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Portraits croisés
Lindsay RIVIÈRE
03/22/10 | Commentaires [3]
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Chercheur passionné et auteur prolifique, Serge Rivière vient de publier son ouvrage sur les Codes noirs. Son frère Lindsay nous présente un peu mieux ce romantique…

Nous sommes issus d’une famille nombreuse de dix enfants. Malgré l’amour que je porte à tous mes frères et soeurs, c’est de Serge dont je me sens le plus proche. Dans la lignée, c’est lui qui occupe la deuxième place et, moi, j’ai daigné pointer le bout de mon nez un an après.

À ce titre, Serge et moi partageons une particularité. Notre  mère, Yolande Frédéric, nous a donné la vie à la résidence de ses parents, à Souillac. Cet écart minime d’âge entre Serge et moi, a fait qu’en grandissant, nous étions tant des compagnons de jeu que d’études.

Nous avons, par exemple, tous deux, fréquenté l’école primaire Philippe Rivalland à Beau-Bassin. Lorsque la famille bougea à Curepipe, Serge et moi finîmes notre scolarité primaire à Notre Dame de la Confiance. Là, mon frère s’est démarqué en étant le premier des Rivière à obtenir la Petite Bourse. Une émulation pour moi qui décrochai la bourse l’année d’après. Ainsi, nous nous sommes tous deux, une fois de plus, retrouvés au Collège Royal de Curepipe.

Avec des parcours académiques nous portant à choisir, Serge et moi, le grec et le latin, nous nous différencions toutefois, à d’autres niveaux. Excellent étudiant qu’il était, Serge passait des heures à bouquiner et à parfaire ses connaissances en se réfugiant dans des endroits calmes, tels que la bibliothèque du Collège ou encore la vieille voiture de papa, exposée dans notre cour. Quant à moi, moins studieux, je ne passais guère de temps le museau plongé dans mes livres de classe, préférant nettement fréquenter les terrains de sport. Alors que Serge raflait tous les prix de français, d’anglais, moi j’excellais davantage en athlétisme. Nul ne fut surpris que Serge, avec Dan Callikan, le directeur général actuel de la Mauritius Broadcasting Corporation (MBC), issu de la même cuvée, soit lauréat. Un Rivière lauréat… le premier qui plus est !

Voilà de quoi honorer la famille et attiser la fierté de papa. Moi même, j’étais si heureux que j’ai porté mon frère sur mes épaules à travers tout Curepipe. Etre lauréat était un prérequis indispensable pour que Serge puisse devenir ce qu’il a toujours voulu être : enseignant.

Il faut admettre que le Collège Royal de Curepipe est particulier en ceci qu’il a influencé les élèves qui l’ont fréquenté. Il suffit de questionner ceux qui ont connu l’un des recteurs, M. Boolen.

Ce gentleman britannique était doté d’une très grande rigueur intellectuelle, aiguisant de fait l’esprit des étudiants. Je dirai même que ce côté élitiste qu’on tend à retrouver chez ceux qui ont fréquenté le Collège Royal de Curepipe demeure telle une influence. Et cette influence, Serge et moi, nous nous en sommes imprégnés et elle a fini par dominer nos vies, mais de manière distincte.

L’autre influence majeure qui a indubitablement contribué à façonner la personnalité de Serge et par là même de tous mes frères et soeurs, est l’éducation que nous ont inculquée nos parents. Notre père, feu Marc Rivière, était l’un des très rares officiers de l’armée britannique à être lieutenant.

Notre père privilégiait beaucoup sa famille et disait fièrement à qui voulait l’entendre : «My family first, whether right or wrong!» J’ai d’ailleurs hérité de cette priorité pour la famille de papa. Les difficultés d’antan poussaient mon père, étant de condition modeste, à voir la vie avec beaucoup de sérieux. Outre les principes qu’il mettait en avant, lors des discussions que, nous autres frères, nous avions avec lui, l’éducation était pour papa un moyen de promotion sociale. Il démontrait une certaine fierté à l’égard de tous ses enfants qui avaient bien réussi. Papa aimait la réussite, le succès.

