Acteur et metteur en scène de pièces de théâtre dont celle d’Arthur Miller « A View from the Bridge », jouée depuis hier à la salle polyvalente de l’Alliance française à Bell-Village, Ashish Beesoondial considère le théâtre comme un moyen d’«ouvrir les yeux» du public sur la société.
Après avoir lu le livre, j’ai dit à mon ami Pascal Nadal qu’il fallait en faire quelque chose avec les étudiants.» L’adaptation théâtrale de A View from the Bridge a ainsi pris forme. Non sans diffi cultés.
En effet, cela relève de l’exploit de mettre en scène le chef-d’oeuvre d’Arthur Miller avec des instituteurs nullement acteurs. Cependant, le Mauritius Institute of Education (MIE) « me supporte», atteste le Lecturer en anglais de 32 ans, qui garantit bénéfi cier d’une certaine liberté d’action.
« Nous avons ainsi travaillé les bases : les articulations et les moves », explique notre interlocuteur. Après des mois de dur labeur, la pièce a été présentée au grand public hier. Succès ou pas, Ashish Beesoondial clame qu’un acteur doit toujours se préparer à toute éventualité et ce jusqu’à la dernière seconde de la dernière représentation.
Par conséquent, c’est uniquement le 25 mars qu’Ashish Beesoondial relâchera la pression. Ne jamais mettre la charrue avant les boeufs serait ainsi l’adage tant du producteur que de l’acteur de pièces de théâtre. Ne s’improvise pas acteur qui veut : « Assiduité, volonté, esprit de sacrifi ce et connaissance de soi sont autant de critères qualifi ant un acteur», soutient-il.
Le théâtre est venu frapper à la porte d’Ashish Beesoondial par pur hasard. Alors qu’il étudiait au St Xavier’s College à Mumbai, Quasar, un ami de classe, cherchait des acteurs pour sa troupe. Ashish s’est porté volontaire. Suivirent des moments inoubliables avec la Q Theater Production, à jamais gravés dans la mémoire du trentenaire. «Q pour Quasar.
La compagnie a fait son bout de chemin au fi l de tournées en Inde et même en Angleterre», relate le Mauricien qui rêverait de revivre ces instants intenses d’émotion et de passion. Rêver est quelque chose qu’Ashish Beesoondial a toujours eu le loisir de faire. De mère indienne originaire de Calcutta et de père mauricien, l’aîné d’une fratrie de deux a toujours pu compter sur ses parents pour découvrir «le plaisir de la lecture et les poèmes entre autres.»
Après les trois ans passés au St Xavier’s College, Ashish Beesoondial poursuit ses études à l’université de Mumbai. Deux ans plus tard, il rentre à Maurice avec un Master en littérature anglaise dans ses bagages. Un sentiment de manque l’habite toutefois.
Il comprend très vite que les personnages littéraires et la passion de la scène sont à l’origine de ce manque. Cependant, grâce à l’English Speaking Union, Ashish peut assister à un séminaire au Cloak Theatre à Londres. Des professeurs d’anglais d’Argentine, du Brésil, du monde entier y sont réunis.
Il a alors un déclic. "Je compris l’importance de l’aspect pédagogique du théâtre. Moi qui ne connaissais que le jeu, la mise en scène et les lumières, j’ai été contraint d’abandonner très vite cette conception traditionnelle du théâtre.» Son amour pour le théâtre s’en est trouvé accru.
En 2006, Ashish Beesoondial prend ainsi la décision d’approfondir ses connaissances et de se lancer dans un Master en Theater Making à l’université de Leeds. « Neuf mois intenses d’écriture, de mise en scène, de détails techniques et de dissertations» donnent la confi rmation à Ashish que le théâtre est sa vocation. Et pas n’importe quel théâtre. « Je veux faire du participative theater.
Pour moi, le théâtre c’est quand le public se mêle au monde de l’acteur », confi e-t-il. Les yeux du chargé de cours s’écarquillent en pensant à Mahadev bhai. Cette pièce de Ramu Ramanathan a été présentée l’année dernière. En sus de conter la vie du secrétaire du Mahatma Gandhi, Mahadev Bhai retrace le parcours même du combattant pour la paix.
C’est ce genre de pièce qu’aspire à jouer Ashish Beesoondial, «du théâtre expérimental». L’objectif étant non seulement de faire découvrir aux Mauriciens le théâtre dans toute sa splendeur mais aussi de faire passer des messages. C’est en s’inspirant du Français Antonin Arthaud ou encore du prix Nobel de littérature 1986, le Nigérian Wole Soyinka, avec notamment Death and the King’s Horseman, qu’Ashish veut faire passer ses messages.
Il souhaite s’engager à «amener tout le monde, la communauté des gens, la race humaine à ouvrir les yeux » à travers le théâtre. C’est le moyen d’expression qu’il a choisi pour se faire entendre. Un moyen que l’on néglige, selon lui, dans son pays. « Le théâtre de Port-Louis est un endroit que j’aime beaucoup ainsi que le Plaza.
Toutefois, tous deux sont fermés pour rénovation et ce depuis si longtemps. C’est la preuve même du manque d’intérêt du grand public à l’égard de ces lieux faisant partie de notre patrimoine», déplore Ashish. Il avance toutefois que les choses commencent à bouger avec l’Enhancement Programme lancé cette année.
« Depuis deux-trois semaines, au MIE, nous avons lancé l’option théâtre et environ 25 enseignants du primaire sont en formation actuellement.» Un petit pas certes, mais Ashish Beesoondial voit plus grand. Il ambitionne de réaliser un remake du Roi Soleil « avec des musiciens, acteurs en live sur scène à Maurice.» Et d’espérer, « ainsi valoriser la culture artistique en combinant les rythmiques du tabla, les positions du yoga et les exercices de respiration de l’acteur de théâtre, en mettant l’humain et tous ses défauts en avant. »
 
 
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