«Alien vs. Prédator»

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Le titre fait penser à un match de boxe : en l’occurrence, la rencontre du millénaire entre les deux plus beaux monstres de toute l’histoire du cinéma qui sont aussi les deux champions universels du jeu de massacre. Le premier, l’ “Alien” couleur noir brillant a l’intelligence du fauve, une terrifiante paire de mâchoires aux dents acérées avec encore une autre extensible à l’intérieur, quatre pattes assez griffues pour déchiqueter un crocodile et une queue osseuse se terminant en lame de couteau (de cimeterre, plutôt). Les membres de l’équipage du Nostromo en 1979, dans Alien, le film de Ridley Scott, furent les premiers êtres humains qui y furent confrontés. Ces derniers devaient aussi découvrir que le sang de la bête était tout ce qu’il y a de plus corrosif et la créature allait les exterminer tous, excepté Sigourney Weaver. “Quelque chose est en train de massacrer mes hommes !”, hurlait Arnold Schwarzenegger à propos du second champion. Les hommes en question se trouvant être une section des “forces spéciales U.S.” opérant en pleine jungle sud-américaine dans le film Predator en 1987, on se dit que la chose en question devait être formidable. Elle l’était : humanoïde couleur gris mat avec ce qui pourrait passer pour des cheveux style rasta dépassant de la tête, le “Predator”, puisque c’est ainsi qu’on l’appellerait par la suite, était d’une force et d’une rapidité stupéfiantes. Venu en vacances sur la planète Terre pour chasser l’être humain, il avait une armure qui le rendait invisible et des armes sophistiquées avec lesquelles il découpait les corps humains. Lorsqu’il enlevait son masque, le “Predator” révélait non seulement un regard des moins sympathiques mais un faciès des plus étonnants, avec des dents même en dehors de ce qui lui tenait lieu de bouche ; mobiles et partant dans toutes les directions, en plus. Scénario plus ou moins potable Alien vs Predator fait aussi penser à d’autres titres, genre Freddy vs Jason, Frankenstein contre La Momie ou King Kong contre Godzilla. C’est-à-dire, à des confrontations de fin de carrière pour des produits hollywoodiens qui n’arrivent plus à attirer grand monde dans les salles. On aurait pourtant cru les deux monstres encore capables de quelques belles tueries (même si la deuxième sortie de Predator en 1990 ne fut pas une réussite), mis entre les mains d’un réalisateur habile assisté d’un bon scénariste. Toujours est-il que les producteurs hollywoodiens, séduits par les recettes générées par Freddy vs Jason, ont décidé de brader les deux bestioles. Ils ont, dans ce but, fait appel à Paul W.S. Anderson, spécialiste des concepts “difficiles” dit le dossier de presse. Entendez par-là “on prend un produit né du talent créatif d’un autre – personnage/créature de film ou de jeu vidéo peu importe – on construit autour desdits produits un scénario plus ou moins potable avec des combats et des effets spéciaux (de toutes les façons, les fans viendront surtout pour leurs personnages favoris) et on encaisse les dollars.” Force est de reconnaître que la recette s’est avérée efficace en deux fois dans le passé, le public ayant suivi pour Mortal Kombat et pour Resident Evil. Pour ce qui est de la confrontation des deux bestioles, le prétexte n’est pas plus bon ou plus mauvais qu’un autre, vu l’esprit de l’entreprise : ce sont les “Predators”, une race très évoluée sur le plan technologique mais aussi particulièrement violente et assez primitive dans ses mœurs, qui, depuis des dizaines de milliers d’années, élevaient des “Aliens” afin de mettre à l’épreuve leurs jeunes guerriers. Les affrontements au cours desquels les jeunes “Predators” étaient censés montrer leur aptitude au combat avaient lieu sur Terre, dans des cités anciennes (chez les Aztèques, les Égyptiens ou les Khmers) dont les populations servaient à la fois de nourriture et d’incubateurs pour les “Aliens.” Ce qui par la même occasion justifie les décors du film : une imposante pyramide située 600 mètres sous terre, au pôle sud et incorporant les styles aztèque, égyptien et khmer. C’est dans cet édifice que vient (littéralement) s’égarer un groupe d’humains : des scientifiques menés par une écologiste, Alexa Woods – Sanaa Lathan. Contrairement aux autres héroïnes de films d’aventures et d’action musclée, celle-ci n’est pas du type caucasien et n’a pas l’air d’une poupée. Elle a plutôt un regard, un visage et une ligne de corps à aller faire de l’escalade toute seule sur un glacier au Népal. Ce qui ne l’empêche pas d’être bien faite de sa personne et, vu le genre de cette production, on peut considérer le choix du directeur de “casting” comme assez audacieux. Les scénaristes eux, n’ont pas cru devoir développer son personnage de manière conséquente dans cette histoire. Quant aux autres (personnages), il y a comme une esquisse de construction et on aurait pu les trouver intéressants, voire même sympathiques si on en avait eu le temps. Malheureusement, ils ne durent pas assez longtemps : pris dans les combats, ils se font piéger et tous (sauf un) trucider avant la première moitié du film, soit par les “Aliens”, soit par les “Predators”. Et, tout cela se passe sans aucune surprise ni suspense. Récit peu cohérent En fait, le personnage de Saana Lathan, seule survivante du côté des humains, finit par passer presque au deuxième plan dans cette histoire. L’affrontement annoncé a bel et bien lieu entre les deux espèces de monstres, mais il est loin d’être mémorable. Les combats sont filmés sans imagination et les scènes sont soit chaotiques soit totalement prévisibles, car semblables à celles de n’importe quel film d’action. Les monstres sont certainement toujours aussi charismatiques que lors de leurs précédentes apparitions, mais c’est un affrontement auquel on assiste sans ressentir une réelle envie de prendre parti. Probablement parce que contrairement aux précédents films, il n’y a cette fois ni Sigourney Weaver ni Arnold Schwarzenegger. Le récit n’est pas très cohérent non plus. Par exemple, lorsque le dernier des “Predators” accepte la collaboration de l’héroïne pour liquider les “Aliens”, on se demande bien pour quelle raison il ne la liquide pas comme les autres, vu qu’elle ne s’est pas montrée très utile jusque-là. Ce qui fait qu’on a un peu de mal à prendre cette histoire au sérieux. Ainsi, lorsque le dernier “Alien” est pour ainsi dire vaincu (sauf que…) grâce aux efforts conjugués de l’héroïne et du dernier “Predator” et que ce dernier enlève son masque, on a presque envie de le voir saisir l’héroïne à bras-le-corps et l’embrasser à pleine bouche ; tout cela au son d’une musique signée Rachmaninov, évidemment. Se pourrait-il que personne n’y ait pensé ? Gilles Noyau
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