Vol de voitures: du travail d’artiste

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Une voiture démantibulée devant le garage des malfaiteurs au milieu d’un champ de cannes à Dagotière.

Une voiture démantibulée devant le garage des malfaiteurs au milieu d’un champ de canne à Dagotière. 

La Hyundai volée à Ébène mercredi a été retrouvée en pièces détachées jeudi à Dagotière. Le vol de voitures n’a pour objectif que le trafic des pièces. Le business est bien rodé. Et la police connaît bien la tactique. C’est sans doute pour cela qu’elle a été si prompte à mettre la main sur les quatre voleurs qui ont sévi le week-end dernier.
 
Ce réseau de trafiquants est très bien organisé, explique un officier. Ils ne laissent quasiment pas de trace. L’astuce est simple. Les vols se font aussitôt «la commande» passée pour telle ou telle pièce. «Le voleur est contacté et monnaye la voiture de Rs 10 000 à Rs 20 000», avance-t-il. La voiture où la pièce sera trouvée est repérée, ensuite volée, pour se retrouver finalement dans un garage à l’abri des regards.
 
Là, une fois les pièces intéressantes enlevées, le châssis est trafiqué pour que la voiture puisse être revendue. Il est démonté sur les deux extrémités pour être remplacé par un autre provenant d’une voiture endommagée. Il est ensuite maquillé pour ressembler à celle-ci.
 
«Avant les voleurs coupaient seulement le numéro du châssis. Aujourd’hui, c’est différent. C’est plus difficile de se rendre compte qu’une voiture a été retapée. Mais grâce aux nouvelles techniques d’enquête, on arrive à la retrouver», précise la source policière.
 

«Se méfier de ceux à qui on confie ses clés»

 
Selon un garagiste d’un faubourg de Port-Louis, les voleurs ont déjà la carte grise (horse power) d’une voiture en main avant le vol. Lorsqu’ils passent à l’action, c’est le châssis du même modèle qu’ils coupent et remplacent. «Aujourd’hui, la plupart des voitures neuves ont leur numéro de châssis inscrit dans un coin du pare-brise. Là, c’est difficile de le trafiquer», confie-t-il.
 
Mais comment arrivent- ils à emporter la voiture ? Tout conducteur doit se méfier de tous ceux à qui il confie ses clés, mêmes électroniques, dit Reza (nom fictif). Stations-service pour le lavage des voitures ? Concessionnaires de voitures importées ? Sociétés de location de voitures. Il ne doit écarter personne.
 
«Certaines personnes arrivent à faire des copies de la clé électronique», confie-t-il. «Ceux qui louent peuvent faire une copie d’une clé et l’utiliser après. La personne ne va pas savoir qui si elle a loué la voiture à dix personnes», souligne-t-il. Ce dernier affirme que les réseaux sont bien organisés car «les voleurs sont tous bien équipés».
 
Dans le passé, un fameux gang de voleurs de Nissan AK 12 avait fait parler de lui. Il avait deux façons de procéder, raconte un habitant de Quatre-Bornes qui dit avoir connu un mécanicien qui en faisait partie. Certains trafiquants étaient de connivence avec les gens du port.
 

«C’est l’appuie-tête qui m’a permis de reconnaître ma voiture»

 
«Dès que les voitures importées arrivaient, quelqu’un faisait une copie de la clé avec le numéro du véhicule et notait à quelle société elles étaient destinées.» D’autres agissaient avec la complicité d’employés de l’agence.
 
«Lorsque les voitures entraient à l’agence pour l’entretien, quelqu’un là-bas faisait une copie de la clé. Il identifiait les véhicules. C’est lui qui a tous les dossiers du client. Il faisait suivre le véhicule jusqu’à ce que le gang finisse par voler la voiture», confie-t-il.
 
La voiture finissait par être démontée dans un entrepôt à Batterie Cassée pour la vente des pièces de rechange, et le châssis découpé en morceaux pour être revendu à la vieille ferraille.
 
À Port-Louis, Ali (prénom fictif) raconte comment il s’est fait voler sa voiture devant sa porte d’entrée il y a quelques années. Pourtant la voiture était dotée d’un système d’alarme et de verrouillage centralisé.
 
«Neuf personnes se sont occupées de cette voiture. Chacune avait une transaction particulière à faire. La voiture a tellement été modifiée que c’est l’appuie-tête qui m’a permis de la reconnaître lorsqu’elle a été finalement retrouvée dans le Sud, vendue à une autre personne», lance-t-il.
 
Comment écoulent-ils les pièces détachées ? Ils font attention à ne pas les vendre dans les magasins spécialisés à cause des reçus qu’exigent les clients pour chaque achat de pièces. Ils revendent tout simplement au noir ou de bouche-à-oreille. Le propriétaire d’un magasin spécialisé à Port-Louis confirme qu’il a déjà reçu la visite des voleurs pour la vente de pièces de rechange, qu’il a refusées. «Toutes les pièces que je vends sont importées», affirme-t-il.
 
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