Ce n’est pas pour rien que Nazima Peroo- Peerun, fabricante de sacs, s’est vu décerner le titre de Most Promising Women Entrepreneur lors de la compétition Visa Essentielle Entrepreneur de l’année 2009. Prix qui récompense sa persévérance. Nazima Peroo-Peerun est le calme incarné, n’exprimant jamais un mot plus haut que l’autre et se racontant en toute simplicité. Cette femme de 36 ans, qui avant son mariage habitait Mesnil, a fait une première incursion dans le monde de la couture par le biais de ses parents. Ceux-ci confectionnaient des ceintures en marocain qu’ils plaçaient ensuite dans des magasins de l’endroit.
Après une scolarité réussie au collège Aleemiah, Nazima Peroo, très douée pour l’arabe et l’ourdou, s’est mise à enseigner ces langues dans la madrasa du quartier pour Rs 200 mensuelles, tout en continuant à aider ses parents dans leur petite affaire. C’est à la madrasa qu’elle rencontre Juned Peerun, imam, qu’elle épouse et suit au gré de ses affectations religieuses.
C’est ainsi que jusqu’à présent, elle a emménagé deux fois à Pailles de même qu’à Grand-Baie où elle a habité deux ans. Ils mettront sous peu le cap sur Port-Louis.
A la mort de son beau-père, propriétaire du magasin Islamic Stationery à Plaine Verte, Nazima va prêter main forte à sa belle-mère. Elle est alors sans cesse confrontée aux demandes de collégiens qui recherchent des plumiers et des sacs étanches pour y mettre leurs cahiers de dessin. Il ne lui en faut pas plus pour se mettre au travail.
Elle se lance et coud des plumiers et d’autres types de sacs qui sont bien accueillis. «Dans les sacs, il n’y a rien de difficile. On n’a qu’à me soumettre un modèle et je le réalise», affirme-t-elle sans prétention. Comme la demande va en augmentant, elle sous-traite avec trois femmes opérant à domicile, tout en se réservant le design, la coupe et la touche finale. Nazima place ses sacs en consigne dans des magasins à Port-Louis et Rose-Hill. Elle se fait enregistrer auprès de l’organisme qui s’appelait jusqu’à récemment la Small Entreprises and Handicraft Development Authority et du National Women Entrepreneur Council pour s’entendre dire qu’elle peut obtenir un financement mais que 30% de cette somme doit être consacrée à l’achat des matières premières.
Comme celles disponibles sur le marché manquent d’originalité et sont chères, elle puise Rs 50 000 dans ses économies et se rend en Inde pour trouver d’autres matières premières qui feront la différence. Et c’est le cas. A ce jour, elle a effectué six voyages en Inde et un en Chine. Bien que les tissus chinois soient plus intéressants, Nazima est confrontée à la barrière de langue et au yuan fort. Cela limite son choix à l’Inde où elle se trouve d’ailleurs depuis hier. Nazima, qui a enregistré sa petite entreprise, la Naz Star Trading, auprès du Registrar of Companies, a suivi de nombreux cours en gestion, en pricing et costing pour avoir une meilleure emprise sur sa petite entreprise. Son plus gros client était jusqu’à récemment
La Laiterie de Curepipe mais depuis peu, un client réunionnais a pris le dessus avec une grosse commande de sacs en tissu biodégradable. Pour réussir, dit-elle, il faut avoir une expertise dans un domaine particulier, être patient, avoir de la persévérance «car on rencontre beaucoup de difficultés financières», et savoir accepter les critiques des clients.
Le facteur le plus important, estime-t-elle toutefois, est d’avoir le soutien de ses proches. Comme son atelier est à son domicile, Nazima n’a pas de vie privée. Elle aurait souhaité avoir une entreprise digne de ce nom. Pour cela, il lui faudrait Rs 500 000 pour l’achat de matières premières et un local à louer. Son père lui ayant donné un bout de terrain à Mesnil, elle songe aussi à y faire construire son atelier mais pour cela, elle doit encore trouver un million de roupies supplémentaires. «Je frapperai à plusieurs portes pour obtenir ce financement. Je vais continuer à me battre pour cela». Elle espère que son prix lui donnera une visibilité certaine pour faciliter ces négociations. Nous aussi…   Marie-Annick SAVRIPÈNE
|