Un autre trait de caractère que j’ai par ailleurs hérité de lui. Admirateur de Raoul Rivet, il fut enthousiaste et heureux de me voir occuper le poste de rédacteur en chef du Mauricien, et ce, à 24 ans. Quant à notre mère, fille de comptable de propriété sucrière, elle était la mère-courage.

Ayant donné naissance à dix enfants, maman ne s’en est, pourtant, jamais plainte. Serge est d’ailleurs très proche de maman.

Je dois avouer que j’ai toujours admiré Serge pour son engouement et engagement intellectuel. J’ajouterai surtout qu’aucune rivalité ne peut être décelée entre nous. Au lieu de cela, côte à côte, nous avons goûté au succès mutuel dans notre domaine de prédilection qu’est l’écriture. Après son succès académique, Serge est parti pour ne pas revenir avant très longtemps… une trentaine d’années hors de son pays natal.

Avec son départ, qui a beaucoup peiné mes parents et moi-même, nous nous étions tous rendus pour la première fois au Quai D. Un spectacle douloureux de voir toutes ces familles se démembrer à cause de l’émigration.

L’émigration a été, par ailleurs, une autre dimension de la vie familiale des Rivière. Dans les années 1970, mes parents, sept des dix enfants, et mes cousins, ont tous émigré vers l’Australie.

Il ne restait plus que mon frère Guy, maintenant retraité et ma femme et moi, âgé alors de 21 ans. Je ne pouvais concevoir délaisser ma patrie. Pour moi, on a cédé à un mouvement de panique généralisé, dont on aurait pu se passer. J’ai vécu l’émigration comme une grande blessure de l’âme. Tout un monde qui s’est écroulé. Ce qui me renvoit à un souvenir des plus douloureux. Evoluant de manière remarquable toujours, en Ecosse, où il s’était marié, Serge y apprit le décès de notre père, en 1976… par un coup de téléphone.

Effroyable pour lui car il ne pouvait se rendre en Australie pour assister aux funérailles de papa. Et je sais que Serge a péniblement vécu ce moment. C’est là qu’on mesure le drame de l’émigration et que l’on réalise que les parents meurent sans leurs enfants.

Cela étant dit, Serge a tout de même poursuivi son ascension en étudiant à Glasgow, à Berlin où il décroche un doctorat, pour ensuite se rendre au Canada.

Serge est l’un des rares Professors du pays. De retour à Maurice, c’est un peu comme Ulysse qui revient d’un long voyage. Il redécouvre ainsi ce pays qu’il a laissé. Le fi n intellectuel qu’il est, Serge s’est doté de cette élégance «vieille-France», qui plaît. Il semble toutefois un peu mal à l’aise dans le monde moderne.

Il reste attaché à une certaine vision de Maurice qui l’a toujours habité. Un homme chaleureux, Serge est quelqu’un qui aime rire et même de lui-même. Un signe d’intelligence par ailleurs. Mon frère est sans conteste, un véritable bûcheur. Il produit un, voire deux livres par an, comptant ainsi plus d’une vingtaine à son actif.

Serge est un romantique. Il court derrière un passé, alors que moi, je suis bien réaliste. J’écris dans le concret mon frère, quant à lui, relate l’histoire. Moi je suis de nature rebelle, alors que Serge est plus conformiste. Ces différences font toutefois que nous nous complémentons largement.

 


  
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Attente
Par:-Zankarl Sankalson Mar 23, 2010
Le lecteur attend avec impatience dans la chronique Kramer contre Kramer à rebours, les épisodes Ming Chen sur Mimi et vice-versa, Philippe Alain Forget sur Jacques Forget et vice-versa, Gérard Ahnee sur Robert Ahnee et vice- versa, Mohammad Vayid sur Hassam Vayid et vice versa, Aneerood Jugnauth sur Ashok Jugnauth et vice- versa.
La famille!!!
Par:-Jeff Mar 22, 2010
Un bien bel hommage à votre famille Monsieur!!!
très etoffés
Par:-Brenda L Mar 22, 2010
A la recherche du temps perdu!!! Professor Serge Riviere en peu de temps nous a gratifié de deux ouvrages très etoffés...
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