Tout le monde rêve d’apprendre à conduire. Encore faut-il avoir les moyens de se payer les cours. Pour que la conduite ne demeure pas un luxe pour les femmes de milieux modestes, Vinod Bungsy, examinateur de la police, anime bénévolement des cours théoriques sur le code de la route à leur intention.
«Masinn ki depas sa longer la pa gaign drwa servi sa simin la!». Cette phrase dite d’une voix forte et amplifi ée par l’utilisation d’un micro et d’un hautparleur, est reprise en choeur par une multitude de voix féminines émanant du centre St Gabriel à Cité Martial. Les quelque 125 femmes en question sont des femmes au foyer et leur répétiteur est Vinod Bungsy.
Depuis 1996, cet examinateur de la police qui compte 22 ans de service, dont huit à la Traffic Branch, utilise son temps libre pour dispenser gracieusement des cours théoriques de conduite aux femmes dans les centres sociaux, ceux des femmes, de la jeunesse et auprès du National Institute for Cooperative Entrepreneurship. Cette initiative qui a démarré sur une base pilote, soit trois jours de cours théoriques, a pris tant d’ampleur qu’elle a été étendue à trois mois. Au grand bonheur des femmes concernées.
Ce qui a poussé Vinod Bungsy à offrir ainsi ses services, c’est d’avoir vu bon nombre d’accidents et noté que 80% des conducteurs pratiquent une conduite agressive. «Les conducteurs manquent de courtoisie, n’ont pas de respect pour leur vis-à-vis et sont si pressés qu’ils occasionnent des accidents».
Les cours théoriques qu’il donne relèvent de la conduite défensive, soit «préparer le conducteur à toute éventualité, à l’inattendu». Est-ce à dire que les cours dispensés par les moniteurs d’auto-école ne sont pas corrects? Vinod Bungsy estime qu’au contraire, ces moniteurs font leur travail qui est celui d’enseigner la conduite. «La formation dispensée par les moniteurs d’auto-école est bonne car elle permet d’obtenir sa licence. Mais pour conduire bien, il faut une formation supplémentaire en conduite défensive et il y a plusieurs conseils qui peuvent être donnés en la matière».
Il ajoute que tous les jeunes ne savent pas, par exemple, quels sont les facteurs qui affectent leur conduite de nuit. Mais ce manque de connaissances touche aussi les plus expérimentés. «J’ai donné un cours à des chauffeurs de la Corporation nationale de transport qui avaient pourtant de l’expérience de la route. Or, ils manquaient de savoir-faire en conduite défensive. Si tous les conducteurs suivent un cours de conduite défensive, le nombre d’accidents diminuera pour passer à son taux le plus bas», précise-t-il.
Il a ciblé les femmes de milieux modestes car il sait que conduire est un luxe et que ce sont elles qui ont le moins de chances d’apprendre justement. «Je crois en le renforcement des capacités des femmes», déclare-t-il. Jusqu’à présent, 8 000 femmes, dont une centaine n’a pas été scolarisée au-delà du primaire, ont suivi son cours et ont réussi leur examen oral.
C’est bien mais pour apprendre à conduire, il faut non seulement maîtriser la théorie mais aussi la pratique. S’il le reconnaît, Vinod Bungsy explique sa logique. «Le fait de dispenser des cours théoriques permet aux femmes d’avoir besoin de moins de cours pratiques. Je considère qu’une personne ayant suivi 25 cours théoriques de conduite n’aura besoin que d’une dizaine de cours pratiques. A ce moment-là, ses dépenses seront moindres».
En outre, dit-il, l’important n’est pas que ces femmes prennent du temps avant d’obtenir leur licence. Ce qui importe, c’est qu’elles aient accompli leur rêve d’autonomie. «Mo la pou fer zot fer lamwatie simin. Mem si zot tir lisans dan de-troi zan, enn zour zot pou arive, soley pou leve e zot pou kondir» Vinod Bungsy n’est en quête d’aucune gloire ou de rétribution personnelle, fait rare de nos jours.
«C’est ma contribution aux femmes de ce pays. Ma femme, Leela, m’encourage dans cette voie. Pena perdi dan volontaria. Bondie rekonpans ou… »
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