Les dernières prévisions économiques du groupe «Mauritius Commercial Bank» sont venues confirmer nos craintes que la crise de la dette souveraine dans la zone euro impactera négativement le taux de croissance de l’économie du pays. C’était imparable et prévisible.
Nous avions déjà exprimé notre perplexité sur les prévisions officielles de «Statistics Mauritius» quant à un taux de croissance de 4,1 % cette année. Nous avions pris le pari que ce taux sera inexorablement revu à la baisse au fi l des mois, un scénario classique. Le groupe bancaire MCB commence, lui, l’année par une prévision de croissance de 3,6 % seulement. Dans le pire des scénarios, l’expansion économique pourrait même tomber sous la barre de 3 %.
Le principal coupable est le pouvoir d’achat en berne des Européens, notre principal marché pour le sucre, le textile-habillement, les centres d’appels de nos services d’externalisation, la plateforme de pêche et les services financiers, entre autres. Bref, toute notre industrie d’exportation.
Nous le disions il n’y a pas longtemps, au lieu de se concentrer sur une politique pour limiter, autant que faire se peut, les conséquences de la crise européenne sur notre économie, notre personnel politique – à part quelques rares exceptions – a gaspillé son temps à discuter d’une hypothétique révision de notre système électoral, qui n’aboutira pas. En tout cas pas dans un futur proche.
Ce débat stérile a profité au gouvernement pour détourner l’attention des vrais problèmes. La population, elle, se débat avec l’approvisionnement en eau, qui se fait par camion-citerne, comme dans les années 70.
De plus, un des dommages collatéraux de la baisse significative du taux de croissance est que le taux de chômage devrait augmenter pour atteindre 8,2 %, selon la MCB. Il faut un taux d’expansion économique d’au moins 6 % pour assurer la création d’emplois.
Or le taux d’investissement du secteur privé est de 18 % seulement. L’investissement est soutenu par les projets infrastructurels du gouvernement tandis que le privé investit dans la consommation avec ses centres commerciaux. Qui va assurer la viabilité financière de ces temples de la consommation avec une bonne tranche de la population qui peine à boucler les fi ns de mois ?
Or, selon des spécialistes comme René Leclézio, pour viabiliser ces centres, il faut générer des ventes équivalentes à l’investissement de départ. Ce ne sont pas les touristes, adeptes du «low cost», qui vont les faire vivre financièrement. Nous ne sommes pas encore arrivés au point d’accueillir des «touristes sacs à dos» mais c’est une éventualité qui n’est pas à écarter.
Pour noircir davantage le tableau, les économistes de la MCB déclarent qu’il y a très peu de visibilité sur l’évolution de la crise européenne. Pour Maurice, cela signifie qu’il faudra continuer à avancer en aveugle.
Quant à la fameuse diversification de nos marchés, il y a loin de la coupe aux lèvres. De toute façon, cela ne se fera pas dans un futur proche, même si c’est un refrain que l’on rabâche depuis des années. Il faudra faire le dos rond en attendant que nos décideurs politiques et économiques se décident à prendre le taureau par les cornes. Et ce n’est pas demain la veille que l’on verra un semblant de sursaut. |