Vivre à deux c’est aussi savoir vivre avec les défauts, les petites manies de l’autre. Comment continuer à faire fleurir l’amour quand l’autre nous agace ? Serge Lebrasse et son épouse Gisèle nous racontent leur parcours.
«Nous nous sommes mariés en 54», affirme Serge Lebrasse. «Ha, ha», s’exclame son épouse et à Serge de rectifier immédiatement «non non en 57.» «Le 30 décembre 1957», précisent-ils. Si Serge Lebrasse s’emmêle quelque peu les pinceaux dans les chiffres et les dates, Gisèle son épouse est là pour y remédier. Cette petite scène de vie, dans la bonne humeur, rythme le quotidien de ce couple qui fêtera cette année leur 55e anniversaire de vie commune. Comment faire pour vivre si longtemps à deux sans se déchirer ? «Nous avons lutté. Il y a eu des hauts et des bas. On a fait des efforts et nous y sommes arrivés», affirment-ils.
Tandis que Serge Lebrasse jonglait entre son travail d’instituteur et de chanteur à l’hôtel, Gisèle faisait partie de l’Action Familiale et s’occupait de leurs quatre enfants. Pendant plus de 53 ans, Serge Lebrasse chantera dans divers hôtels de l’île. Il a pris sa retraite il y a seulement quatre ans. Ce travail, qui n’était pas de tout repos pour le chanteur, n’était pas sans préoccuper Gisèle. «Au début, lorsque Serge sortait et allait jouer de la musique, c’était difficile pour moi et pour la famille. J’étais jeune, mais avec le temps, j’ai appris à faire avec, à comprendre. Et c’est cette compréhension qui a fait que nous avons parcouru un si long chemin ensemble», confi e Gisèle.
Sujet de discorde
Si chacun est bien conscient des défauts de l’autre, au fil des années, Serge et Gisèle ont appris à tirer partie de leur différence. Aujourd’hui, ils en rient même. «Regardez autour de vous. La maison est remplie de choses. Gisèle ramasse tout», avance Serge, avant de timidement concéder que sa «caverne d’Ali Baba», comme il appelle son bureau, est tout aussi pleine à craquer. La cuisine peut également être source de discorde. La plus grande qualité de Gisèle, s’exclame Serge, est de laisser brûler la nourriture. Une situation qui arrive souvent, avoue cette dernière, qui confie avoir un penchant pour les longues discussions au téléphone. «Quand je parle avec mes amies, j’ai tendance à oublier que le feu est allumé», précise-t-elle comme pour s’excuser.
Et qu’en est-il quand le ton monte ? «Quand il commence à crier, je lui dis d’arrêter de peur qu’il ait une attaque», explique Gisèle. Petite formule magique qui a le don de calmer tout de go monsieur. Pourtant, ce dernier se défend : «Je ne crie pas moi.» «Mais si, mais si», affirme son épouse. «Parfois, le regard que nous posons sur notre compagnon n’est pas trop bon», explique Gisèle Lebrasse en riant, avant d’ajouter, «mais l’important, ce n’est pas de juger l’autre. Il faut comprendre que nous  sommes deux personnes différentes. L’amour s’apprend. Il faut apprendre à vivre avec l’autre, à l’accepter, à  être compréhensif», explique Gisèle.
Outre les défauts, les qualités de l’un et de l’autre sont aussi importantes. Elles aident à oublier les petites mésententes et revalorisent la personne aimée. «Gisèle est très soucieuse de ma santé. Ce n’est pas que je suis malade. Je ne le suis pas, mais elle aime bien prendre soin de moi. Me donner mes vitamines etc.», explique Serge. A Gisèle de répliquer «ce que j’aime chez Serge c’est qu’il n’est pas rancunier.»
Si malgré les hauts et les bas, la relation de Gisèle et de Serge a défié le temps, le couple le met au compte de l’amour… le vrai. «Si après tout ce temps on est toujours ensemble, c’est qu’il s’agit bien d’amour.» Le mot de la fin ? «Pour vivre à deux, il faut savoir danser. Si l’un joue du séga, il faut aller sur le rythme du séga et non pas jouer du tango.»
Christine TURENNE (Source : l’express, samedi 11 février)
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