«On ne peut se mettre à dos la G.-B»

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Au vu des derniers développements et avec votre connaissance de la question, pensez-vous que Maurice ait une chance de récupérer l?archipel des Chagos ? Une chose est certaine : ce n?est pas pour demain. Il y a des chances, c?est sûr. L?opinion internationale est en notre faveur et si nous obtenons un avis consultatif de la cour internationale de justice de La Haye en notre faveur, les Anglais seront peut-être plus enclins à négocier. Il ne faut pas baisser les bras. Mais c?est une longue procédure. Et il ne faut pas oublier qu?actuellement nous ne disposons d?aucun moyen pour forcer la main aux Anglais. Imaginons un scénario : Chagos nous est retourné. Que faisons-nous ? Les îlois veulent rentrer chez eux. Les îles ne sont clairement pas habitables ; il faudrait les réaménager d?abord. Comment fera Maurice pour financer tout cela ? Il est clair que le gouvernement ne pourra à lui seul financer un tel projet. Et ce ne sera pas de sitôt qu?un tel scénario se présentera. Nous n?irons donc pas à Diego ? (Hésitations?) Pas dans l?immédiat, je ne pense pas. Ce n?est pas la même bagarre que mènent le gouvernement et les Chagossiens. L?un veut la souveraineté, l?autre le droit de retour dans l?archipel. Il y a donc deux combats ? Oui et c?est une erreur. Il est impératif que nous présentions un front uni à l?opinion internationale. L?archipel des Chagos, ce n?est pas que l?affaire des Chagossiens, mais aussi la vôtre et la mienne. C?est l?affaire des Mauriciens. Dans l?intérêt national, il faut que nous soyons unis. C?est notre guerre. Dans quelle mesure la revendication des Chagossiens pourrait-elle nuire à la revendication nationale ? Elle ne nuit pas nécessairement à la revendication nationale. Mais je suis convaincu que la voie diplomatique reste la meilleure solution. Mais quelle voie diplomatique ? Le Premier ministre britannique nous boude. Que faire dans de telles circonstances ? Il y a plusieurs options diplomatiques ouvertes à Maurice. Elle ne les a pas toutes épuisées. Mais il faut se rendre à l?évidence : ce ne sera pas chose facile. Voyez-vous, Maurice ne peut se permettre de se mettre à dos des puissances comme les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. Surtout pas dans le contexte économique actuel. Elle ne peut pas non plus déclarer la guerre à ces pays. Il nous faut être diplomatique. Vous n?êtes donc pas d?accord que l?on se retire du Commonwealth ? Cela n?aidera pas notre cause, c?est sûr. Mais pour aller chercher un avis consultatif auprès des Nations unies contre la Grande-Bretagne, Maurice devra se récuser, parce qu?en se joignant au Commonwealth, Maurice a pris un engagement de ne prendre aucune mesure contre la Grande-Bretagne. Nous n?irons probablement jamais aussi loin but we have to make the right noise. Ne nous exposons-nous pas à des sanctions ? économiques ou autres ? de ces puissances si nous persistons à les contester ? Certes. Maurice est effectivement dans une impasse. Vous ne pouvez imaginer la pression que l?Angleterre nous fait subir à chaque fois qu?il est question de soulever l?affaire au niveau international. Je vous donne un exemple : en 1990, j?avais reçu des instructions de Port-Louis pour faire inscrire le dossier Chagos à l?agenda des Nations unies. Avec la pression qu?a exercée la Grande-Bretagne, j?ai aussitôt reçu d?autres instructions pour faire marche arrière aussi vite que possible. Cela s?appelle le lobbying anglais ! (Rires) Cela n?affaiblit-il pas l?argument de Maurice qu?un groupe de Chagossiens soit aujourd?hui techniquement britannique ? Maurice veut donc affirmer sa souveraineté sur les Chagos mais les Chagossiens sont britanniques? Il n?y a pas de doute que la Grande-Bretagne ne joue pas franc jeu en proposant le passeport britannique aux Chagossiens. C?est-à-dire ? Ecoutez, la Grande-Bretagne a tout le temps affirmé que l?archipel serait retourné à Maurice quand elle n?en aurait plus besoin. Ce n?est un secret pour personne que cette excision que nous condamnons tous maintenant, s?est faite de connivence avec le cabinet ministériel de l?