Un peu Nicolas Hulot. En moins aventurier cela dit. Yann Arthus-Bertrand, 63 ans, est au cœur d’un projet écologique et médiatique sans précédent : la sortie mondiale d’un film documentaire exempt de droits, à la télévision, au cinéma, et sur Internet, pour célébrer la Terre. Un projet remarquable, à l’image de la carrière du photographe.
La planète à coeur. C’est ce qu’on peut dire de Yann Arthus-Bertrand, photographe français de renom international, dont le film Home sera lancé demain dans plus de 70 pays sur les cinq continents. A Maurice, le documentaire, qui dresse un bilan en images et vu du ciel de l’impact de l’homme sur la terre, sera diffusé sur les chaînes de la télévision nationale, présenté au cinéma, et disponible sur Internet.
L’objectif de Yann Arthus-Bertrand est, depuis le milieu des années 1990, de sensibiliser sur les maux dont souffre la planète. En donnant à voir les merveilles paysagères des quatre coins du globe, le photographe établit le contraste avec les milieux urbanisés, pollués, anthropisés, dénaturés et dévastés.
Issu d’une famille bourgeoise travaillant dans l’horlogerie et la joaillerie, Yann Arthus-Bertrand, né à Paris en 1946, se lance dans le cinéma. D’abord comme assistant réalisateur au début des années 1960 avant de passer devant la caméra dans deux films en 1965. Il n’a alors que 17 ans, et ne sait trop si le cinéma est bien le milieu qui lui convient.
Déjà féru de nature, passionné d’animaux, il décide de se reconvertir dans le domaine animalier. Il s’établit dans le centre de la France et y dirige une réserve naturelle animalière au Château de Saint-Augustin. Cette expérience confirme son goût pour les animaux. C’est ainsi qu’il décide en 1976 de s’établir au Kenya avec son épouse. Il y reste trois ans à suivre un groupe de lions dans le célèbre parc du Masaï Mara.
Au Kenya, il adopte une nouvelle manière de vivre, et surtout il jette un nouveau regard sur l’environnement. Vivant avec les Masaïs, il s’intègre à un nouveau rythme de vie et en analysant le comportement des lions, développe de nouvelles aptitudes en photographie. Ses périples en montgolfière au-dessus de la savane herbeuse du Masaï Mara lui font découvrir la beauté des paysages sous un angle nouveau. On peut y voir là l’origine de son plus grand projet photographique, la Terre vue du Ciel.
Pour Yann Arthus-Bertrand, l’image, plus précisément la photographie est un moyen formidable de sensibilisation, d’expression et de diffusion d’idées. Il quitte l’Afrique de l’est en 1981. De retour à Paris, il se reconvertit et devient journaliste et photo-reporter spécialisé dans les reportages sportifs, animaliers et d’aventures, dont un consacré à Diane Fossey et les gorilles du Ruwenzori au Rwanda.
Très rapidement, il débute des collaborations avec Paris- Match et Géo. Il photographie aussi pendant dix ans le Paris- Dakar. Cette collaboration avec la plus grande course de rallye automobile lui vaut encore aujourd’hui des critiques d’écologistes et d’altermondialistes qui relèvent le paradoxe entre l’engagement écolo de Yann Arthus-Bertrand et son association renouvelée avec une course qui pollue et a tué des enfants. D’autres fustigent aussi sa position en faveur des centrales nucléaires qui égratigne l’image de l’écolo qu’il est.
Dix ans après son retour du Kenya, il fonde la première agence spécialisée dans les prises de vue aériennes, logiquement nommée Altitude. Fort de son expérience et du nom qu’il s’est fait dans la profession, il entame une collaboration avec l’UNESCO en 1994. Il s’agit de faire un état des lieux de la planète à travers l’outil visuel qu’est la photographie. Le projet La Terre vue du Ciel est lancé. L’ambition est de témoigner des plus beaux sites de la planète. Le leitmotiv du projet est simple: «témoigner de la beauté du monde et protéger la Terre». Le livre qui suit est un succès et les traductions se sont multipliées.
Dans la foulée, une exposition gratuite et en plein air de photographies de la Terre vue du Ciel fait le tour du monde. Lancée à Paris, sur les grilles du jardin du Luxembourg en plein cœur de la capitale française, l’exposition itinérante passe ensuite par Londres, Montréal, et une centaine d’autres villes. Conscient de l’empreinte écologique qu’il a laissée pour la réalisation de ce projet phare de sa carrière, Yann Arthus-Bertrand fonde l’association Good Planet en 2005. Le projet Action carbone de l’association vise à compenser les émissions de gaz à effet de serre qu’ont engendrées ses déplacements. Il étend par la suite son programme au public et aux entreprises en promouvant les énergies renouvelables, en faisant de la sensibilisation et en finançant des projets écologiques.
Siégeant à l’Académie des Beaux-Arts, maintes fois décoré, Yann Arthus- Bertrand est devenu une icône médiatique de l’écologie. Son émission Vue du Ciel y est aussi pour quelque chose. Toutefois, il ne fait pas l’unanimité auprès des écologistes même si l’essentiel des écologistes salue la dernière initiative du photographe. Le film Home, co-produit par Luc Besson et financé par François-Henri Pinault, l’une des premières fortunes françaises, devrait à n’en pas douter donner à voir et à réfléchir. Une occasion, quoi qu’on puisse penser, de célébrer la terre, et de prendre conscience de la rapidité avec laquelle l’activité humaine a déséquilibré la machine environnementale. |