Par Ariane Cavalot de l’Estrac
C’est une règle érigée par un gouvernement MSM. Avant même qu’un ministre ne soit mis en examen, il doit quitter le gouvernement. Si l’ICAC estime, après l’avoir entendu, qu’il y a nécessité d’approfondir son enquête, le ministre soupçonné est immédiatement poussé vers la sortie. Cette décision de principe avait été arrêtée dans le cadre de l’affaire Choonee, suspecté dans une affaire de pot-de-vin. C’était en 2003. Mukeshwur Choonee avait été averti, et il a démissionné. Il n’a pas été le seul dans notre histoire politique.
Sir Anerood n’avait pas de grand mérite. C’est ce qui se pratique partout. Au Brésil, en Inde, à Bucarest, à Scotland Yard, on a entendu ces derniers mois des ministres et dirigeants quittant leur fonction sur des soupçons seulement. Il y en a même eu un, brillant ministre de l’Économie allemand, qui a abandonné son portefeuille parce qu’il était soupçonné d’avoir fait du « copié collé » dans sa thèse de doctorat. Rien à voir avec l’argent public. Juste une question d’honneur. De respect de la fonction d’État que l’on occupe.
Maya Hanoomanjee ne l’a pas vraiment compris. Si on respecte l’État, si on reconnaît son autorité, c’est pourtant une évidence : on ne peut occuper la fonction de ministre sans être au dessus de tout soupçon. La présomption d’innocence vaut, bien sûr, pour elle comme pour tout citoyen. Mais un ministre n’est pas un citoyen ordinaire. Il doit être irréprochable. Et ce n’est pas de son honneur qu’il s’agit, mais de celui du titre. Dans la mesure où sa crédibilité est mise en doute, c’est tout l’État mauricien que la ministre éclabousse si elle persiste à garder ce titre.
En ne démissionnant pas sur le champ, elle s’autorise à penser qu’il peut en être autrement. C’est peut-être un peu la faute au passé controversé que l’ICAC traîne encore. Pourquoi donc démissionnerait-elle puisque les affaires de la commission anti-corruption n’aboutissent jamais… Tant que la réputation d’ICAC ne sera pas bien assise, cela autorisera des doutes sur le bien-fondé de ses actions. On n’a pas oublié qu’elle n’a pas toujours exercé avec un grand discernement son pouvoir d’arrestation on sait bien que, poussée à donner des résultats, à faire preuve de son indépendance en s’attaquant aux « gros requins », elle a parfois agi avec hâte, sans prendre le temps de consolider ses dossiers. Certes, l’enquête sur MedPoint semble avoir été minutieuse et ses méthodes semblent être plutôt appréciées dans le milieu légal, mais cela n’est pas une garantie de résultat. On se demande d’ailleurs comment toutes ces arrestations peuvent être déjà ordonnées alors que l’enquête n’a pas été bouclée, Bérenger ayant été entendu hier seulement...
Mais si Mme Hanoomanjee s’autorise à penser qu’elle peut ne pas se présenter à l’ICAC lorsqu’elle y est convoquée, qu’elle peut rester en poste, c’est peut-être aussi la faute à la culture d’arrogance qui caractérise le MSM post-SAJ. La preuve a été faite de la haute idée que le chef du MSM a de lui-même : quand il a exigé la tête de rien de moins que Rama Sithanen, le père de la réforme économique quand il a imposé comme condition d’alliance avec le MSM qu’il soit Premier ministre quand il a fait expulser les journalistes de La Sentinelle de l’Hôtel du gouvernement... Et les analyses des démissionnaires du MSM, les Lesjongard, Gayan et autres Bachoo, le dépeignent tous comme trop sûr de lui. Il n’y a pas loin à penser que le lieutenant Hanoomanjee est en train de dupliquer l’attitude du chef. Et avec elle, ses collègues qui, étonnamment, la soutiennent sans mesure aucun ne prend la peine de dire son respect des institutions.
Le MSM doit pourtant se construire. Il ne sera pas un parti d’avenir s’il se moque ainsi des valeurs de « good governance » et de démocratie. À la poursuite du poste de PM, Pravind Jugnauth croit qu’il suffit de s’appuyer sur le bien fait au pays par le MSM, de dupliquer le caractère un brin dictatorial qui a fait la force de SAJ, et de faire ses preuves aux affaires, pour en avoir la légitimité. Mais quid du respect des institutions, du respect de l’État, de celui du cabinet qu’on ne devrait pas ainsi embarrasser, de la modestie que tout vrai leader doit avoir, autant d’aspects qui donnent à l’homme et à son parti une dimension ? Pfff… De la Suisse, il s’est dit trop « pris à travailler pour le pays » pour réagir à l’affaire. Pressé d’atteindre son objectif, ambitieux pour lui-même, il ne l’est guère pour son parti.
Au-delà de la petitesse du MSM, la responsabilité de cette non-démission relève, en tout premier lieu, du chef du gouvernement. L’absence de réaction de Navin Ramgoolam est affligeante. C’est à lui de décider de l’ensemble des règles qui dicteront la bonne conduite de son gouvernement et de les imposer. Mal à l’aise, il fuit. Nous laissant dans le doute sur son implication dans l’affaire et sur sa poigne de chef de l’autorité publique. Déjà prise au dépourvu à l’annonce de l’alliance avec le MSM, sa base risque de se réveiller. Et il ne faudra pas compter sur les backbenchers pour la calmer.
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