Le roi Juan Carlos d'Espagne abdique

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Le roi Juan Carlos va abdiquer au profit de son fils, le prince-héritier Felipe, après avoir passé près de quarante ans sur le trône d'Espagne.

Sa décision, annoncée lundi par le chef du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, répond à des motifs politiques et n'est pas liée à sa santé déclinante, a-t-on précisé dans son entourage.

Agé de 76 ans, le monarque, couronné en novembre 1975, a longtemps bénéficié d'une très forte popularité mais son aura a pâli ces dernières années du fait des affaires frappant la famille royale de même que de son mode de vie peu en phase avec les difficultés économiques subies par la population espagnole.

"Sa Majesté le roi Juan Carlos vient de m'informer de sa volonté de renoncer au trône", a déclaré le président du gouvernement. "Je suis convaincu que c'est le meilleur moment pour un changement", a-t-il ajouté.

La Constitution espagnole ne prévoit pas spécifiquement les règles entourant abdication et succession. Mariano Rajoy a indiqué qu'il réunirait rapidement son gouvernement pour fixer le processus qui mènera au couronnement de Felipe VI.

Au Palais royal, une source a précisé que le roi avait pris sa décision dès janvier. Le président du gouvernement, Mariano Rajoy, et le chef de l'opposition socialiste, Alfredo Perez Rubalcaba, en ont été informés en avril mais l'annonce en a été différée pour ne pas perturber le déroulement des élections européennes du 25 mai dernier.

"C'est une décision politique. Il abdique du fait des nouveaux défis en Espagne parce qu'il pense qu'il est nécessaire de laisser la place à la nouvelle génération", a dit cette source.

Contre les putschistes

Désigné dès juillet 1969 par Francisco Franco, qui veillait sur lui depuis son retour d'exil italien à l'âge de dix ans, Juan Carlos Alfonso Victor Maria de Borbon y Borbon a été couronné le 22 novembre 1975, deux jours après la mort de Franco.

La droite dure espagnole, qui espérait qu'il poursuivrait dans l'autoritarisme de Franco, s'est sentie trahie par sa décision de nommer le réformateur Aldolfo Suarez, mort en mars dernier, au poste de président du gouvernement pour tenter de réconcilier "les deux Espagnes".

Le rôle joué par Juan Carlos lors de la tentative de coup d'Etat menée par des officiers de l'armée le 23 février 1981 a fini de dissiper les interrogations.

"La couronne, symbole de la permanence et de l'unité de la patrie, ne peut tolérer aucun acte, aucune attitude de la part de personnes qui entendent interrompre par la force le processus démocratique", avait-il déclaré dans un discours à la nation retransmis en pleine nuit à la télévision alors que le lieutenant colonel Antonio Tejero, de la Garde civile, et ses hommes retenaient les députés en otage dans l'enceinte des Cortes, le Parlement.

"Si le roi n'avait pas été là ce 23 février, le coup d'Etat militaire aurait triomphé, cela ne fait aucun doute à mes yeux", avait confié en 2001 à Reuters Santiago Carrillo, grande figure du Parti communiste espagnol contraint sous Franco à une quarantaine d'années en exil.

Deux espagnols sur trois favorables à son abdication

Mais la popularité de Juan Carlos a fortement souffert ces dernières années des scandales et affaires de corruption qui ont impliqué des membres de la famille royale.

Sa fille, l'infante Cristina, a été inculpée au début de l'année de fraude fiscale et blanchiment d'argent; son gendre, Inaki Urdangarin, est poursuivi pour des faits présumés de détournement de fonds publics. La justice lui reproche d'avoir détourné 6 millions d'euros par le biais de sa fondation.

L'image personnelle du roi a aussi été sérieusement écornée par sa participation à un safari au Botswana en avril 2012. Ce voyage onéreux en pleine période de crise économique en Espagne n'avait été rendu public qu'en raison d'une chute du monarque, qui s'est alors fracturé une hanche.

Juan Carlos souffre enfin de problèmes de santé, qui le contraignent à se déplacer à l'aide de béquilles, et il a subi cinq opérations en deux ans.

D'après un sondage publié au début de l'année par le quotidien El Mundo, près de deux Espagnols sur trois (62%) se déclaraient favorables à son abdication, contre 45% un an plus tôt.

Mais le monarque, dans son message du 24 décembre, avait une nouvelle fois exclu de renoncer à sa charge. Il avait alors souligné sa volonté de poursuivre "l'exercice fidèle du mandat et des pouvoirs" que lui confère la Constitution.

Quelques jours plus tard, cependant, il prenait la décision d'abdiquer au profit de son fils.

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