Chauves-souris de Maurice: «Il faut promouvoir des méthodes non-létales pour réduire les dégâts»

31 août 2018 08:27

Les dégâts que causent les chauves-souris peuvent être réduits à néant en utilisant des filets de protection, dit l’auteur.

En réponse à un article paru dans la page Tribune de l’express en date du 15 août 2018, intitulé Une nuisance nommée chauve-souris, je tiens à apporter quelques précisions.

1. Les études scientifiques réalisées à Maurice ont démontré que la chauve-souris de Maurice causerait entre 20 % et 25 % de dégâts aux fruits commerciaux et que ces dégâts peuvent être réduits à néant en utilisant des filets de protection de fruits. Le reste des pertes est causé par d’autres facteurs, notamment les oiseaux (condé, martin, perroquet de l’Inde), rats, insectes, maladies, fruits non récoltés. Les filets de protection sont subventionnés par le gouvernement depuis 2009 à la hauteur de 75 %.

2. Bien que dans d’autres pays d’Afrique, d’Asie et en Australie des chauves-souris frugivores puissent transmettre des maladies, aucune maladie communicable à l’homme par la chauve-souris de Maurice n’a été décelée à ce jour. D’ailleurs, une recherche épidémiologique sur la chauve-souris de Maurice (Gomard et al : Pathogen investigation of two Mauritian bat species: Pteropus niger and Mormopterus acetabulosus) n’a pu déceler de maladies communicables à l’homme.

3. L’évaluation des statuts d’extinction (la «liste rouge») de l’Union internationale pour la Conservation de la Nature est menée par le Bat Specialist Group pour les chauves-souris ; ce dernier réunit des centaines des plus grands experts en chauves-souris. La «liste rouge des espèces» a plus de 50 ans et a fait ses preuves mondialement, devenant un baromètre respecté pour l’état de la biodiversité. L’évaluation de la chauve-souris de Maurice (http://www.iucnredlist.org/details/18743/0) a été un exercice minutieux, long et complexe. Y ont participé, des experts, chercheurs des organisations non gouvernementales locales et internationales, ainsi que ceux du gouvernement de Maurice. La reclassification de la chauve-souris au statut «en danger» implique que les risques de disparition de l’espèce ont augmenté, principalement en raison de l’abattage des chauves-souris en 2015 et 2016 par la police, de la possibilité que les abattages deviennent récurrents, ainsi que la tuerie illégale des animaux par des citoyens communs qui s’ensuivit.

4. Effectivement, nous avions contesté les chiffres de population avancés par le gouvernement de par les méthodes utilisées auparavant. Depuis 2016, les officiers du National Parks and Conservation Service ont revu les méthodes de comptage que l’Union internationale pour la conservation de la nature et nous-mêmes préconisons et nous acceptons les chiffres des comptages de 2016 et 2017. Nous avons même participé aux comptages de 2016.

5. Le nombre de chauves-souris abattues par la force policière en 2015 et 2016 a été annoncé au Parlement par le ministre de l’Agro-industrie et peut être consulté dans les Hansard Reports 08 (2016) du 24 mai 2016 et 23 (2017) du 31 octobre 2017. Ces chiffres officiels n’incluent pas le nombre de chauves-souris massacrées dans les vergers, les arrière-cours et pendant la chasse, qui pourrait être très conséquent.

6. Ajouté à une étude proposée par l’auteur de l’article sur les pertes économiques occasionnées par les chauves-souris, nous proposons que cela s’étende aux autres facteurs de perte de fruits : oiseaux, maladies, climat (pluies diluviennes, vents), pertes normales non causées par des facteurs externes, mauvaises pratiques agricoles (ex. fruits non récoltés, puisque l’arbre est trop haut, main-d’oeuvre trop chère ou prix du marché trop bas).

De plus, nous proposons une étude comparative de l’apport des chauves-souris au pays en termes de pollinisation et de dispersion de graines, qui aident à maintenir des plantes indigènes et des forêts et tout ce qui en découle (protection des sols, conservation d’eau, oxygène, résistance au changement climatique, loisir, habitat pour des plantes et des animaux).

7. Nous réitérons notre appel au gouvernement, surtout que la chauvesouris de Maurice a été reclassée espèce «en danger», de ne pas autoriser de nouvel abattage, mais au contraire de promouvoir des méthodes non létales pour réduire les dégâts causés aux fruits (élagage des arbres, pose de filets, plantation de variétés naines, etc.), et de promouvoir la recherche appliquée. Le gouvernement devrait aussi s’inspirer des avancées techniques et agricoles de l’Australie et de la Thaïlande, qui ont un problème similaire et qui ont adopté l’élagage des arbres et la pose des filets de protection de fruits comme une solution durable.

Voir plus...