Quel avenir pour les jeunes en politique?

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Aucun jeune âgé de 20-29 ans au parlement. Seuls trois députés de 30-39 ans flânent le drapeau des jeunes dans l’hémicycle. Mais aucun d’entre eux ne détient un portfolio ministériel ! Bien qu’il est estimé que 18 ans est l’âge où le Mauricien est capable de faire un choix réfléchi de son représentant politique. Il semble que la politique active et surtout l’attribution des responsabilités ministérielles restent les privilèges des aînés.

Les quatre partis qui sont au pouvoir – en alternance et en alliance – ont pourtant chacun une aile jeune. Nous interrogeons les responsables de ces instances pour leurs impressions sur la corrélation entre la jeunesse et la politique. Les avis divergent.

Quel est le rôle de l’aile jeune et comment fonctionne-t-elle ?

Seul point sur lequel les quatre partis – le PTr, MMM, MSM et PMSD – convergent : l’aile jeune et ses membres sont une partie intégrale dans la structure des partis. Plusieurs membres de l’équipe jeune siègent au sein de leurs comités exécutifs respectifs ; ils contribuent aux délibérations, et proposent des mesures.  Bobby Hurreeram du MSM, Nita Deerpalsing du PTr, Aurore Perraud du PMSD et Umar Dostmohamed du MMM font l’écho de  l’importance que leurs partis respectifs accordent à la formation de leurs jeunes membres.

«C’est pas comme si nous avons un groupe de colleur-d’affiches qui sont là pour le tam-tam !»nous dit Bobby Hurreeram. «Nous nous rencontrons régulièrement et discutons les sujets d’actualité.»

Le PMSD, à son tour, « bouge avec son équipe d’endroit en endroit et à chaque fois, nous nous attaquons à un problème spécifique qui touche les jeunes d’une région spécifique».

Chez le MMM, Umar Dostmohamed explique que l’aile jeune se rencontre chaque 15 jours et conduit des séminaires, animés par des professionnels. 

Le PTr mentionne le projet à doubles volets ‘I learn and I can’, qui donne la chance aux jeunes du parti d’apprendre et, éventuellement, d’appliquer des mesures dans la société. 

Quelle est la place que les partis octroient aux jeunes et à leurs aspirations ?

Umar Dostmohamed explique que le MMM, qui émergea en 1969 comme une force de jeunes,  a toujours fait confiance à ces derniers. Il prend pour exemple Adil Ameer Meah qui est entré sur la scène politique à l’âge de 33 ans. Ravi Yerrigadoo, sous la bannière MMM-MSM, a été le plus jeune ministre. Il n’avait que 24 ans ! «Le MMM a toujours confié des responsabilités aux jeunes.  Nous avons Jenny Adebiro, conseiller au municipalité de Port-Louis, et aussi Danen Beemadoo, ancien président de l’aile jeune du MMM qui est actuellement le maire de Quatre-Bornes.»

Le MSM se targue également d’accorder une bonne place aux jeunes. «Nous avions Roubina Jadoo, élue en tête de liste à Vallée-Pitôt.» Bobby Hurreeram évoque aussi l’exemple unique de Ravi Yerrigadoo, candidat du MSM.  Il se réfère à plusieurs cas pour démontrer que le MSM tient compte des jeunes : le plan de prêts à bas intérêt pour les étudiants introduit en  2000-2005, et le rétablissement des subventions sur les frais d’examens du SC et HSC que Sithanen avait éliminées en 2007.«Les deux mesures étaient des contributions des jeunes dans le manifesto du MSM.»

Aurore Perraud explique que le PMSD se soucie des problèmes auxquels font les jeunes font souvent face : le manque de loisirs et le chômage, entre autres.«Nous en parlons et essayons de trouver des solutions à ces problèmes. Face au chômage, nous remettons aux jeunes des informations concernant les opportunités qui existent.» Elle nous rappelle que tel était effectivement «l’objectif du lancement de la cellule jeune de Quatre-Bornes samedi dernier».

