-ils leurs distances l’un de l’autre ? C’est ce qu’indiquent les recoupements d’information faits par l’express. À l’origine, se trouve un transfert de fonds litigieux des caisses d’Airway Coffee, la société de Nandanee Soornack qui a le quasi-monopole de la restauration à l’aéroport. Toutes les compagnies créées avec Rakesh Gooljaury ont également été dissoutes et le rôle de ce dernier dans Airway Coffee considérablement réduit. Puis, il y a les démêlés avec la Mauritius Revenue Authority. De son côté, Nandanee Soornack étend ses ailes de plus belle, notamment à travers une nouvelle société de catering où son fils est l’unique actionnaire.

Quatre compagnies disparaissent

Quatre des compagnies dans lesquelles le duo Soornack-Gooljaury est impliqué sont appelées à disparaître. L’une d’elles est Lubinesholdings Ltd (demande faite le 15 janvier par Rakesh Gooljaury, un des directeurs). Suit également Pride Bridge, filiale de Lubinesholdings, la demande ayant été faite le 20 janvier. Les deux compagnies n’ont jamais démarré.

La troisième compagnie concernée est Revel in Heaven, qui devait vendre des produits alimentaires, créée le 13 septembre 2010. Nandanee Soornack et Rakesh Gooljaury en sont les uniques actionnaires. Le 20 janvier que ce dernier a fait la demande de radiation des registres.

Suit Top Gear Express Car Wash Ltd. La société devait obtenir le contrat de lavage de voiture à l’aéroport. Sauf que le projet n’a finalement pas reçu l’aval d’Airports of Mauritius Ltd (AML). C’est une fois de plus Rakesh Gooljaury qui a fait la demande le 19 janvier 2014.

Les sociétés restantes n’affichent pas une santé financière rassurante. Nuovo Luna, créée en 2008 pour gérer des boutiques touristiques, affichait un chiffre d’affaires de Rs 5,5 millions en 2012, mais les pertes étaient de Rs 1,9 million. Nandanee Soornack et son fils en sont les actionnaires.

Adjex Group of Companies, enregistrée en 2010 comme compagnie d’investissements par Nandanee Soornack, n’a pas encore démarré ses activités. Quant à Dress Up Ltd, où Soornack est également seule actionnaire depuis sa création en 2010, aucun compte n’a été soumis au Registrar of Companies.

Sungkur, Nundlall, Woochit : ceux qui teignent les plages en rouge

Suryadeo Sungkur, Lekhram Nundlall et Jayraj Woochit font beaucoup de jaloux parmi les agents rouges. Les trois, proches du Premier ministre, sont perçus comme faisant partie d’une clique sélecte qui jouit de tous les bénéfices du pouvoir que d’autres aimeraient bien partager également. Leurs permis de développement obtenus sur les plages publiques y sont pour beaucoup…

Lekhram Nundlall, déjà propriétaire, avec d’autres membres de sa famille, de Triolet Bus Service et de Tarisa Resort, a également créé Tirupa Tourism Enterprises en 2007 en vue de construire un nouvel hôtel à Anse La Raie. La permission pour convertir les 13 arpents sur lesquels l’hôtel sera construit, dont une partie sur des terres d’État, a été obtenue en 2010. Outre Lekhram Nundlall, Tirupa compte Chetty Neela Yellapah, Balmookoon Bungsraz et Rajcoomar Baichoo comme actionnaires. Elle n’a pas encore démarré ses opérations.

Lekhram Nundlall est également allé de l’avant avec des travaux pour la délimitation d’un autre hôtel à Mon-Choisy. En 2013, la route côtière de Mon-Choisy avait été déviée pour son établissement. Lekhram Nundlall siège également au conseil d’administration de la Road Development Authority et a été décoré de l’Order of the Star and Key of the Indian Ocean (OSK) en 2007.

Les chiffres de Nundlall Investment Group, l’entreprise familiale, indiquent toutefois une perte de vitesse : entre 2008 et 2010, des profits stables de Rs 1 million étaient enregistrés annuellement, alors que ce chiffre est descendu à Rs 612 028 en 2011 pour s’acheminer vers des pertes de Rs 1 736 en 2012.

Quant à Jayraj Woochit, détenteur d’un bail sur l’îlot Gabriel, il est sur le point de compléter son boathouse sur la plage de Trou-aux-Biches. Ce, malgré les protestations des habitants de la localité. North West Fun Ltd, la compagnie créée en 2013 pour gérer l’affaire,  comprend cinq membres de la famille Woochit comme actionnaires ainsi qu’Indoo Krishna. Leurs activités n’ont pas encore débuté.

