La famine et la guerre en Somalie sont en train de créer une «  tragédie humaine  inimaginable»,» dans la région de la Corne de l’Afrique.
Selon le Haut commissariat de l''ONU aux réfugiés (HCR), plus de 750 000 Somaliens sont actuellement réfugiés dans les pays voisins (Kenya, Yémen, Éthiopie). Depuis le début de l'année 2011, ils sont 135 000 à avoir suivi le même chemin, un exode qui s'est encore accéléré en juin, quand quelque 54 000 personnes ont fui le pays. Cause de cette soudaine vague d'émigration, une famine imminente, qui s'ajoute au chaos dans lequel la Somalie est plongée depuis vingt ans. Ces deux facteurs cumulés sont en train de créer dans la région une «tragédie humaine inimaginable», a alerté mardi le HCR.
En tout, plus de dix millions de personnes sont frappées par la sécheresse dans la Corne de l'Afrique, indique le Bureau de coordination des Affaires humanitaires de l'ONU (Ocha). «On n'a pas vu de telle sécheresse depuis 60 ans», explique Elisabeth Byrs, porte-parole de l'agence. Une catastrophe climatique provoquée par deux années successives de faibles pluies, qui ont affecté les récoltes. Selon un mécanisme bien connu, les prix des céréales ont alors flambé, rendant critique l'accès à la nourriture pour la population locale (les prix ont augmenté de 270%). Les bergers se voient notamment dans l'incapacité de nourrir leur bétail, qui meurt, les privant de leur seule ressource.
Dans plusieurs régions du Kenya, d'Éthiopie, de Somalie et de Djibouti, «nous en sommes au stade d'urgence qui précède celui de la famine», insiste Elisabeth Byrs. Les enfants, comme toujours dans ce genre de crise, sont les premières victimes. «Un enfant sur trois en Somalie est en sous-nutrition», explique l'Ocha, qui signale un taux de mortalité élevé parmi les plus jeunes.
Triste ironie de l'histoire, les donateurs se sont habitués aux crises chroniques qui frappent la Corne de l'Afrique. Ils se sont donc détourné du problème, l'argent n'arrive plus et les organisations humanitaires peinent à venir en aide aux réfugiés. «La lassitude des donateurs» se fait particulièrement ressentir cette année, affirme Michael Klaus, porte-parole de l'Unicef pour l'Afrique australe et orientale. Conséquence : pour la Somalie, la moitié seulement des 529 millions de dollars requis pour enrayer la crise alimentaire a été récoltée. À peine mieux au Kenya, où 55% des appels aux dons ont été couverts. Si rien n'est fait pour réunir les sommes nécessaires, prévient Mark Bowden, coordinateur humanitaire pour la Somalie auprès de l'Onu, «nous risquons de voir des niveaux de décès jamais atteints depuis une décennie».
Photo : Depuis le début de l'année, 135 000 Somaliens ont fui leur pays en proie aux violences et à la sécheresse.
Source : Thomas Vampouille, LeFigaro.fr
 
  |