Il suffit de consulter les mesures budgétaires pour noter la considération du PTr pour les jeunes, souligne pour sa part la mentor de l’équipe jeune du PTr. «Nous avons plus d’universités, de gradués, et nous faisons face au défi de la demande d’emplois. C’est à cette fin que le Youth Employment Programme a été introduit—un programme qui marche très bien et qu’on peut améliorer, bien sûr !» Quant au problème de chômage, Nita Deerpalsing reconnaît que«forcement, nous sommes une petite économie et on ne peut absorber tous les gradués. Mais il y a plein d’opportunités dans la région».

Pour ce qui est des institutions d’enseignement supérieur, Nita Deepalsing conseille aux jeunes de bien se renseigner avant d’investir leur argent pour des études au sein de ces centres. «Alors qu’il y a plein de choix aujourd’hui et c’est sûr que le gouvernement a la responsabilité d’assurer un standard, la responsabilité est aussi au client de faire un choix judicieux», souligne-t-elle.

Pourquoi les jeunes sont-ils absents du Parlement et du Cabinet ?

Bobby Hurreeram admet que l’absence des jeunes au Parlement et dans le Cabinet ministériel est un problème.«Mais nous ne pouvons critiquer le fait que les jeunes ne sont pas représentés car ils sont eux-mêmes réticents de s’engager», précise-t-il. Pourquoi ?«Ils ont besoin de quelqu’un il qui ils ont confiance qui. D’un politicien qui ne va pas céder à des pressions et sera juste envers tout un chacun.»

Du côté du MMM, Umar Dostmohamed clame que «c’est faux de dire que les jeunes ne s’intéressent pas à la politique». Mais que «c’est sûr que les jeunes disent ‘non’ au régime actuel - avec ses universités marron et le problème de chômage qui n’est pas entrain d’être réglé».

Pour Nita Deerpalsing, le problème est tout autre.«La politique, c’est un engagement pour certaines idées et convictions qu’on a pour mettre en place une société. Un groupe de personnes le plus diversifié possible est l’idéal. Cependant, l’essentiel est d’avoir une direction collégiale qui prend des décisions correctes pour la bonne gouvernance du pays. Personnellement, ça m’est égale qui sont ces gens !»

Elle souligne que l’absence des jeunes de la politique est naturelle.  Tout en remarquant que la majorité de parlementaires à travers le monde sont âgés de plus de 35 ans, elle argumente : «Les jeunes sont en train de construire leurs avenirs personnels : ils sont à l’école, à l’université sont des d’entrepreneurs. Et l’engagement politique, ça prend du temps.»  De plus, bien qu’il peut avoir des exceptions, «Wisdom, I am sorry, it comes with age». Selon elle, il faut avoir un certain parcours et un vécu pour pouvoir bien s’appliquer dans la politique.«Moi, je n’aurais pas aimé qu’il y ait un ministre de 23 ans. Pour moi, un jeune peut avoir le potentiel. Mais diriger un pays, c’est tout autre chose ! »

Quel avenir politique envisagez-vous avec les jeunes ?

Pour le MSM, une des cartes maîtresse est l’amalgame de l’esprit jeune de Pravin Jugnauth et l’expérience et la sagesse de SAJ—à l’image de Lee Kwan Yew. Le charme de cette stratégie permet le président de l’aile jeune du MSM de lancer qu’«à la prochaine élection, les jeunes vont créer la surprise !» Umar Dostmohamed se dit confiant des relations prometteuses entre les leaders du MMM et les jeunes. Tandis qu’Aurore Perraud se montre très appréciative du support que le leader, Xavier Duval offrent à l’aile jeune. «Il nous donne la chance de faire nos preuves», dit-elle. Nita Deerpalsing se dit, elle, très optimiste pour l’avenir du parti, grâce aux talents qui existent  au sein de l’aile jeune.

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