Le pandit Sungkur, actionnaire dans une société gérant le Rittum Coffee
sur la plage de Trou-aux-Biches.

Agochar Society, du pandit Sungkur, où quatre Sungkur sont actionnaires, ainsi que Rohit Seeblall et Chandrasen Dusoye, n’affiche pas non plus d’activité depuis sa création en 2012. Pour cause, c’est seulement cette année que Rittum Coffee, également à Trou-aux-Biches, a commencé ses opérations. Le hic, c’est qu’il le fait malgré l’Encroachment Notice servi par le ministère des Terres et du logement il y a plus de quatre mois pour non respect de la superficie définie dans son permis de développement.

LES SATELLITES DE GOOLJAURY ET SOORNACK

Kushal Lobine

◗Actionnaire et directeur d’Easy Change

◗Actionnaire de Lubinesholdings et Pride Bridge, compagnies dissoutes

◗Propriétaire d’un terrain de 1 036,3 m2 à Souillac. Acheté à Rs 1,6 million de N. Ramgoolam en 2010

Si l’investissement de Kushal Lobine dans Lubinesholdings et la filiale Pride Bridge n’a pas été très fructueux, il peut être plus satisfait d’Easy Change, bureau de change créé en 2007. Parmi ses partenaires figurent l’époux de sa soeur, Harish Chundunsing, qui fut actionnaire et directeur jusqu’en 2008 et l’avoué Pazhany Rangasamy, secrétaire jusqu’en 2009. En 2013, Easy Change affiche un chiffre d’affaires de Rs 7,8 millions et des profits de Rs 362 138. En 2012, Rs 10,2 millions et Rs 4 millions et en 2011, Rs 8,1 millions et Rs 3 millions respectivement. Proche du Premier ministre, il est impliqué dans plusieurs sociétés de Nandanee Soornack.

Harish Chundunsing

Ancien journaliste proche des travaillistes, il a été impliqué dans plusieurs des sociétés créées dans l’entourage de Soornack/Gooljaury. Il a été à la tête d’Easy Change avec Kushal Lobine et la femme de Rakesh Gooljaury, Natacha Anishtabye Ruggoo. De même qu’au sein de Lubinesholdings, société où Kushal Lobine et Nandanee Soornack étaient actionnaires. Il est aussi le vice-président Corporate Affairs d’EIH Flight Services, filiale du groupe Oberoi qui a décroché en 2010 le contrat de catering pour les avions d’Air Mauritius et de British Airways. La société affiche des pertes de Rs 112,1 millions pour 2013, malgré un chiffre d’affaires de Rs 179,9 millions. Des frais administratifs de Rs 149,3 millions, entre autres, expliquent cette situation.

Pazhany Rangasamy

L’avoué est proche du cercle intime de ces partenaires en affaires. Il était le secrétaire d’Easy Change jusqu’en 2009. Il était également le président d’AML jusqu’à l’année dernière. Il a fait l’actualité pour ses honoraires reçus des mairies sous l’administration rouge. Il a notamment touché 10 % des Rs 21 millions qu’il a rapportées à la municipalité de Port-Louis. De 2005 à 2012, il a également reçu Rs 2,9 millions pour ses services de Legal Adviser pour la WMA, où Kushal Lobine est le président.

À y voir de plus près, ce sont toujours les mêmes noms qui reviennent parmi les partenaires en affaires de Nandanee Soornack et Rakesh Gooljaury: Kushal Lobine, avocat et président de la Wastewater Management Authority (WMA) et de la State Insurance Company, Harish Chundunsing, ancien journaliste métamorphosé en homme d’affaires proche des rouges et Pazhany Rangasamy, avoué, ancien président d’AML. S’ils n’atteignent pas les sommets du duo principal, ils peuvent difficilement se plaindre.

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Au cœur de cette affaire sous les feux de l’actualité: des photos. Celles de Navin Ramgoolam dansant avec Nandanee Soornack, une activiste rouge, publiées en Une de l’express durant le week-end du 13 au 14 septembre. Depuis, les réactions se sont succédé. A commencer par la conférence de presse du PTr condamnant le groupe La Sentinelle.

Cette affaire dépasse le cadre d’une simple danse entre un PM et une activiste. Pour mieux en comprendre les implications, voici une compilation des articles publiés. 

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