Etre né et avoir vécu des années à Roche-Bois n’est pas une fatalité. Le parcours de Franco Davis le confirme. Depuis six mois, il est directeur financier de la Barclays. Il s’agit d’une progression verticale importante. En langage clair, cela signifie que l’homme, qui vient de fêter ses 38 ans, gère les finances de la Barclays à Maurice et aux Seychelles. Cela équivaut à contrôler vingt-sept succursales, un département offshore, des avoirs de Rs 86 milliards et des profits avant taxes de Rs 1,2 milliard pour Maurice, ainsi que sept succursales, un département offshore, Rs 14 milliards d’avoirs et Rs 186 millions de profits avant taxes aux Seychelles.
Cependant, ce bilan élogieux est loin d’être monté à la tête de Franco Davis. L’homme est, en effet, d’une modestie déconcertante. Aujourd’hui, (NdlR: mercredi 31 mars), il signera pour la première fois les comptes de la banque. Il avoue que ce sera «un grand jour» et qu’il «sera ému».
Pourtant, dans l’absolu, être rendu là n’est pas une finalité en soi. Sa devise est de «toujours apprendre et grandir». C’est ce qu’il n’a pas arrêté de faire depuis qu’il est enfant. Cela explique qu’il se soit classé 170e à l’examen du Certifi cate of Primary Education. Lorsqu’il est adolescent et étudie au Mahatma Gandhi Institute, son père, France, menuisier à son compte, et sa mère, Irénée, infirmière, doivent être derrière lui pour qu’il mette les bouchées doubles car il est très intéressé par la culture, la musique – il apprend à jouer du tabla et de la cithare –, et par «la mixité de l’institution», confi e-t-il en riant.
Ces encouragements parentaux portent leurs fruits car il se classe neuvième après les lauréats. Après deux mois de travail dans une fi rme d’audit, Franco Davis se laisse tenter par le chant de sirène de la Barclays. Il y entre comme clerk et pendant dix ans, il fait le tour du Retail Banking.
Ce qu’il apprécie le plus dans cette institution bancaire, c’est sa culture. «La Barclays investit énormément dans son personnel en lui payant des cours de formation». C’est ainsi qu’il étudie pour devenir Associate of the Chartered Institute of Bankers et qu’il décroche son Bachelor of Science en services financiers.
Voulant s’investir davantage dans l’institution, il demande à intégrer les services financiers. C’est chose faite en l’an 2000 où il est nommé Supervisor. Peu après, il occupe le poste d’Assistant Finance Manager avant d’être nommé Finance Manager en 2004 et Deputy Finance Director trois ans plus tard. Il occupe le fauteuil de directeur financier depuis six mois.
Outre les défis financiers à relever, Franco Davis doit gérer la pression, en particulier à la fi n de l’année financière où il reste tard au bureau et travaille même le week-end. «Heureusement que j’ai le soutien de toute mon équipe, ce qui rend les choses plus faciles». Il a aussi le soutien de son épouse, Wilma, qui est fonctionnaire, même s’il regrette dans ces moments-là de ne pouvoir passer autant de temps qu’il le voudrait avec leur fils, Dimitri, âgé de trois ans.
Dans l’optique de toujours apprendre, Franco Davis a entamé un Masters in Business Administration par correspondance auprès de l’Université de Leicester en Grande-Bretagne. S’il est tenté par un emploi à l’international avec la Barclays «dans quelques années», précise-t- il, il n’entend pas émigrer. En fait, son rêve serait d’être gouverneur de la Banque centrale d’ici une quinzaine d’années. Est-ce réaliste? «Le Premier ministre a maintes fois répété que n’importe qui peut prétendre à des postes-clés dans ce pays et je crois en ce qu’il dit».
Après 32 ans passés à Roche-Bois, Franco Davis a quitté la région pour emménager dans la maison qu’il s’est fait construire à Notre Dame. Ce déménagement s’est toutefois fait à contre coeur. «Mes parents louaient une maison à Roche-Bois. Quand j’ai pu obtenir des facilités pour faire construire mon logement, j’ai cherché un terrain adéquat à Roche-Bois mais je n’ai malheureusement pas trouvé. A Notre Dame, j’ai trouvé un coin tranquille».
Bien qu’il n’habite plus Roche-Bois, ne lui parlez surtout pas en mal de l’endroit. Les quelques vendeurs de magasins qui ont sourcillé lorsqu’il donnait son adresse pour la livraison d’achats savent de quel bois il se chauffe. «Roche-Bois m’a beaucoup apporté. J’ai encore quelques membres de ma famille qui y vivent et des amis aussi. Tout cela ne s’oublie pas… »
Marie-Annick SAVRIPÈNE (Source : l’express & moi)
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