époque. Plus particulièrement avec la complicité de Sir Seewoosagur Ramgoolam. Cela s?est fait dans notre dos et c?est normal de vouloir récupérer ce qui nous appartient. Cela dit, la Grande-Bretagne semble avoir un autre agenda ? elle ne semble pas vouloir négocier actuellement. D?un autre côté, les données ont changé à présent. La guerre froide terminée, les Etats-Unis veulent maintenant combattre le terrorisme et ont besoin de Diego Garcia pour ce faire. Maurice se trouve dans une situation difficile. En même temps, il faut recouvrer notre souveraineté et être solidaire du combat contre le terrorisme. Cela s?est peut-être fait dans notre dos, mais toujours est-il qu?un accord a été signé et que le gouvernement d?alors a donné son consentement à cette excision. Contre certaines faveurs. N?est-ce pas malhonnête de notre part de venir aujourd?hui contester cet accord ? Pas du tout. D?abord, il y a eu chantage. C?était soit l?excision soit un référendum. Et nous savons qu?un référendum n?était pas une option pour Ramgoolam. Il était ambitieux et voulait à tout prix devenir Premier ministre. Mais là n?est pas la question? Outre le chantage de la part du gouvernement anglais, cet accord s?est fait entre un adulte et un mineur. Maurice n?était pas indépendante, donc pas en position de signer quoi que ce soit. C?est donc illégal. Les différents représentants des partis politiques de 1967 en déposant devant le «Select Committee» de 1983 ont tous affirmé que Maurice n?avait rien trouvé à redire au projet d?excision de Diego Garcia parce qu?elle ne voyait pas l?importance de l?archipel. Qu?est-ce qui a changé maintenant ? Mais c?est du territoire mauricien que nous parlons ! Comment peut-on dire que ce n?est pas important ? Nous ne connaissons pas les véritables raisons qui ont poussé le gouvernement d?alors à garder cet arrangement secret. Qu?ils viennent dire après qu?ils ont mal jugé de l?importance des Chagos est un argument discutable. Les îles Chagos sont importantes et font partie de l?intégrité territoriale de Maurice et il n?y a rien de plus normal que de le revendiquer. Mais pourquoi maintenant ? Comment expliquer que Maurice élève davantage la voix maintenant ? Il n?est pas vrai de dire que ce n?est que maintenant que notre souveraineté sur l?archipel est revendiquée. Vous évoquez d?ailleurs le Select Committee mis sur pied en 1983. Les différents gouvernements qui se sont succédé ont toujours soulevé la question. Et il faut aussi tenir en ligne de compte que cela ne fait pas longtemps que certains documents ont été rendus publics et ont été portés à notre connaissance. La première population chagossienne était composée de gens venus de Maurice et des Seychelles, n?est-ce pas ? Certains pensent que oui, certains disent que non. Nous savons qu?en 1783, des esclaves lépreux étaient exilés dans ces îles parce qu?il y avait une croyance que s?ils vivaient en plein air, ils seraient guéris. Les colons les croyaient contagieux. Il y a pu y avoir aussi d?autres esclaves qui ont été envoyés dans ces îles après, pour y travailler, nous n?en sommes pas sûrs. Ce combat de longue haleine, comme vous le dites, est légitime. Mais si l?on sait qu?il y a peu d?espoir de retrouver cette terre de sitôt, pourquoi ne pas le dire aux Chagossiens pour qu?ils arrêtent de se leurrer ? Vous savez, l?espoir est à la base de notre cheminement. Les gens accusent le gouvernement de ne plus les faire rêver. Et quand le gouvernement entretient leurs rêves, ils ne sont toujours pas contents. Pensez-vous que les Chagossiens veulent vraiment retourner vivre dans l?archipel ou bien est-ce devenu un slogan ? Je ne saurais vous dire. Mais il ne faut pas oublier que les Chagossiens sont un peuple qui a beaucoup souffert. L?opinion internationale pense qu?ils ont été victimes d?un crime contre l?humanité, qu?ils ont été déracinés. Ils ont été forcés à quitter leur habitat. Il ne faut pas minimiser leur souffrance.
«Maurice se trouve dans une situation difficile. En même temps, il faut recouvrer notre souveraineté et être solidaire du combat contre le terrorisme.»
«Maurice s?est engagée à ne prendre aucune mesure contre la Grande-Bretagne.Nous n?irons probablement jamais aussi loin ?but we have to make the right noise?.»
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